L’œil du Parkinson

La fréquence des manifestations ophtalmologiques chez les patients atteints d’une maladie de Parkinson idiopathique (MPI) est mal connue. Ces derniers qui ont d’autres soucis ont tendance à ne pas les mentionner et leur médecin traitant ne va pas trop chercher à en prendre connaissance. Ces symptômes sont souvent multiples et variés, à type de vision double ou floue, de larmoiement ou encore d’hallucinations visuelles. La déplétion dopaminergique rétinienne et la dénervation présynaptique dopaminergique du cortex visuel contribuent aussi à la survenue de troubles oculomoteurs, d’une diminution de la sensibilité au contraste, d’une altération de la vision des couleurs ou encore de perturbations de la construction visuo-spatiale. La MPI est également associée à un risque accru de blépharite séborrhéique ou encore de kératoconjonctivite. Dans près de 80 % des cas, ces troubles visuels peuvent être prévenus et guéris dès lors qu’ils sont identifiés précocement : une option qui ne peut qu’améliorer la qualité de vie et l’autonomie des parkinsoniens, tout en luttant contre l’isolement social et en diminuant le risque de chutes qui est également conditionné par la qualité de la vision.

Si l’on se tourne vers la littérature internationale, rares sont les études de grande envergure qui permettent une évaluation précise de la nature et de la prévalence des troubles visuels associés à la MPI. Une étude multicentrique de type cas-témoins a inclus 848 parkinsoniens et 250 témoins appariés selon l’âge et le sexe. Tous les participants ont rempli systématiquement un questionnaire spécifique, en l’occurrence le VIPD-Q (Visual Impairment in Parkinson’s Disease Questionnaire) qui explore quatre domaines rattachés à quatre structures ou fonctions : surface oculaire ; œil interne ; oculomotricité ; nerf optique. Le retentissement de ces symptômes ophthalmologiques sur les activités quotidiennes a été également pris en compte par cette approche.

Au moins un symptôme chez plus d’un malade sur huit

Au total, au moins un symptôme a été rapporté par 82 % des patients (intervalle de confiance à 95 % [IC95%], 80–85) versus 48 % (IC95%, 42–54) des témoins (p < 0,001). Les quatre domaines précédents (p < 0,001) étaient tous concernés, comme en témoigne la valeur médiane très élevée du VIPD-Q total chez les patients, soit 10 [écart interquartile (IQR) 13]) versus 2 [EIQ 5] chez les témoins p < 0,001). Par ailleurs, tous ces symptômes interféraient avec les activités de la vie quotidienne chez près de sept malades sur dix (68 %, IC95% 65-7), versus 35 % (IC95%, 29–41) chez les témoins (p < 0,001).

Cette étude transversale qui porte sur 848 patients donne une idée assez précise de la haute prévalence des manifestations ophtalmologiques au cours de la maladie de Parkinson : plus de huit malades sur dix rapportent au moins un des symptômes de la longue liste explorée par le questionnaire VIPD-Q, soit presque deux fois la prévalence observée chez les témoins de l’étude. Par ailleurs, ces symptômes ont la particularité d’interférer avec les activités de la vie quotidienne près de sept fois sur dix.

Dans ces conditions, le médecin se doit de jeter un œil sur les troubles visuels de la maladie de Parkinson : leur prise en charge a tout lieu d’améliorer l’état du patient tant sur le plan visuel que neurologique… mais aussi sa qualité de vie.

Dr Philippe Tellier

Référence
Carlijn DJM et coll. : Seeing ophthalmologic problems in Parkinson disease Results of a visual impairment questionnaire. Neurology 2020 (11 mars) : publication avancée en ligne. doi:10.1212/WNL.0000000000009214.

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