Quelle qualité de vie à long terme après oesophagectomie pour cancer ?

Malgré le caractère souvent salvateur de la chirurgie du cancer de l’œsophage (KO), elle n’empêche pas les récidives et n’assure que 40 % de survies à 3 ans. Au-delà de ce délai, les récidives deviennent rares et les patients peuvent être considérés comme guéris.
Mais, pour ceux-là, l’oesophagectomie entraîne des conséquences qui obèrent la qualité de vie (qdv). Ceci a été démontré 6 mois après l’intervention, mais peu étudié à plus long terme quand la menace de récidive s’estompe. Ce travail, conduit à l’échelle de la Suède, a cherché à savoir si la qdv s’améliorait au fil du temps après 6 mois.

Tous les patients qui ont survécu 3 ans à l’oesophagectomie (effectuée entre 2001 et 2004) ont été inclus. Les malades ont rempli 2 questionnaires : l’un (QLQ-C30) évaluant des symptômes généraux, physiques, fonctionnels, fatigue, nausées, douleur, troubles du sommeil, du transit, de l’appétit, et retentissement économique ; l’autre (QLQ-OES18) plus spécifique analysant la dysphagie, les difficultés d’alimentation, de déglutition salivaire, d’élocution, le reflux, et les sensations de suffocation, d’agueusie, de bouche sèche et la toux. Les réponses ont été traduites en scores de 0 à 100.

Pour le QLQ-C30, une population générale appariée sur l’âge et le sexe, mais sans KO, a été prise comme référence. Il a été considéré qu’une différence devenait pertinente quand elle dépassait 10 points. Sur 358 opérés, 117 (33 %) ont survécu à 3 ans, et, parmi eux, 87 ont rempli leurs questionnaires à 6 mois et 3 ans.

Il n’existait pas de différences significatives entre les réponses à 6 mois et à 3 ans. Plus exactement, le pourcentage de malades se déclarant « améliorés » était compensé par un pourcentage équivalent de patients se sentant « aggravés ».

Pour les fonctions physiques, il a été observé 20 % de dégradations, 30 % de progrès et 50 % de stabilité. Les résultats les plus favorables ont été acquis sur la fatigue (47 %) et la douleur oesophagienne (45 %) ; en revanche, ils sont 42 % de plus à se plaindre de reflux à 3 ans qu’à 6 mois (mais 33 % à en être moins gênés).

Les résultats ne sont pas affectés par le montage chirurgical ni par le stade initial du KO, ni par l’âge. Enfin, dans les 2 sexes, la comparaison des résultats du questionnaire QLC-C30 avec ceux d’un échantillonnage du même âge de la population générale a été toujours à l’avantage de ce dernier, pour tous les paramètres.

La qualité de vie ne s’améliore donc pas 6 mois après l’oesophagectomie, et est très inférieure (fatigue, anorexie, nausées) à celle d’une population comparable non opérée.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Djärv T et coll. : Long-term health-related quality of life following surgery for oesophageal cancer. Brit J Surg 2008 ; 95 : 1121-6.

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