Oxygénation : les propriétés de l’hémoglobine d’un ver marin au secours des SDRA

Paris, le lundi 30 mars 2020 – L’épidémie actuelle bouleverse les (longs) processus habituels d’autorisation des protocoles de recherche, pour permettre à des procédés innovants d’être plus rapidement évalués et utilisés en pratique clinique. L’essai qui doit être lancé dans les heures ou jours qui viennent après l’obtention des autorisations de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et la réunion hier du Comité de protection des personnes est un exemple marquant de cette évolution. Il s’agit de déterminer l’utilité du recours à HEMO2Life, pour la prise en charge des patients présentant un syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA). HEMO2Life est un traitement constitué à partir de l’hémoglobine purifiée des vers arénicoles (Arenicola marina), dont le bénéfice a déjà été mis en évidence pour l’oxygénation des greffons.

Une piste à exploiter

Le professeur Laurent Lantieri (Hôpital européen Georges Pompidou) qui lors de la réalisation de sa seconde greffe de visage totale (chez un patient qui avait déjà été l’objet d’une telle transplantation) a eu recours à ce dispositif et a pu constater son efficacité quant à l’oxygénation des greffons a commencé à évoquer cette piste avec ses confrères réanimateurs il y a quelques semaines. Plusieurs d’entre eux ont été convaincus par la pertinence de l’exploiter. « Il y a les professeurs Alain Combes et Jean-Michel Constantin de la Pitié-Salpêtrière et le professeur Bernard Cholet à l'hôpital Georges Pompidou, où je suis » a expliqué ce matin le professeur Laurent Lantieri au micro de RTL.

Gagner du temps

L’essai qui devrait être lancé doit d’abord concerner un très petit nombre de patients, présentant les états les plus graves. « Il y a des critères extrêmement stricts d'éligibilité » insiste le praticien. « En pratique, la molécule oxygénante est injectée par voie intraveineuse, sous forme de goutte à goutte, pendant 2 jours et demi » a-t-il également détaillé. Le traitement doit pouvoir permettre d’éviter pendant quelques heures, voire quelques jours l’utilisation d’un respirateur artificiel ou le passage en ECMO. Les réflexions des spécialistes concernent également la posologie.

Résultats probants en transplantation

Les propriétés de l’hémoglobine d’Arenicola marina sont l’objet de travaux approfondis du biologiste animal Franck Zal (ancien chercheur au CNRS), spécialiste de l’écophysiologie des vers marins. « L’hémoglobine de ce ver est capable de transporter 40 fois plus d’oxygène des poumons vers les tissus de l’organisme que l’hémoglobine humaine » explique ce spécialiste. Les atouts de cette hémoglobine résident également dans son caractère extra-cellulaire ce qui en fait un outil universel et sa taille, 250 fois plus petite que le globule rouge. La start-up Hémarina assure une production d’HEMO2Life, grâce à sa ferme d’élevage d’arénicoles sur l’île de Noirmoutier, production qui répond aux règles de sécurité et d’hygiène qui s’appliquent pour ce type de produits. Aujourd’hui, la start-up dispose de 5 000 doses d’HEMO2Life et est capable d’augmenter sa production. Ces doses étaient destinées à la réalisation de nouveaux essais autour de la transplantation. Il s’agit en effet de la première "indication" de cette molécule, vis-à-vis de laquelle son utilité a déjà été mise en évidence.

Après des tests sur différents modèles pré-cliniques, qui ont permis d’écarter des risques de toxicité, notamment immunologique et inflammatoires, HEMO2Life a fait l’objet d’une étude clinique en transplantation rénale. Baptisée OxyOp et conduite par le Pr Yannick Le Meur (CHRU Brest) et le Pr Benoît Barrou (AP-HP, Pitié-Salpêtrière Paris), elle a inclus 60 patients dans six centres de transplantation. Ses résultats publiés dans American Journal of Transplantation ont mis en évidence que ce procédé « permet une meilleure reprise de fonction de l’organe greffé ». Hémarina a également noué une collaboration avec l’US Navy, intéressée par les propriétés du traitement pour la cicatrisation des plaies en médecine de guerre. L’utilisation pour la réanimation des patients présentant un SDRA ne figurait pas parmi les principales pistes étudiées par les responsables d’Hémarina : l’essai lancé constitue donc un défi exceptionnel.

Aurélie Haroche

Référence
Y Le Meur et coll.: First-in-human use of a marine oxygen carrier (M101) for organ preservation: A safety and proof-of-principle study. American Journal of Transplantation 2020 publication avancée en ligne le 3 février (doi: 10.1111/ajt.15798).

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