Quand la psychose complique l’absence de toit et inversement

Comme diraient les lacaniens, les problèmes (psychotiques) du soi perturbent les problèmes de toit, et vice-versa : en d’autres termes, les maladies mentales frappent particulièrement les personnes sans domicile fixe (SDF), notamment dans les grandes villes des pays les plus riches. Portant sur le suivi de 2 389 SDF durant une période de 8 ans, une étude réalisée en Australie compare les caractéristiques démographiques, les comorbidités et le glissement vers l’itinérance de sujets SDF avec ou sans contexte psychotique associé à leur « absence de toit. »

Dans cette population, 1 222 SDF (soit 51,2 %) relèvent d’un diagnostic de « pathologie psychotique, principalement une schizophrénie. » Ces SDF souffrant d’une psychose sont par ailleurs moins susceptibles d’avoir été mariés (23,2 % contre 45,5 %) et d’avoir exercé une activité professionnelle pendant plus d’un an (47,4 % contre 74 %). Mais ils présentent par contre plus d’antécédents d’hospitalisation en psychiatrie et plus de risques d’être devenus, à leur sortie de l’hôpital, des sujets sans abri nécessitant une allocation aux personnes handicapées (72,2 % contre 38,3 %). Ils bénéficient aussi, plus souvent, d’un statut de protection juridique comme une tutelle (12,0 % contre 2,6 %).

A la fois handicapés et défavorisés

Pour les SDF, on constate que cette coexistence d’une psychose avec les difficultés d’insertion socio-économique majore les risques de dormir à la belle étoile et de rester sans abri pendant plus d’un an, mais qu’elle réduit « les risques d’être exposé à une dépendance à un produit » (substance use disorder : alcool, drogue) ou même à une « addiction à des jeux d’argent » (gambling problem). Deux constats : une proportion élevée de personnes atteintes de psychose (29,5 %) étaient incarcérées, avant de se retrouver SDF à leur sortie de prison ; et, de façon plus surprenante, une proportion presque aussi importante (22 %) signale « avoir perdu le bénéfice d’un logement social. »

Cette étude confirme que les sujets sans abri souffrant de troubles psychotiques sont particulièrement vulnérables, à la fois « handicapés et défavorisés » (disabled and disadvantaged). Ils présentent souvent de « multiples comorbidités » et plus d’un SDF sur 5 n’ont pas été en mesure de conserver une possibilité de location en logement social. Pour les auteurs, cette « incapacité » de nombreux SDF souffrant de troubles mentaux à garder un logement social suggère « la nécessité d’interventions sociales plus soutenues » pour permettre à ces patients en grande précarité de conserver un abri.

Dr Alain Cohen

Référence
Nielssen O et coll.: Comparison of homeless clinic attenders with and without psychotic illness. Aust N Z J Psychiatry 2020; 54(2): 195–201.

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