Masques : le gouvernement déploie les armes de la réquisition… et de la minimisation !

Paris, le mercredi 4 mars 2020 – Ce mardi, les pharmaciens ont commencé à recevoir de nouvelles boîtes de masques chirurgicaux (à raison de 10 boîtes de 50 masques par officine), estampillées "Stocks Etat". Les distributions aux professionnels de santé ont ainsi pu commencer, certains pharmaciens prenant même l’initiative d’assurer eux-mêmes la livraison à leurs praticiens correspondants habituels. Si l’arrivée de ces premiers masques continue un soulagement, les critiques et les inquiétudes demeurent néanmoins.

Des vols de grande ampleur

Ces critiques concernent tout d’abord le retard et la quantité limitée de ces moyens de protection, alors que les approvisionnements pour l’heure annoncés ne devraient permettre de satisfaire les besoins que pendant une période très limitée, tandis que l'épidémie de Covid-19 pourrait encore durer plusieurs semaines ou mois. Par ailleurs, l’ensemble des syndicats de professionnels de santé déplore que seuls des masques chirurgicaux soient aujourd’hui disponibles, quand les appareils respiratoires de type FFP2 leur paraissent mieux adaptés à la pratique des professionnels de santé. En outre, même au sein de différents services hospitaliers, des témoignages évoquent l’épuisement des stocks de certains matériels de protection, tandis que plusieurs établissements ont été victimes de vol. Ainsi au moins 8 300 masques ont ainsi été subtilisés à l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) ces derniers jours, tandis que l’hôpital de la Conception a signalé ce matin un vol concernant 2 000 masques.

Réquisition

Alors que la fronde prenait de l’ampleur, le chef de l’État a tenu à répondre lui-même à ces préoccupations en annonçant hier via un message sur son compte Twitter en marge de la visite du centre de gestion de la crise épidémique au ministère de la Santé que « tous les stocks et la production de masques de protection » étaient réquisitionnés par l’État pour assurer l’approvisionnement des professionnels de santé. Dès aujourd’hui un décret a été pris pour organiser les « réquisitions nécessaires dans le cadre de la lutte contre le virus Covid-19 ». Ainsi les stocks de masques de type FFP2 et les masques anti-projections détenus par « toute personne morale de droit public ou de droit privé » et par les entreprises qui en assurent la fabrication ou la distribution sont réquisitionnés jusqu’au 31 mai. Trois sociétés en France assurent la fabrication de masques. Leur production a explosé depuis le mois de janvier et désormais elles n’honoreront que les commandes de l’État français ; alors que dans le monde entier, la pénurie pourrait se faire sentir comme l’a déploré l’Organisation mondiale de la Santé.

Le ralentissement de la production en Chine freinera-t-il bientôt la production de masques ?

Les trois producteurs pourraient cependant connaître des difficultés à répondre aux fortes demandes de l’État : ainsi, même à 100 % les capacités de production sont restreintes par le débit des machines. Par ailleurs, les fabricants expriment leur inquiétude quant à la flambée des prix des matières premières et à la raréfaction de ces dernières ; d’autant plus que beaucoup sont fabriquées en Chine, dont la production a considérablement ralenti ces dernières semaines !

Ils sont trop verts et bon pour les goujats !

Cette situation de pénurie, notamment concernant les masques FFP2, impose de repenser la protection. Le ministère de la Santé indique ainsi que l’absence d’appareil respiratoire peut conduire lors d’un soin à opter pour la technique du double masque : c’est-à-dire un masque chirurgical porté par le praticien et par le patient. Cette méthode peut cependant être difficile à mettre en œuvre si un examen buccal est nécessaire. Par ailleurs, la DGS cite des travaux publiés l’année dernière dans le JAMA suggérant l’absence de différence entre les appareils respiratoires et les masques chirurgicaux pour éviter la contamination par le virus de la grippe. Cette référence est aujourd’hui lue avec amertume par de nombreux professionnels de santé, qui ne goutent guère cette justification scientifique a posteriori (et contredite par d’autres méta-analyses) qui semble vouloir masquer une certaine incurie.

PS : Précisons que le gouvernement a rappelé ce matin que des masques pourront être prescrits aux personnes les plus fragiles. Les dispositifs ne seront en tout état de cause accessibles que sur prescription médicale. Cependant, le président de l'Union des syndicats des pharmacies d'officine (USPO) assure n'avoir pas encore reçu d'instruction concernant la délivrance de masques sur ordonnance et met en garde contre un risque de pression sur les praticiens. Il estime que la distribution par les officines devrait se restreindre aux praticiens et que ces derniers pourraient s'ils le souhaitent donner une partie des masques dont ils disposent à leurs patients les plus à risque. Ceci permettrait en outre de limiter l'affluence dans les officines.

Aurélie Haroche

Référence
Lewis J. Radonovich Jr et coll. « N95 Respirators vs Medical Masks for Preventing Influenza Among Health Care PersonnelA Randomized Clinical Trial », JAMA. 2019;322(9):824-833. doi:10.1001/jama.2019.11645

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Vos réactions (6)

  • On ne peut pas dire qu'on a pas eu du temps pour se préparer

    Le 04 mars 2020

    L'urgence est de protéger le personnel soignant si nous souhaitons continuer à soigner ! Et la seule mesure efficace (+/-) est le masque. Mais des masques FFP2 il n'y en a pas, même quand
    on est médecin hospitalier en contact avec des malades positifs et en plus on distribue avec parcimonie les masques chirurgicaux.
    Une boite de 50 masques par praticien c'est de la rigolade ? Il y a des praticiens qui voit 50 malades /j. Et on ne peut pas dire qu'on a pas eu du temps pour se préparer...

    Dr D. Babici, PH


  • Masques et mascarade

    Le 04 mars 2020

    2009 et ses kits de protection, masques FFP2, lunettes de protection... Aujourd'hui, miracle, on découvre que les gouttelettes sont arrêtées par ce qui, 8l y a 3 mois, était illusoire(Dr Buzin). Économies, économies.

    Dr Jean-Paul Barre

  • Bas les masques!

    Le 05 mars 2020

    Article qui reprend tout à fait l'opinion de la plupart des médecins (libéraux et hospitaliers) face à la gestion actuelle de l'épidémie... Actuellement, les patients suspects (sur des critères de moins en mois précis) sont acheminés en milieu hospitalier par des personnels du Samu déguisés en cosmonautes, mais demain, dans nos cabinets, une double protection suffirait (sauf pénurie)!
    Et il faudra effectivement oublier le diagnostic différentiel d'angine..
    Espérons que la population et les médecins n'ont affaire qu'à une "mauvaise" grippe (ce qui semble être le cas)!
    A la prochaine véritable épidémie d'un virus virulent, la question de l'équilibre des caisses de retraite sera résolue, malgré ou grâce à l'incompétence de nos gouvernants!

    Dr Remy Gries

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