Plaidoyer pour le don d’ovocyte anonyme et rémunéré et la vitrification ovocytaire de "convenance"

Le Pr Antonio Pellicer

Paris, le jeudi 29 janvier 2015 - L’Académie nationale de médecine a remis mercredi le prix Salat Baroux 2014 au Pr Antonio Pellicer, gynécologue obstétricien et fondateur de l’Institut d’infertilité de Valence en Espagne (IVI). Créé en 1990, l’IVI recense aujourd’hui 28 cliniques dans le monde dont 22 en Espagne, et aurait permis 90 000 naissances grâce à l’assistance médicale à la procréation.

La loi espagnole dispose qu’une femme peut donner ses ovocytes deux fois par an maximum et six fois dans sa vie, et que chaque don est dédommagé entre 900 et 1 000 euros. L’enfant ne peut connaître l’identité de ses géniteurs qu’en cas de « maladie grave ».

La France est hypocrite

À l’occasion de cette cérémonie, le récipiendaire a vanté ce modèle espagnol : « L’Espagne a depuis 1988 une législation très progressiste qui a permis de développer la recherche sur l’embryon, le don d’ovocyte, et leur congélation (…). En France, on ne rémunère pas la donneuse. Les femmes qui souffrent d’une insuffisance ovarienne doivent parfois attendre plusieurs années. D’où l’explosion des demandes sur Internet et la venue des femmes en Espagne (où le délai d’attente est de 2 mois). En Angleterre, l’anonymat n’est pas la règle. Malgré la compensation financière, il n’y a pas non plus de donneuses ». Interrogé par le Parisien, Antonio Pellicer est allé plus loin en expliquant : « la France est hypocrite : vous n'augmenterez pas le nombre de donneuses d'ovocytes en persistant à ce que ce don, qui demande beaucoup à une femme, en temps et en traitement éprouvant, reste gratuit ».

Le Pr Pellicer a plaidé également en faveur de la vitrification ovocytaire : « la congélation d’ovocytes pour arrêter les effets délétères de l’âge est une procédure non autorisée en France mais, personnellement, depuis cette Académie, j’aimerais inviter les autorités sanitaires à réfléchir sur cette décision ».

L’académicien Philippe Bouchard a fait lui aussi part de son souhait que la législation française évolue : « les obstacles à la rémunération du don d’ovocyte vont devoir sauter. Les femmes en insuffisance ovarienne sont dans une vraie souffrance, qui est prise en charge dans tous les autres pays, sauf en France ! (…) On espère que le

Conseil consultatif national d’éthique produira des conclusions en faveur du don d’ovocyte ».

L’éthique de la vitrification ovocytaire

On pourrait rapprocher ces plaidoyers de celui de Vernaeve et coll., qui fort de l'expérience espagnole expliquaient, dans les colonnes de Gynécologie pratique (puis les nôtres): « Des centaines de femmes décident de repousser leur maternité après 30 ans pour différentes raisons (…). Devant cette situation, sans la vitrification ovocytaire, quelles sont les alternatives ? Avoir recours à un don de sperme sans avoir la chance de trouver le partenaire idéal ? Être mère jeune mais sans le confort d’une situation professionnelle et financière stable ? Une relation d’un soir ? Ou le don d’ovocytes pour celles qui se seront donné du temps, en dépit de l’horloge biologique ? Ces alternatives sont-elles préférables à la vitrification ovocytaire ? À nos yeux, la vitrification ovocytaire est une solution bien plus élégante. Certains pensent qu’elle devrait être réservée uniquement à des raisons médicales et que l’âge ne peut être considéré comme une maladie. Néanmoins, qu’en est-il des maladies liées à l’âge (Alzheimer, par exemple) ? Ne serait-on pas satisfait de trouver un traitement ou de prévenir ces maladies ? Qu’en est-il des indications de FIV pour l’âge ? Ne s’agit-il pas finalement des mêmes femmes à un autre moment de leur vie ? Est-il d’ailleurs vraiment juste de l’appeler vitrification « de convenance » ? Ne serait-il pas souhaitable de l’appeler plus simplement « préservation de la fertilité », ou de trouver une traduction adéquate des termes anglais AGE Banking (anticipation of gamete exhaustion) ou age-related oocyte freezing ? ».

Un business du don d’ovocytes ?

A ceux qui voient dans le modèle espagnol un risque de création d’un business du don d’ovocytes le Pr Pellicer a fait valoir son point de vue au quotidien Le Parisien : « pas si on l'encadre, en ne le laissant pas devenir un grand marché, comme c'est le cas aux Etats- Unis, avec catalogues, photos, CV et j'en passe. Lorsque vous limitez la compensation, comme chez nous autour de 900-1 000 €, le nombre de dons à deux dans l'année, et à six en tout par femme, le maximum de gain en une année ne peut se monter à plus de 2 000 € : on est loin du business ! ».

En 2014, les cliniques IVI ont administré à des Françaises 765 traitements pour bénéficier de dons d’ovocytes.

Frédéric Haroche

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