Miviludes : la lutte contre les sectes est-elle menacée ?

Paris, le mardi 21 juillet 2020 - « On avait trois jours pour tout débarrasser et partir ». C’est le récit stupéfiant de l’un des membres de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) surpris en plein déménagement, cité par des journalistes de France Info.

Placée sous l’autorité de Matignon depuis 2002, cette mission interministérielle a été invitée à déménager en urgence ses bureaux, pour laisser la place aux collaborateurs du nouveau Premier Ministre, Jean Castex. Pour l’heure, une solution de repli provisoire semble avoir été trouvée : une installation temporaire dans un bâtiment de l’avenue de Ségur dépendant des services du gouvernement…

De Matignon à Beauvau

L’épisode est un signe de mutation de l’institution qui suscite une certaine inquiétude chez les spécialistes de la lutte contre les mouvements sectaires. A l’étude depuis 2019, un décret présenté en Conseil des ministres le 15 juillet dernier a acté le rattachement de la Miviludes au ministère de l’Intérieur. Théoriquement, les prérogatives de l’institution ne sont pas modifiées par le décret : l’institution assure « la coordination de l'action préventive et répressive des pouvoirs publics » à l'encontre des dérives sectaires.

Mais son organisation se retrouve bouleversée. La mission est désormais placée sous l'autorité du Secrétaire général du comité interministériel de la prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR). Privée de président depuis plus d’un an, la Milivudes sera désormais dirigée par le secrétaire générale du SG-CIPDR.

Du côté des moyens, c’est aussi une baisse de budget qui s’annonce. En quelques mois, l’équipe est passée de 14 à 8 membres. Symbole de cette mutation difficile décrite dans l’hebdomadaire Marianne, les déménagements successifs font perdre aux équipes leur accès aux lignes sécurisées et surtout aux archives sensibles.

« Trahison »

Les mots prononcés par Charline Delporte, présidente du Centre national d'accompagnement familial face à l'emprise sectaire (Caffes) sont sans appel : « J’éprouve un sentiment de tristesse et de révolte (…) On trahit toutes ces familles qui nous sollicitent ». Il est vrai que la précipitation des évènements laisse craindre pour certains une disparition pure et simple de l’institution.

Pire, la dépendance vis à vis du Ministère de l’Intérieur (et les contraintes opérationnelles de ce ministère particulier) risque également de rendre plus difficile la lutte contre certains mouvements sectaires. Dans l’hebdomadaire Marianne, un spécialiste de la lutte anti-secte livre son diagnostic : « avec le protocole de sécurité de Beauvau, qui oblige à renseigner son identité complète, on risque de perdre beaucoup de témoins potentiels soucieux de leur anonymat ».

Une institution pourtant très efficace !

Curieux paradoxe : alors que la Milivude disposait d’une équipe minime et d’un budget famélique, l’ensemble des acteurs de la lutte contre les dérives sectaires, qui sont notamment nombreuses dans le domaine de la santé (qui représente le premier motif de saisie de la mission) s’accordaient à souligner l’efficacité de l’institution. Plus inquiétant, certains parlementaires n’hésitent pas suspecter un lobbying efficace de certaines sectes pour expliquer cette décision.

C.H.

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Vos réactions (1)

  • Inutile remue-ménage

    Le 26 juillet 2020

    Il est bien connu que la Miviludes a servi de bras armé pour effectuer les basses œuvres.
    A quoi et à qui cela sert-il d'attaquer le recours aux huiles essentielles, la compréhension de l'importance du micro-biote intestinal, l'étude du terrain biologique des individus et autres connaissances apportées au domaine de la santé ?
    Reconnaissons par ailleurs que ces apports sont peu à peu intégrés à la science dite officielle.

    Il serait beaucoup plus raisonnable que cette médecine qui se veut officielle soit ouverte à toute avancée dans le domaine de la santé, y compris celles qui contribuent à un meilleur état de santé général, souvent appelées avec mépris "soin de confort". C'est pourtant ces pratiques qui, permettant une meilleure santé, protègent d'une utilisation abusive de médicaments aux effets secondaires importants. La Sécurité sociale serait bien avisée également de porter son attention à ces domaines. Cela relève même de sa responsabilité envers la santé des français et d'une meilleure gestion de ses finances. Il est en effet moins coûteux de payer des méthodes de prévention que des soins lourds.

    Marie Bregman

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