Mortalité, antécédents, parcours des patients : l’épidémie en Ile-de-France

Paris, le jeudi 9 avril 2020 – L’Ile de France (qui compte une population de 12,21 millions d’habitants) est après le Grand-Est la région de France la plus durement touchée par l’épidémie. Cependant, la mise en place du confinement, un temps de préparation supplémentaire et des capacités de réanimation plus importantes ont offert aux établissements franciliens des conditions légèrement moins catastrophiques qu'à ceux de l’Est de la France.

Une base spécialement dédiée à la surveillance de l’épidémie

Le suivi des patients d’Ile de France est l’objet d’une veille soutenue grâce à la conjonction de nombreux outils, dont la base ERS-Covid constituée progressivement et qui au 7 avril avait enregistré les données de 16 510 patients Covid + (et 30 190 patients Covid -). Les données consolidées au 7 avril permettent de dresser un profil des patients hospitalisés et de leur parcours.

Hypertension artérielle : une comorbidité présente chez un quart des patients

Selon des données transmises au JIM, depuis le début de l’épidémie 22 534 patients Covid + ont été hospitalisés en Ile-de-France dont 4 301 ont nécessité des soins de réanimation (22 % pour les patients pris en charge à l’Assistance publique / hôpitaux de Paris et 17 % dans les autres établissements). Les comorbidités retrouvés chez les patients sont l’hypertension artérielle (22,61 % des patients en réanimation), le diabète, l’insuffisance rénale chronique, un traitement par chimiothérapie et l’obésité. Concernant cette dernière comorbidité, elle est retrouvée chez 5,5 % des patients hospitalisés et 13 % de ceux en réanimation.

Des complications différentes en fonction de l’âge

Les patients pris en charge en réanimation ont une moyenne d’âge entre 59 ans (AP-HP) et 62 ans (hors AP-HP) ; 78 % sont des hommes et entre 18 % (AP-HP) et 26 % (hors AP-HP) ne présentaient aucune comorbidité. Les complications les plus fréquemment retrouvées sont la pneumopathie (46 % des patients en réanimation), l’insuffisance respiratoire aiguë (45 %) et le syndrome de détresse respiratoire aigu (40 %). On relève encore que la classe d’âge des 60/75 ans est plus souvent concernée par des SDRA, des insuffisances rénales aiguës et des sur-infections pulmonaires bactériennes, tandis que les personnes entre 35 et 59 ans sont plus fréquemment victimes d’états de chocs.

Moyenne d’âge des décès : 77 ans

La région a déploré 2 640 décès (chez des patients hospitalisés) depuis le début de l’épidémie (contre 1 674 le 7 avril dans le Grand Est pour une population de 5,5 millions d’habitants). La moyenne d’âge des patients décédés est de 77 ans (médiane de 80 ans). L’AP-HP ne déplore aucun décès de patient avant l’âge de 40 ans (et seulement 14 % de patients de moins de 40 ans en réanimation), mais 27 % de décès chez les plus de 80 ans. Par ailleurs, un zoom portant sur 986 décès (pour toute l’Ile-de-France) met en évidence onze décès chez des patients âgés de moins de 40 ans.

Des antécédents de traitement à surveiller

Les premières analyses invitent à porter l’attention sur le fait qu’un « antécédent de prise de diurétiques, de corticothérapie (prednisone) ou des inhibiteurs calciques au long cours est significativement associé à une surmortalité des patients Covid+ (résultats ajustés sur l’âge et le sexe) ». Les experts franciliens relèvent encore que « Le tabagisme est statistiquement associé à une surmortalité mais pas à un passage en réanimation ». C’est enfin évidemment l’âge qui représente un facteur de risque majeur de surmortalité. Entre 60 et 74 ans, la mortalité atteint 8,2 % chez les femmes et 16,6 % chez les hommes (analyse portant sur 9447 patients hospitalisés) .

Des bassins de population plus à risque

Ces données permettent par ailleurs de confirmer que les premiers jours de cette semaine ont été marqués par une diminution des admissions en réanimation. On relève encore que « l'âge des nouveaux cas augmente (54 ans le 11/03 vs 57 ans le 04/04), tandis que l'âge à l’admission en réa diminue (64 ans vs 57 ans) ». Fait plus inquiétant concernant les ressources disponibles et la surveillance de l’épidémie, le nombre de dépistage par RT-PCR est en forte diminution.

D’une manière globale, ce tableau de bord permet de mesurer l’impact de l’épidémie sur l’occupation des services hospitaliers. Ainsi, il apparaît que 50 % des patients en réanimation sont sortis après 23 jours. Enfin, les patients de l’AP-HP résident plus fréquemment dans les 13ème, 18ème, 19ème et 20ème arrondissements, des quartiers marqués par une plus forte précarité, un état de santé dégradé, une surreprésentation de professions à risque (vigiles, caissières, aides-soignants…) et probablement des plus grandes difficultés à respecter le confinement.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Sources des informations ?

    Le 09 avril 2020


    Merci de cette synthèse
    Pouvez vous nous donner les sources de vos informations ? Sont elles consultables ?
    A quelle date les data ont été figées ; vous dites "L’AP-HP ne déplore aucun décès de patient avant l’âge de 40 ans", pourtant sauf erreur de ma part, une jeune adolescente de 16 ans est décédé dans un établissement de l'AP-HP. Le relevé des données était-il antérieur ?

    Dr P. Dény

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