Manie et inhibition de la protéine kinase C : une autre indication pour le tamoxifène ?

Nos gènes contiennent un millier de protéines kinases, des enzymes catalysant les réactions de phosphorylation. Impliquées dans plusieurs voies métaboliques, ces molécules sont donc susceptibles d’intervenir dans la physiopathologie de maintes affections, avec un éventuel impact pharmacologique. En particulier, un dysfonctionnement de la protéine kinase C (PKC) est fortement suspecté dans le mécanisme des troubles bipolaires, avec la perspective de promouvoir un inhibiteur de la PKC comme nouveau médicament anti-maniaque.

Le journal Archives of General Psychiatry publie ainsi une étude en double aveugle sur l’effet du citrate de tamoxifène dans la manie (une molécule déjà connue en oncologie, contre le cancer du sein). Réalisé à Izmir (Turquie), cet essai thérapeutique porte sur 66 patients âgés de 18 à 60 ans ayant, sur la base du DSM-IV, un diagnostic de « trouble bipolaire de type I » (état maniaque ou « mitigé »), avec un indice supérieur à 20 sur l’échelle YMRS de Young (Young Mania Rating Scale : cf. par exemple http://www.formedic.com/Documents/PYRSLE.pdf). Au terme de cet essai poursuivi pendant trois semaines, les auteurs observent sous citrate de tamoxifène, comparativement au placebo, une réduction significative des indices YMRS et CGI (Clinical Global Impressions, une échelle présumée plus subjective que YMRS : cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Clinical_Global_Impression).

En conclusion, cette nouvelle approche thérapeutique de certains troubles bipolaires semble prometteuse, les auteurs évoquant une efficacité « analogue, en intensité et en durée, à celle des sels de lithium ou du divalproex » (un anticonvulsivant, indiqué aussi dans certains troubles bipolaires). Comme l’inhibition de la PKC est d’ailleurs également impliquée dans le modus operandi de ces deux médicaments éprouvés, les auteurs y voient une raison supplémentaire de considérer la molécule testée comme un autre traitement possible des troubles maniaques.

Dr Alain Cohen

Références
Yildiz A : Protein kinase C inhibition in the treatment of mania. Arch Gen Psychiatry Mars 2008 ; 65(3) : 255-263.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article