Ostéopathie chez les nouveau-nés : la méthode qui crâne ?

Paris, le mardi 9 août 2011 – L’ostéopathe est-il en passe de devenir le prêtre du XXIème  siècle, comme le fut le psychanalyste au siècle dernier ? Les conversations d’une part croissante de nos congénères pourraient le laisser supposer : on ne compte plus le nombre de personnes qui filent à la sortie du boulot consulter leur ostéopathe sans que l’on parvienne précisément à déterminer quel mal les y envoie. Une chose est sûre, les adeptes sont formels :« ça fait du bien », comme de se confesser à un prêtre ou d’évoquer ses souvenirs d’enfance à un psychanalyste.

Des écoles très nombreuses

Si pour l’opinion publique, l’ostéopathie a acquis ses lettres de noblesse de longue date, les autorités sanitaires et la communauté médicale continuent de l’observer avec une certaine distance. L’évolution de ces dernières années a cependant été très favorable à cette discipline avec sa reconnaissance officielle en mars 2002 (assortie de décrets d’application en 2007) et son introduction peu à peu dans certains services hospitaliers. Néanmoins, plusieurs éléments majeurs incitent tant les pouvoirs publics que les praticiens à une prudence soutenue. D’une part, bien que mieux réglementée, l’ostéopathie est loin d’être une discipline rigoureusement encadrée. Elle reste en effet l’objet de nombreuses écoles, parfois contradictoires, dont on retrouve les influences à travers les cours dispensés par les 59 établissements accrédités en France et qui proposent des formations très disparates. Par ailleurs, l’efficacité de l’ostéopathie demeure dans la majorité des cas une hypothèse : les études cliniques manquent cruellement pour en démontrer (ou en infirmer) les bienfaits.

L’ostéopathie c’est bon pour tout !

Reste la légende qui, comme toute légende, est colportée de journaux en journaux et qui se révèle chaque jour plus belle. Dans un article publié par le Monde à la fin du mois de juillet, on découvrait le rôle (apparemment essentiel) des ostéopathes auprès de nouveau-nés. A la lecture de cet article, on ne compte plus les bienfaits promis par cette discipline pour les plus petits : « L’ostéopathie crânienne soulagerait les pleurs, les coliques, le reflux gastro-oesophagien, les difficultés à téter. Elle réduirait les temps d’endormissement, modifierait l’activité du système nerveux sympathique, l’anxiété, l’agitation… et pourrait même avoir une action préventive. Cette énumération est trop belle pour y croire » ironise le docteur Jean-Michel Pedespan, neuropédiatre au CHU de Bordeaux qui signait hier dans le Monde une réponse à l’article si élogieux paru dans le même quotidien quelques semaines auparavant.

En moi, rien ne bouge

Face au concert de louanges qui accompagne généralement l’ostéopathie dans la presse grand public, la tribune de Jean-Michel Pedespan a le mérite de faire entendre une voix enfin différente concernant l’ostéopathie. Le médecin y rappelle d’abord que neurophysiologiquement, l’idée d’agir sur les os du crâne pour induire une mobilité cérébrale apparaît plus qu’incongrue. « La neurophysiologie n’a jamais enregistré le moindre mouvement cérébral (…). Il n’est pas concevable d’imaginer qu’un toucher, aussi délicat soit-il, soit susceptible de modifier le fonctionnement de la sécrétion de la glande pinéale qui régule les rythmes de veille et de sommeil ».

L’ostéopathe comme seul refuge

Dès lors, comment expliquer les résultats décrits comme « miraculeux » attribués à une méthode que Jean-Michel Pedespan présente comme potentiellement dangereuse ? Outre le fait que des témoignages ne peuvent être érigés en vérité scientifique, il est probable que l’accompagnement proposé aux jeunes parents par l’ostéopathe remplace le temps d’écoute souhaité par ces jeunes familles et qui fait souvent défaut dans les maternités. « Les séjours d’hospitalisation en maternité sont de durée de plus en plus brève pour des raisons économiques. Les temps de l’information, de l’éducation se trouvent réduits. Les troubles mineurs du nouveau-né sont mal compris par des parents souvent jeunes et désemparés. Les séances d’ostéopathie devraient être remplacés par des temps d’échanges avec des professionnels beaucoup plus féconds et moins coûteux » estime-t-il. C’est dans ce contexte de controverse que l’Assistance publique des hôpitaux de Paris se prépare à une évaluation des médecines dites douce et notamment de l’ostéopathie. Une démarche liée à la « place grandissante » que ces pratiques occupent « pour les usagers » selon le professeur Jean-Yves Fagon, directeur du comité d’orientation en matière de médecines complémentaires et chef de service de réanimation à l’hôpital Georges Pompidou, cité par le Monde.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • ostéopathie

    Le 10 août 2011

    Pas votre fort en France d'accepter des pratiques dites "non conventionnelles " ...
    Pourtant on peut lire l'excellent rapport du KCE sur les bienfaits de l'ostéopathie ...
    http://kce.fgov.be/index_fr.aspx?SGREF=3461&keyword=ost%c3%a9opathie&type=ALL&searchtype=ALL

    Françoise Mijcke (Belgique)

  • Une affection spontanément régressive avec ou sans ostéopathie !

    Le 18 août 2011

    Une chose que l'on ne peut retirer à l'ostéopathie, c'est qu'ils ont très bien ciblé leur communication. Ils s’orientent de plus en plus vers les jeunes mères, avec lesquelles ils ont déjà communiqué pendant la grossesse. De plus, le raccourcissement des séjours en maternité sous la pression des obstétriciens (qu'une femme accouchée n'intéresse plus), mais au grand dam des pédiatres, fait que la puériculture basique retombe bien souvent sur les sages femmes libérales.
    Je suis bien obligé de constater que la plus grande demande se fait autour d'une "affection" spontanément régressive que l'on regroupe sous le terme "pleurs, cris et coliques du premier trimestre". Il est rare qu'elle se manifeste chez l'enfant hospitalisé. Son origine se trouve dans l'interaction mère-enfant. Aussi je reste persuadé, qu'une fois le temps d'écoute passé, et la persuasion effective, la thérapeutique aurait exactement le même effet si on tripotait le crâne de la mère. Ne rien faire marche aussi très bien, puisque cette "affection" commence, se déroule et se termine d'une manière relativement univoque.
    Au fil des congrès auxquels j'assiste, je suis bien obligé de constater que plus les gens sont compétents en pédopsychiatrie ou en orthopédie crâniofaciale, plus ils sont réservés sur cette technique qui, apparemment, ne fait aucune distinction entre les caractéristiques histologiques, physiologiques ou tissulaires des différents cartilages que l'on trouve dans le crâne d'un nouveau né
    Pierre COUËRON, Néonatologie, Nouméa

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