Que serait-il arrivé il y a quelques décennies ?

La pandémie de Covid, par-delà ses conséquences médicales, économiques et sociétales, a conduit les professionnels de santé à une réflexion, souvent occultée par temps calme, sur leurs objectifs fondamentaux et leurs moyens. Cette introspection a alimenté le débat sur le JIM depuis le mois de février dernier comme le démontre cette tribune darwinienne du Dr Pierre Rimbaud qui ne devrait pas laisser indifférents nos lecteurs.  

Pierre Rimbaud, que nos lecteurs connaissent peut-être pour ses nombreuses réactions à nos articles, est un ancien enseignant de médecine générale et responsable de formation continue. Conseil en méthodologie de la recherche biomédicale et entrepreneur en biotechnologie, il est impliqué dans une demi-douzaine de sociétés centrées sur les applications de la microbiomique.


Il n'y a pas si longtemps n'existaient ni les chaines d'info en continu, ni l'internet des réseaux sociaux, ni même les instruments nécessaires aux États pour connaître l'épidémiologie mondiale en temps réel. A cette époque pourtant récente, les épidémies entraînaient une mortalité abondante et régulière, totalement méconnue et même négligée, qui éliminait de la population des vieillards, des malades fragiles, des sujets génétiquement mal équipés... et tout le monde trouvait ça normal, certes attristant mais naturel. On acceptait la mort qui frappait semblait-il au hasard. Il faut bien faire une fin, disait-on, et quand les victimes étaient des enfants... on en faisait d'autres.

Dans toutes les espèces vivantes, le résultat de cette décimation régulière par les épidémies et par les prédateurs est ce qu’on appelle la sélection naturelle, c’est-à-dire l’élimination des traits génétiques les moins favorables et des individus les moins utiles à la survie du groupe.

Jusqu’à une époque récente, la fin de vie des humains était systématiquement écourtée par des complications de toute nature, et tout particulièrement par des infections pourtant bénignes chez les plus jeunes. Il n’était aucunement question d’emmener en réanimation toute cette frange de la population vouée à court terme à finir sa vie. Empêcher la mort, « quoi qu’il en coûte », n’était pas une obsession ni même une possibilité pratique.

Puis est apparue la possibilité d’empêcher la mort avec d’importants et spectaculaires moyens médicaux. Est bientôt survenu un fait totalement nouveau : l’encombrement de ces merveilleux services de réanimation nouvellement développés, par l’obligation d’y conduire un nombre croissant de malades, y compris ceux qui il y a peu seraient simplement morts chez eux entourés des leurs. Les conséquences sociales de cette révolution sanitaire sont évidemment considérables et ne vont que s’accentuer dorénavant. On a connu des phénomènes de ce type dans de nombreuses spécialités médicales, comme par exemple la dialyse médicale qui sauve la vie d’innombrables insuffisants rénaux, dont il faut évidemment se féliciter mais reconnaître le coût exorbitant au profit de malades essentiellement très âgés et polypathologiques.

Il faut surtout reconnaitre que cette transition anthropologique majeure, qu’il n’est nullement question de qualifier bonne ou mauvaise, retentit naturellement sur tout l’équilibre social. Ce n’est pas la pandémie de coronavirus qui est un événement nouveau : c’est la civilisation sanitaire éclose en à peine trois ou quatre décennies, dont la covid19 (maladie qui serait passée presque inaperçue il y a un siècle), n’est qu’un formidable révélateur.

De nos jours, la médecine ne consiste pas à favoriser la santé, mais à lutter contre la mort. On entretient des armées de personnes âgées dépendantes et de malades chroniques, dont la charge financière incombe aux jeunes générations, condamnées à se ruiner en coûteuses retraites par répartition (dont eux-mêmes ne pourront sans doute jamais bénéficier) et en cotisations d’assurance-maladie au profit d’une population improductive indéfiniment croissante.

Il faudra bien que nous nous y adaptions de gré ou de force, et la covid19 n’y est pour rien ; puisse-t-elle au moins nous réveiller pour adapter nos politiques aux exigences du futur plutôt qu’aux récriminations du présent.

Dr Pierre Rimbaud

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Vos réactions (26)

  • Pour aller dans le même sens

    Le 06 février 2021

    A mettre en parallèle avec l'impossibilité d'obtenir en droit la décision pour chacun d'une "fin de partie" accompagnée, plutôt qu'être contraint d'attendre le temps que des "soins " s'éternisent uniquement à repousser la mort. Lutter à tout prix contre la mort inévitable du vieillard (et j'en suis) porte son lot de cruauté involontaire, comme de culpabilité de ne pas "tout faire" puisque c'est possible...alors qu'il n'est pas possible de pas mourir à la fin de la vie.

    Dr Michèle Ducornet

  • Merci !

    Le 06 février 2021

    Vous avez mille fois, cent mille fois raison !
    Vous dites tout haut et avec tact ce qu'il faudrait penser tout haut également.
    Le "politiquement correct" a anesthésié les cerveaux et tout le monde est aveuglé. On est à la limite de confondre l'arrêt d'un acharnement thérapeutique inutile avec euthanasie...

    Sans doute un éclairage public sur la morphologie des personnes décédées ou en réanimation serait une bonne chose. Les chiffres seuls font flipper, mais si on connaissait les profils de ces malades, peut-être redeviendrions-nous plus raisonnables ?
    Garder les lits de réanimation pour ceux qui ont une réelle chance et une espérance de vie plus importante, et laissons nos aînés partir en douceur avec des soins palliatifs à domicile.
    Si cette prise de conscience n'arrive pas, les dégâts collatéraux, qui existent déjà, feront sans doute plus de morts dans la population générale pourtant sans pathologies mortelles ou incurables...

    Catherine Decuyper

  • Euthanasie ou plutot détricoter le principe de précaution

    Le 06 février 2021

    Bien que cet éditorial s’en défende,
    le premier mot qui vient à l’esprit est euthanasie.
    Raisonnement volontairement provocateur.

    Ma réponse serait la proposition suivante.
    Notre attitude face à cette pandémie est la conséquence, la résultante de l’évolution de notre société depuis les ordonnances de 1945.
    Elles étaient un progrès social.
    Tous y ont adhéré.
    La protection des plus faibles, l’amélioration de la santé des Français, qui aurait pu être contre?
    Depuis ce besoin de protection s’est accentué jusqu’à devenir un droit avec comme corollaire le maudit principe de précaution qui a bloqué la société française.

    Tout d’abord inscrit dans la constitution au titre de l’environnement il a glissé et s’est étendu à toutes nos activités.
    De là, ultra prudence de nos politiques, de notre industrie pharmaceutique et retard évident dans la prise en charge de cette pandémie.
    Si au moins nos politiques à cette occasion revenaient en arrière, peut-être pourrions-nous repartir et envisager l’avenir de façon plus gaie, joyeuse, tonique et productive.

    Dr Jean-Michel Rouffilange


  • Pas d'accord sur les retraites

    Le 06 février 2021

    Merci pour cette analyse qui j'espère remettra les pieds sur terre à une partie de la population.
    Néanmoins, je ne suis pas d'accord sur votre écrit concernant les retraites. En principe la jeunesse n'a pas à payer la retraite des ainés (cela met les générations en conflit). La retraite est un droit et une continuité de la vie. On pourrait plutôt se poser cette question: qu'a t-on fait de l'argent des travailleurs pour leur retraite ? Spéculation des organismes collecteurs et des politiques ?

    Philippe Bonnotte (IDE)

  • Laisser de coté l'Afrique

    Le 06 février 2021

    "De nos jours, la médecine ne consiste pas à favoriser la santé, mais à lutter contre la mort. On entretient des armées de personnes âgées dépendantes et de malades chroniques, dont la charge financière incombe aux jeunes générations, condamnées à se ruiner en coûteuses retraites par répartition (dont eux-mêmes ne pourront sans doute jamais bénéficier) et en cotisations d’assurance-maladie au profit d’une population improductive indéfiniment croissante."


    C'est très juste, mais le pire est que ces charges financières nous empêchent d'aider les pays pauvres ou émergents...Cette ruine des finances publiques laissera d'abord de côté l'Afrique...

    Dr Laurent Clerte

  • Tilt

    Le 06 février 2021

    Et pourtant on parle encore de la "grippe espagnole". Et puis je reste sur ma faim: quelle conclusion ? En filigrane n’y aurait-il pas une idée de "c'était mieux avant, ou bien tout ça pour ça? Et oui la "santé" coute cher, alors faut-il nier le "progrès" ? Cet "édito" est creux de chez creux et ne m'inspire que des réflexions négatives...bien sûr on n’avait pas la même vision du temps de la peste noire ...Tilt…

    Dr Jean-Pierre Lamagnere

  • Limites...

    Le 06 février 2021

    Sans avoir à porter de jugement sur le fond de l'article, je me dois de féliciter l'équipe rédactionnelle de JIM.fr en général, et Mrs. Aurelie Haroche en particulier.

    JIM.fr est sans doute de l'un des rares sites médicaux où un débat a été ouvert depuis le début de cette pandémie, sans esquiver aucune question, et en restant, somme toute, dans le domaine scientifique. La profondeur et le sérieux de certaines des analyses mériteraient de servir d'exemples à la presse généraliste, pas tant sur le fond que sur la forme.

    Quant au billet de Pierre Rimbaud, il pose en des termes directs la question des limites au sein d'une société : limite des coûts qui doivent (peuvent?) être supportés, limite dans la définition de ce qu'est une vie "acceptable", frontière entre utilitarisme et humanisme. Au-delà de la morale, il s'agit ici d'une liberté d'opinion. Au vu d'événements récents dans la presse, je constate qu'elle est ici préservée. C'est une autre affaire quant aux mesures à prendre ou à ne pas prendre, et on change alors de registre pour entrer dans celui de la politique, avec ce qui est possible, et ce qui ne n'est pas, pour des raisons objectives ou subjectives !

    Dr Jean-Jacques Arzalier

  • Favoriser la vie ou empêcher la mort

    Le 06 février 2021

    Merci Pierre Rimbaud.
    Retraité en activité depuis quelques années, retraité à plein temps depuis décembre dernier, j'ai 74 ans à ce jour. Je ne peux pas ne pas me poser la question de ce que je pourrais coûter à notre société à bout de souffle si mon état de santé se détériore sévèrement. J'en ressens une grande gêne. Et suis amené à penser à l'euthanasie comme solution au moins sur demande du malade, bien informé de ce qu'il est possible d'évaluer de ses perspectives d'avenir évidemment.
    Ça m'amène une question : a-t-on évalué l'avenir des patients covid (durée de survie, dans quelles conditions de confort ou d'inconfort) dont on a sauvé la vie en réanimation ?

    Dr Jean-Pierre Ledru

  • Mieux vaut souffrir que mourir

    Le 06 février 2021

    Réflexions évidemment intéressantes.
    Aux "armées" de personnes pagées dépendantes (qui n'est pas dépendant?) et de malades chroniques, certains ajouteraient les prématurés, les polyhandicapés, .... toutes personnes pour lesquelles les médecins et l'ensemble de notre culture font tout ce qu'ils peuvent.

    Deux principes :
    1 - seuls les nazis ont fait autrement (ils ont commencé par assassiner les handicapés, et certains disent que si les médecins s'y étaient opposés, ils ne l'auraient pas fait).

    2 - Mieux vaut souffrir que mourir, c'est la devise des hommes (La Fontaine).

    Dr Daniel Wallach

  • La mort dans l'oubli

    Le 06 février 2021

    Quelle merveille cet article et merci au Dr Pierre Rimbaud d'avoir eu le courage de l'écrire.
    Je me sens alignée à nouveau avec mon éthique et mon métier.
    Je suis infirmière libérale et tous les jours j'accompagne des personnes malades ou non, qui ont besoin de nous, pas pour les sauver, mais juste pour les accompagner dans leurs étapes de vie de personnes fragiles. Les progrès phénoménaux de la médecine nous ont fait oublier que ces personnes qui représentent nos racines doivent partir un jour et instaurent dans nos esprit que la mort n'est pas naturelle. Or tout ce qui est surnaturel et incompris nous fait peur. Dès lors la mort n'est plus vécue comme un passage sociétal normal mais comme une injustice personnelle et collective.

    Pourtant nous aurions énormément à gagner à prendre soins et accompagner ce passage qu'est la mort, collectivement et personnellement plutôt qu'à souhaiter le retarder au maximum voire à le supprimer si on le pouvait, par pure folie de souhait de vie éternelle!

    Quel égoïsme de vouloir lutter contre la mort au lieu de la rendre plus supportable.
    Oui, je reste persuadée que notre adaptation viendra de l'acceptation de notre finitude infinie d'un retour à l'écoute de cette génération racine qui nous passe un relai que nous aussi devront donner à nos descendants.
    La résilience viendra de notre capacité à accepter l'échéance finale comme une richesse aussi importante que la naissance, à vivre chaque moment présent comme un cadeau, car tout est lié !
    La vie c'est un cycle non?

    Agnès Benaiteau (IDE)

  • Pourquoi amputer les médecins de leur compétence ?

    Le 06 février 2021

    L’exposé du docteur Rimbaud a le grand mérite de poser les questions, pour les réponses... Cela peut venir mais si pas de question pas de réponse.
    Ce qui m’amène à une réflexion à propos des traitements extrêmes très coûteux pour un bénéfice très faible, qu’avons-nous fait des traitements peu coûteux pour un bénéfice pas si faible que cela qu’un certain nombre de médecins courageux ont utilisés afin d’éviter aux patients d’aller vers des soins très coûteux (et je ne parle pas des souffrances évitées) au risque de se faire taper sur les doigts !
    Et à lire les articles et réactions il y en a eu pas mal. Comment a-t-on pu laisser faire ? Pourquoi amputer les médecins de leur compétence ?
    Si quelqu’un a la réponse...

    Dr Claude Gaudin (dentiste)

  • La mort se rappelle à nous

    Le 06 février 2021

    Je trouve l’article du docteur Rimbaud un peu brutal mais salutaire. J'ai aujourd’hui 73 ans et j'ai une BPCO qui m'occupe bien les journées. Les traitements que je prends ne me sont pas vraiment d'un grande utilité et je crois plutôt aux efforts physiques que je fais tous les jours. Disons que ma mort sera programmée un peu plus tôt mais c'est ainsi. La mort est revenue en force et dans le réel avec cette pandémie pour nous rappeler qu'elle fait partie de la vie. Elle en avait disparu depuis longtemps dans l’inconscient collectif à tel point que les Pompes Funèbres de Paris avaient finalement édité un petit livret de 4 rituels proposé à beaucoup de familles arrivées au cimetière et qui disaient "comment on fait d'habitude ?" signifiant ainsi à quel point nous avions éjecté de nos vies maladie, vieillesse et mort.

    Je trouve aussi que nous sommes dans une société qui a peur et qui érige les victimes en héros. Non l’émotionnel collectif et médiatique ne doit plus occulter la raison et la recherche d'une spiritualité perdue depuis la fermeture des églises. Votre article remet en lumière le lien infini entre vie et mort et c'est en cela notamment qu'il est salvateur.

    J'attends de la médecine qu'elle m'aide à terminer tout ça avec une souffrance physique moindre. Bienvenue à la loi Leonetti qui a donné du sens à tout ça. D'ailleurs je ne tiens absolument pas à encombrer les services de réa dont ce n'est pas l’objectif premier de nous entretenir coûte que coûte. Je préfère l'ambulatoire et regarder le paysage devant ma fenêtre.

    Je ne veux pas être un de plus pour le corps médical et les infirmières qui n'en peuvent plus de soigner, d'accompagner dans la mort aussi souvent aujourd'hui sans qu'il y soit attaché une quelconque raison humaine spirituelle ou simplement quotidienne claire.
    J'ai été formateur et j'ai animé des groupes de paroles de bénévoles de soins palliatifs. J'ai constaté que leur contact fréquent avec la mort ou son approche les avait rendus sereins et d'une certaine manière en paix avec elle. La conscience "physique" de son existence est donc une expérience irremplaçable et nécessaire.

    Tout ce que je souhaite, c'est que cette pandémie change un petit quelque chose dans nos sociétés vers moins de peur et plus de courage et pourquoi pas de sagesse.
    Merci au docteur Pierre Rimbaud qui est peut-être beaucoup poète qu'il ne le pense !

    Patrice Guy (IDE)

  • Quelle prise en charge et pour quel coût ?

    Le 06 février 2021

    L'article et ses commentaires sont intéressants.

    Je suis en plein cœur de la pandémie et je dois décider, comme beaucoup de confrères, de la pertinence de nos choix médicaux.
    N'avons nous pas déjà fait des choix : de soins , d'investissement humain, matériel, économique, de société ? Cette pandémie ne fait que nous rappeler qu'il n'y a pas de fonctionnement "normal" de nos services de médecine et de réanimation hospitaliers, que nous avons toujours des choix à faire (je n'ai qu'un lit disponible, on me propose plusieurs candidats) épidémie ou pas. Cela deviendrait intolérable s'il s'agissait de patients jeunes avec l'avenir devant eux , et qui n'auraient qu'un cap à passer(et donc leur donner une chance), mais ce ne sont pas les majoritaires.

    Alors assumons nos choix, et faisons le savoir : des soins proportionnés, les plus adaptés possibles (réa? pas réa ? intubation ? dialyse ? transfusion ? etc) : il n'y a pas de "quoi qu'il en coûte", il y a des médecins raisonnables, et des patients (et surtout leurs familles) et des dirigeants (ARS...) qui les comprendront...ou pas.

    J'ai malheureusement entendu un directeur d'ARS me répondre "ce n'est pas entendable (sic) de ne pouvoir hospitaliser un patient COVID" : voilà quelqu'un qui n'a rien compris.
    J'ajoute que tout un chacun comprendra qu'en cas de crise majeure nos choix seront plus sélectifs, que l'on a rogné nos libertés (de se déplacer, se réunir, etc) et qu'il n'est pas choquant qu'il y ait moins aussi de "liberté" pour faire hospitaliser un patient.

    Notre devoir est de soigner, d'avoir de la compassion, ce n'est pas de prodiguer une débauche de soins difficilement justifiables.

    Dr F Chassaing

  • Tout et n'importe quoi

    Le 06 février 2021

    L'éditorial du Dr Rimbaud me met profondément mal à l'aise.

    "A cette époque pourtant récente, les épidémies entraînaient une mortalité abondante et régulière, totalement méconnue et même négligée, qui éliminait de la population des vieillards, des malades fragiles, des sujets génétiquement mal équipés... et tout le monde trouvait ça normal, certes attristant mais naturel. On acceptait la mort qui frappait semblait-il au hasard. Il faut bien faire une fin, disait-on, et quand les victimes étaient des enfants... on en faisait d'autres".

    Pense t-il vraiment que dans les temps passés on acceptait la mort de ses enfants aussi facilement ? Peut-être était-ils "génétiquement mal équipés" ? Car à cette époque, de très nombreux enfants et jeunes adultes mourraient de diverses maladies (variole, peste, choléra etc.. ). "et quand les victimes étaient des enfants... on en faisait d'autres". Les témoignages historiques disent le contraire: la mort d'un enfant ou d'un jeune adulte n'était pas aussi facilement acceptée. Malaise !

    "Dans toutes les espèces vivantes, le résultat de cette décimation régulière par les épidémies et par les prédateurs est ce qu’on appelle la sélection naturelle, c’est-à-dire l’élimination des traits génétiques les moins favorables et des individus les moins utiles à la survie du groupe."

    Cette interprétation de la sélection naturelle (comme décimation régulière...) est tout simplement fausse. Si la sélection naturelle est effectivement un des moteurs (et pas le seul) de l'évolution, la sélection naturelle ce n'est pas cela et l'interprétation de l'auteur est celle, très primaire, qui a amené des auteurs du siècle dernier à promouvoir l'eugénisme. Nouveau malaise ...

    Lorsque je lis ceci; "On a connu des phénomènes de ce type dans de nombreuses spécialités médicales, comme par exemple la dialyse médicale qui sauve la vie d’innombrables insuffisants rénaux, dont il faut évidemment se féliciter mais reconnaître le coût exorbitant au profit de malades essentiellement très âgés et polypathologiques."

    Que veut dire l'auteur ? D'un côté il faut se féliciter de la dialyse qui sauve mais d'un autre côté il faut en reconnaître le coût exorbitant au profit de malades très âgés et polypathologiques" (ce qui d'ailleurs est faux).
    Exorbitant= qui dépasse la juste mesure. Donc, on doit s'en féliciter mais (ou: bien que..) ça dépasse la juste mesure. Comprenne qui pourra...

    Si l'on rajoute le paragraphe sur les retraites, cet éditorial est si confus, mélangeant tout et son contraire, qu'il laisse une profonde impression de malaise.
    En tout cas il est très loin de la réalité de tous les jours.

    Dr Thibault Heimburger



  • Pierre Rimbaud est factuel et non militant...

    Le 07 février 2021

    ...Ce que semblent ignorer les commentaires parlant d'euthanasie. Mais effectivement le vrai débat concerne la justification de cette hystérie récente face à la mort, plutôt que "s'y adapter de gré ou de force" comme le dit Pierre Rimbaud de façon un peu démissionnaire.

    Dr Jean-Pierre Legros

  • Voilà qui dit enfin les choses

    Le 07 février 2021

    Merci Dr Pierre Rimbaud. Voilà qui dit enfin les choses telles qu'elles doivent l'être.
    Pas bien facile de nos jours, face à l'armée des médias, de la bien-pensance, des réseaux sociaux et des lobbies.
    L'action dans l'immédiat, motivée par l'affectif, interdit toute réflexion sereine. Et c'est grave parce que cela se fait au détriment de la jeunesse, de l'économie et du bon sens élémentaire.
    Puissent nos dirigeants en tenir compte. Ce n'est pas certain du fait de la puissance des lobbies.
    Ce peut être une opportunité pour aborder la question et le sens de la fin de vie. Nous verrons si notre Société en a le courage. Ce n'est pas gagné.

    Dr Jean-François Michel

  • Le courage de dire les choses

    Le 07 février 2021

    Un grand merci au Dr Pierre Rimbaud pour son analyse pertinente de notre société et félicitation à la rédaction pour le courage de publier un tel article, parce qu'il faut du courage dans ce monde où ne pas écrire dans le politiquement correct risque de vous attirer les foudres des associations, des médias et des politiques à la langue de bois.

    Dr Lucian Petroviciu

  • Enfin, on ose dire les choses

    Le 08 février 2021

    Merci à tous pour votre courage d'exprimer tout haut ce que beaucoup pensent tout bas sans l'avoir dit jusqu' alors. Le vrai débat est notre attitude face au refus d'acceptation de la mort, amplifié par la Covid 19 (pourquoi ce dérapage ?)... nous ne sommes pas immortels et la vie ne vaut la peine que si elle est vraiment vécue. Débat philosophique ...

    Difficile d'accepter de sacrifier le monde d'aujourd'hui et celui de demain pour sauver celui d'hier. Tournons nous vers l'avenir et non vers le passé.
    Et si le monde d'aujourd'hui devient une civilisation sanitaire, alors nos politiques doivent prévoir les moyens d'y arriver sans mettre en péril l'économie et l'éducation de nos enfants et leur futur.

    Séverine Dardel (pharmacien)

  • Darwin, qu'ont-ils fait de ton œuvre ?

    Le 13 février 2021

    Si l'ouvrage auquel il est fait référence pour structurer l'argumentaire est inspiré de l'approche darwinienne, je crains une lecture très réductrice de l’œuvre de Darwin oubliant "de l'origine de l'homme".

    La médecine a effectivement connu des évolutions majeures et les progrès de la science et de la technique permettent de prolonger l'espérance de vie, ce qui est autre chose que d’empêcher la mort ou de l'annuler. Que cela puisse poser des questions éthique sur la fin de vie est une évidence, mais comment juger de ce qu'est une vie bonne, qui vaut d'être vécue ?

    L'argument de la grande faucheuse qui décimait les populations comme régulation naturelle me semble inquiétant, renonçons donc à vacciner contre la polio ... après tout les progrès de l'hygiène n'expose pas prioritairement les pays développés..., faut t-il poursuivre le raisonnement ?

    Mes confrères réanimateurs, tous les jours, en dehors même de période épidémique réfléchissent à l’intérêt d'admettre chaque patient en réa ou de poursuivre leur séjour ... et l'accompagnement de fin de vie est régulièrement envisagé; il en est de même dans les services de dialyse et la question de l'acharnement thérapeutique est maintenant le plus souvent pris en compte comme une situation de maltraitance.

    S'il s'agit d'amener à questionner la question de l'euthanasie, l'amener par le biais du cout et du fardeau économique pour les générations à venir me parait le pire et le plus abominable des chemins.

    Il est terrible de vieillir, la maladie est bien trop souvent une triste compagne et la médecine fière de ses progrès technique néglige parfois trop l'accompagnement humain se réfugiant dans les procédures comme les directives anticipées, non que cela soit une mauvaise chose en soi s'il s'agit d'une réflexion éclairée par un échange avec ses proches, éventuellement d'un dialogue avec son médecin, mais se retrouver seul face à une feuille blanche, comme se retrouver seul dans un lit d’hôpital privé de visites, mourir à l’hôpital puisque de plus en plus souvent c'est le lieu du décès. En tout état de cause, si l'idéal médical était d’empêcher la mort, il y échoue et il est face à son échec.

    La part de la richesse, du PIB consacrée à la santé est t-elle trop importante, pèse t-elle trop sur les générations à venir, le débat mérite d'être posé effectivement, mais faut t-il le poser en ces termes à partir du cout direct et indirect lié à l'épidémie actuelle qui servirait de révélateur? Il faudrait alors questionner le cout indirect de la perte de richesse liée aux décès, des désordres sociaux et économiques liés à une épidémie que l'on laisserait évoluer sans chercher à l'endiguer... Les désordres sociétaux majeurs qu'on provoqués par les passé les grandes épidémies et leurs conséquences sur plusieurs générations.

    A moins que, ce soit simplement les plus âgés en mauvaise santé ; à partir de quel age, de quels critères, parce qu'ils sont improductifs ?

    Darwin, qu'ont-ils fait de ton œuvre, de ta pensée ?

    Dr Thierry Colin

  • Réponse du Dr Boch, neurochirurgien, médecin des Hôpitaux de Paris, docteur en philosophie

    Le 13 février 2021

    Si l’âge n’est pas forcément déterminant pour savoir quels malades feront une forme grave de covid, en revanche l’âge est déterminant pour savoir comment ceux qui font une forme grave supporteront les traitements extrêmes en cas de défaillance respiratoire. Il ne suffit pas d’entrer en réanimation, il faut surtout en sortir ! Et surtout, en sortir dans un état « décent ». Indépendamment du covid, les statistiques de survie post-réa pour syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA) sont accablantes chez les patients âgés. Beaucoup meurent. Et la minorité qui survit à la réanimation garde de lourdes séquelles. Ces personnes ne rentrent en général pas chez elles mais sont orientées vers des SSR gériatriques où les assistantes sociales s’activent pour trouver une voie de sortie, c’est-à-dire un EHPAD. Leur vie post-réa est à la fois courte et misérable, toute la littérature médicale sérieuse le rapporte. En bref, entre 50 et 60% des patients âgés entrés en réa pour un SDRA y décèdent, et parmi les survivants près de 50% décèdent dans les 6 mois suivant leur sortie. Les autres sont relégués dans des EHPAD – alors même qu’ils étaient « autonomes à domicile », selon l’expression consacrée, avant leur maladie.

    Attention, je ne parle pas ici d’un petit séjour en soins intensifs avec un peu d’oxygène dans le nez mais de la « vraie » réa, celle où on est ventilé pendant trois semaines, puis trachéotomisé, et qui se conclut par ce qu’on appelle la neuropathie de réanimation, les escarres, les ostéomes bloquant les articulations, les phlébites et autres joyeusetés, et enfin un affaiblissement intellectuel quasiment constant. Ces troubles affectent tous les patients qui ont fait un long séjour en réanimation. Les jeunes récupèrent en quelques semaines (selon la règle effrayante : un jour de réa = une semaine de rééducation !). Les vieux ne se relèvent jamais de cette épreuve, au propre comme au figuré. La plupart restent grabataires et dépendants.
    https://www.causeur.fr/selection-reanimation-covid-19-176587

    Dr Alexandre Krivitzky

  • A coté de la plaque

    Le 13 février 2021

    "De nos jours, la médecine ne consiste pas à favoriser la santé, mais à lutter contre la mort", nous dit le Dr Rimbaud.
    C'est tout à fait discutable. La médecine n'est effectivement plus l'affaire exclusive des médecins (et en ce sens elle ne consiste pas à favoriser la santé) mais ne lutte plus exclusivement non plus contre la mort (IVG de fin de grossesse, euthanasie, suicide assisté).

    Je crois surtout que les médecins se sont fait déposséder de la médecine qui est devenue largement l'affaire de non médecins voir de tous et donc de personne.

    A l’époque que vous citez plus haut où les épidémies passaient inaperçues (et ce n'est pas le moyen age mais bien "les trente glorieuses" pas si loin de nous), les choses étaient effectivement plus simples: les médecins prenaient leur responsabilité et décidaient ce qu'il fallait faire avec le patient en colloque singulier ou avec la famille sans avoir de directives autres que celles que lui dictaient ses connaissances et sa conscience. Les conditions de notre pratique (légale, administrative, politique ou médiatique) ont tellement changées ces cinquante dernières années que nous, la société entière, allons maintenant effectivement avoir à en supporter les conséquences. Comprenez bien que nous ne sommes plus les seuls responsables de nos patients. Nous sommes devenus des techniciens de santé qui ne maitrisont plus ni notre propre avenir ni celui de nos patients ni même notre propre pratique. Nous sommes devenus donc, dans l'absolu, irresponsables.

    Dr Jean-Pierre Massol

  • Vae victis ?

    Le 14 février 2021

    Quelle est la valeur d'une vie ? Qui juge de cette valeur ?
    Qui fait la sélection et accorde le traitement spécial...ou pas.
    Attention, ça glisse, et il y a l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette entre regarder les choses en face et s'égarer.
    Moi qui fait maintenant partie des inutiles, de ceux qui coûtent, des poids morts, des survivants, j'espère simplement qu'une butée, appelez ça l'éthique, viendra protéger mes éventuels médecins de céder à leur mauvais côté qui leur dit, à eux comme à tous les humains, vae victis, malheur aux vaincus, aux pauvres, aux vieux, aux malades, aux boiteux, aux tordus, aux chiens qu'on voit enragés, aux improductifs, aux coûteux.
    Allez, je croise les doigts.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Réflexions irresponsables (au Dr Rimbaud)

    Le 20 février 2021

    En réaction au Docteur Rimbaud qui parle de coût : le plus simple serait de ne plus vacciner les enfants, ne plus soigner les handicapés, les malades du cancer...
    De plus, stoppons les PMA, est-ce le rôle de la médecine de pallier à l'infertilité de couples (acceptée auparavant) et maintenant proposées également aux femmes fertiles...
    Stoppons ici ces réflexions irresponsables!

    Dr Danielle Mien

  • Les multiples conditions de la vie

    Le 25 février 2021

    Je suis infirmière depuis environ 20 ans et en Rhumatologie depuis 13 ans. J'ai vu et accompagnée des patients dans des situations multiples. Je suis aussi mère d'un enfant ayant bénéficié des progrès de la médecine réanimatoire à 25 SA et qui s'en est très bien sorti. Et j'avoue avoir été estomaquée par certains points et commentaires de l'article du Dr Rimbaud.

    Je pense aussi effectivement la difficulté de notre société occidentale est entre autres son refus d'accepter la mort et sur ce point je rejoins ce point de vue de l'article.
    Mais je ne suis absolument pas d'accord avec l'analyse.
    À mon sens tout d'abord toute une culture de l'accompagnement de ce moment de vie -car oui la mort en fait partie même si elle marque sa fin- a été perdue. Et aujourd'hui on préfère souvent envoyer ses proches à l'hôpital soit pour lutter contre quoiqu'il en coûte ou ne pas voir ses réalités.

    Les progrès de la médecine ont été tels qu'on oublie qu'on est là aussi pour soigner au sens le plus littéral du terme c'est-à-dire prendre soin, accompagner (et pas toujours guérir) . Et prendre soin, accompagner la vie c'est aussi dans ses aspects les plus durs : handicap, maladie chronique...

    Je ne suis pas pour l'acharnement thérapeutique mais il y a une multitude de situations humaines qui font que la vie a un sens.
    Mais peut on blâmer la société d'avoir du mal à accepter ces conditions de la vie que sont la maladie, le handicap et la mort.
    Quand on voit comment la médecine palliative, la gériatrie, la psychiatrie et le médico social sont négligés; ces disciplines qui sont les plus sollicités quand on parle de mort et de handicap ou de vieillesse. En tant que soignant nous devrions plus nous battre pour améliorer nos connaissances et augmenter les moyens dans ces domaines. Alors oui on revient à la question du coût mais la vie humaine doit elle être "mesurée" à sa seule productivité ?

    J'écoutais le témoignage d'Hélène De Fougerolles sur sa vie avec sa fille autiste sur Europe 1 et elle disait comment elle lui avait appris à voir la vie différemment.
    Et si vous êtes intéressés je vous invite à l'écouter en podcast.
    Je ne nie pas que des décisions prises depuis le début de cette crise ont généré de la souffrance.
    Mais elles sont aussi liées à ce manque de moyens abyssal qui existait déjà dans la santé.

    Car oui la santé a un coût mais nous sommes des soignants pas des comptables ou des économistes et avoir les moyens de prendre soin de la vie qualitativement de nos patients en vaut la peine à mon sens.

    Et d'un point de vue personnel je suis heureuse que l'équipe médicale qui a pris en charge mon fils ne se soit pas basée sur des questions de coût et de productivité potentielle de sa vie future pour le soigner. Et j'ai plein d'autres cas personnels et professionnels en tête.

    Tout cela pour dire encore une fois battons pour les moyens de soigner et laissons les analyses (intransigeantes) financières au ministère de l'économie.

    Sylvie Boulevard (IDE)

  • Pas comptables et pas économistes...

    Le 25 février 2021

    ...bien sûr, mais dans toute cette discussion passionnante, il y a un "fantôme" qui est l'incroyable augmentation de la productivité qui est à la fois le résultat et le ressort des progrès scientifiques et techniques, qui permet de payer et les soins et l'allongement de nos vies et les retraites. Pour autant, nos ressources ne sont pas infinies et c'est aux politiques de faire les moins mauvais choix en la matière.

    Guy Waksman

  • ...il y a quelques décennies

    Le 19 avril 2021

    N'oublions pas que derrière beaucoup de déclarations " humanistes " il y a des besoins financiers qu'il faut justifier. Mieux vaut un grabataire qui rapporte qu'une mort naturelle, même pas précoce.

    Dr Jean Pierre Sapin.

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