Ne dites plus la cause du décès, mais les causes…

Paris, le jeudi 16 juin 2016 – Les professionnels de santé le savent, il est plutôt rare, notamment à partir d’un certain âge qu’une unique raison explique notre passage de vie à trépas. Ce que les sociologues appellent le « processus morbide » implique souvent plusieurs pathologies qui s’ajoutant les unes aux autres ont eu raison du malade. S’intéressant aux causes indiquées sur les certificats de décès, Aline Désesquelles et ses collègues de l’Institut national d’étude démographique (INED) ont ainsi mis en évidence qu’en moyenne il existe 2,4 "causes" expliquant la mort. 

De plus en plus de raisons de mourir avec l’âge…

Les certificats de décès se composent on le sait de deux volets : le premier permet de renseigner « les maladies ou affections morbides ayant directement provoqué le décès », quand le second liste les « autres états morbides facteurs ou états physiologiques ayant contribué au décès ». Le soin avec lequel les praticiens établissent ce document peut avoir une incidence certaine sur le nombre de "causes" recensées. Aline Désesquelles rapporte ainsi le cas d’un certificat qui, en 2011, énumérait pas moins de 20 maladies ayant directement entraîné la mort ! Par ailleurs, l’âge du patient a également une influence certaine : on retrouve plus souvent une seule cause sur les certificats concernant les plus jeunes, plus fréquemment victimes d’évènements "externes" (accidents, suicide, homicide…).

Ainsi, seuls 14 % des certificats concernant des moins de 35 ans faisaient figurer au moins quatre causes, contre 24 % des certificats visant des sujets âgés de 65/79 ans.

Le diabète, plus mortel qu’on ne le pense !

Cependant, l’observation la plus intéressante de cette enquête de l’équipe d’Aline Désesquelles réside dans l’analyse des « causes associées ». Il s’agit par exemple des complications de la cause initiale ou de son traitement (ainsi une hémorragie chez un patient souffrant d’un ulcère gastro-duodénal). On retrouve également dans cette catégorie des pathologies constituant des facteurs de risque important : diabète, hypertension et maladies respiratoires. La relégation de ces types d’affections, très fréquentes, en tant que « causes associées » contribue à minimiser leur impact sur la mortalité.

Une meilleure prise en compte de ces "autres causes" aurait une incidence certaine sur les statistiques de mortalité. Peu changerait en ce qui concerne les tumeurs ou les maladies de l’appareil circulatoire, qui le plus souvent figurent comme cause première. A l’inverse, en ce qui concerne le diabète, l’obésité ou encore les maladies du sang, leur importance est « fortement sous-estimée lorsque leur seule implication en tant que cause initiale est prise en compte » indiquent les auteurs de l’étude, qui invitent donc à une réflexion dans ce sens.

Une harmonisation souhaitable

Ce réajustement ne serait pas de la même intensité en fonction des pays, en raison de pratiques différentes pour l’établissement des certificats de décès. Ainsi, on retrouve plus souvent le diabète comme une cause initiale du décès en Israël que dans la majeure partie des sept pays étudiés par les sociologues de l’INED. Il semble qu’une harmonisation est donc nécessaire, notamment pour permettre plus de pertinence aux comparaisons régulièrement établies. Cette évolution pourrait être complexe en ce qui concerne la "codification" mais plus simple en ce qui concerne les certificats. Si ces derniers prennent tous pour modèle celui validé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les variations observées ne sont pas toujours anodines. « Le format du certificat ou le nombre de lignes dans chaque partie peuvent laisser plus ou moins de place pour la description du processus morbide. De fait, le nombre moyen de causes sur les certificats est en moyenne supérieur à trois en République tchèque, en Israël et en Italie, alors que l’on n’y meurt sans doute pas de plus de causes qu’en France », relèvent les auteurs.

Aurélie Haroche

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