Retraites : les professionnels de santé entre négociation et affrontement

Paris, le mercredi 8 janvier 2020 – Une fois encore, de nombreux analystes voient dans cette semaine une étape décisive pour le gouvernement confronté à la colère des syndicats contre la réforme des retraites. Certains veulent croire qu’un levier de négociation existe autour de l’âge pivot, qui pourrait conduire à l’apaisement des organisations "réformistes" (CFDT, UNSA...). Mais d’autres, tels les éditorialistes du journal L’Opinion, estiment que cette question de l’âge pivot est loin de résumer l’ensemble des enjeux et que dans l’ombre, d’autres contestations persistent, telles celles des professions libérales. Ces dernières étaient reçues hier par les équipes du Secrétaire d’Etat chargé des retraites, Laurent Pietraszewski, alors que le collectif SOS retraites a appelé ses membres à mener différentes actions entre le 3 et 6 janvier.

Faible mobilisation

La mobilisation est loin d’avoir été marquante. Si les avocats ont été les plus engagés, les médecins libéraux ont été peu nombreux à répondre aux appels à la fermeture des cabinets, soutenus notamment par la Fédération des médecins de France (FMF) et l’Union française pour une médecine libre (UMFL-s). Sans doute, les dates choisies expliquent-elles en partie ce phénomène, tandis que le caractère très technique de cette réforme, comme le remarque le président de l’UFML-s, le docteur Jérôme Marty dans le Quotidien du médecin, explique probablement également la réserve des praticiens.

Probablement pas d’union syndicale pour l’heure

Il n’est pas impossible que compte tenu de leurs autres revendications (la grève des gardes du samedi matin afin de faire évoluer la rémunération de la permanence des soins ambulatoires mobilise ainsi aujourd’hui fortement la Confédération des syndicats médicaux français et MG France) les médecins et plus encore leurs syndicats préfèrent sur la question des retraites la voie de la négociation plutôt que celle de la confrontation. Aussi, si l’UFML-s avant la tenue de la réunion où elle n’était pas conviée (n’étant pas un syndicat représentatif) voulait croire à une union syndicale possible, autour du président de la Caisse autonome des retraites des médecins de France (CARMF), les premiers échos à l’issue de la réunion d’hier restreignent les chances de voir cet appel se concrétiser dans l’immédiat.

Des simulations inquiétantes, mais quelques engagements encourageants

En effet, si les participants affichent des perceptions contrastées, certains reconnaissent que sans avoir permis de répondre à toutes les questions, la réunion a su éclairer plusieurs points. Ces précisions ne sont pas toutes parfaitement rassurantes. Le Syndicat des médecins libéraux (SML) note ainsi qu’a été confirmé que « les chiffres présentées sur des hypothèses de croissance des BNC (…) montrent que les baisses de prélèvements vont entraîner des baisses de pension plus fortes pour les médecins dont les revenus sont les plus faibles ». Pour corriger cette évolution inacceptable, plusieurs organisations dont le SML attendent « la mise en œuvre d’un régime complémentaire obligatoire en répartition par capitalisation géré par la CARMF permettant, dans le cadre d’un niveau global de prélèvement égal au montant actuel de permettre le maintien du niveau de pension actuel pour tous » ; une proposition qui a été accueillie favorablement par le gouvernement même si un engagement plus officiel est encore attendu. Les syndicats ont également pu se satisfaire du fait que leurs préoccupations concernant l’Assurance santé vieillesse soient entendues, même si là encore des garanties claires doivent être données.

Dans l’attente du projet de loi

Si elles ne sont pas pleinement satisfaisantes, ces discussions ont confirmé à certains syndicats la possibilité d’un dialogue avec le gouvernement. Ainsi, plutôt que de lancer des appels à la grève, certains des représentants des médecins libéraux préfèrent attendre de découvrir le libellé du projet de loi, afin notamment de vérifier si leurs revendications concernent la pérennisation des réserves ou de l’ASV ont bien été entendues. Cependant, le SML prévient « Toutes les promesses faites ce jour et toutes les demandes formulées (…) devront trouver très rapidement leur traduction concrète dans les textes annoncés. Si tel n’était pas le cas, la position du SML est claire : il appellera les médecins libéraux à se joindre aux actions prévues début février ». Ainsi, pour l’heure, tous les médecins libéraux ne semblent pas prêts à vouloir s’engager dans une confrontation ouverte avec le gouvernement, même s’ils affichent leur détermination.

Deux fronts paraissent se dessiner entre d’une part les tenants d’un message plus tranché appelant à un moratoire afin de permettre la conservation du régime autonome (c’est la position défendue par les membres de SOS retraites, l’UFML et la FMF) et ceux qui veulent croire que des aménagements sont possibles et permettront d’éviter des dommages trop importants pour les praticiens.

Des retraites anticipées justifiées à l’hôpital plus que partout ailleurs ?

On relèvera qu’à l’hôpital, la même attitude s’observe face au grand chantier des retraites. Les organisations syndicales ont affirmé à plusieurs reprises qu’il s’agissait d’une préoccupation importante pour les agents, même si elles préfèrent cependant conserver leurs distances avec le mouvement général. Ainsi, notamment, le collectif inter-hôpitaux ne prendra pas part aux manifestations de demain. Pourtant, il ne fait aucun doute que les agents hospitaliers disposent de nombreux arguments légitimes pour défendre la pertinence pour eux de départs à la retraite anticipés. Ainsi, une étude publiée par la direction des études statistiques du ministère du travail (DARES) met clairement en évidence que les agents hospitaliers sont plus que tous les autres salariés français (des autres fonctions publiques et du privé) exposés à des contraintes physiques et psychiques. Postures pénibles, manutention manuelle de charges, exposition aux rayonnements ionisants, travail le dimanche et la nuit, contact potentiellement sous tension avec le public : l’ensemble de ces facteurs de pénibilité est accru pour les agents hospitaliers ; autant d’éléments en faveur d’une prise en compte dans la détermination de l’âge du départ à la retraite. Cependant, quel que soit le nombre d’années qu’ils devront travailler, les agents hospitaliers préfèrent pour l’heure militer pour une amélioration de leurs conditions d’exercice actuelles.


Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Retraites, etc...

    Le 08 janvier 2020

    Je pense qu'il vaut mieux perdre actuellement sur le plan de nos revenus, et faire grève, ou soutenir ceux qui la font, autant que faire se peut, plutôt que de tergiverser en attendant des aménagements qui ne seront que de petites poires d'eau empoisonnée. La retraite telle qu'elle nous est proposée va appauvrir tout un chacun sauf, bien sur, ceux qui ont pu mettre suffisamment d'argent de côté, placé... ce qui n'est pas le cas du médecin de base et de bien des professionnels de santé.

    Nous savons ce que cela a donné en Allemagne, par exemple...Nous devons améliorer les conditions de travail à l'Hôpital et ailleurs et nous devons en tant que médecins voir plus loin que nos intérêts propres car cela serait contraire à notre éthique.

    Comme les avocats ont jeté leurs toges face à leur Ministre, jetons nos stéthoscopes, face au Ministre de la Santé!
    La santé dans toutes ses composantes est maltraitée et méprisée dans ses demandes légitimes.
    La retraite n’est qu’un point de cette non considération.

    Dr Fanny Cohen

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