Risque accru de lymphomes non hodgkiniens au voisinage des anciens incinérateurs d’ordures ménagères

Après la mise en évidence de la survenue de plusieurs cas de lymphomes non hodgkiniens (LNH), en association à l’exposition à de fortes émissions de dioxines d’une usine d’incinération d’ordures ménagères (UIOM) à Besançon, une étude a été lancée en France, en 2003, sous l’égide de l’Institut de veille sanitaire, afin d’évaluer la relation entre exposition aux émissions des UIOM et risque de cancer, en particulier de LNH. Une première étude vient d’être publiée sur le risque de LNH liée aux émissions de dioxine chez les populations riveraines d’anciennes installations municipales d’incinération d’ordures ménagères.

Elle a porté sur quatre départements disposant d’un registre général des cancers d’ancienneté suffisante lors de la mise en route de l’enquête : le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, l’Isère et le Tarn. Les cas de LNH, histologiquement vérifiés, diagnostiqués entre 1990 et 1999, concernant des patients de 15 ans et plus, et vivant dans les régions intéressées au moment du diagnostic, ont été inclus.

Les données d’exposition au voisinage de 13 incinérateurs ont été examinées pour la période allant de 1972  à 1985 (soit en moyenne 10 ans avant la survenue des LNH). L’exposition aux dioxines émises a été estimée en simulant la dispersion atmosphérique des panaches provenant des cheminées, en prenant en compte les données météorologiques locales, et en calculant les concentrations cumulées de dioxines au sol.

Cinq facteurs potentiels de confusion : la densité de population, le caractère urbain ou rural du lieu de résidence, le niveau socio-économique, la pollution aéroportée liée au trafic routier et celle liée aux installations industrielles ont été prises en compte. 

Entre 1990 et 1999, 3 974 cas incidents de LNH ont été recensés (2 147 des hommes, âgés en moyenne de 61,49 ± 16,21 ans, 1 827 chez des femmes, âgés en moyenne de 66,06 ± 16,44).

Une relation significative a été mise en évidence entre exposition aux dioxines et risque de LNH (risque relatif, RR = 1,120 IC à 95 % 1,002-1,251) chez les sujets  des zones fortement exposées en comparaison de celles légèrement exposées.

L’analyse selon le sexe laisse apparaître un RR significativement accru uniquement chez les femmes, de 1,178 (IC à 95 % 1,013-1,369).

Les résultats de cette étude apportent des arguments supplémentaires quant à l’existence d’un lien entre incidence des lymphomes non hodgkiniens et exposition passée aux dioxines des anciennes UIOM. Ils ne peuvent être extrapolés aux usines d’incinération d’ordures ménagères actuelles, dont les émissions de polluants sont moindres et plus strictement contrôlées qu’autrefois. Les auteurs insistent sur la nécessité d’études complémentaires précisant, à grande échelle, en population générale, le grade histologique de ces néoplasies lymphoïdes, les historiques nutritionnels, résidentiels et professionnels, ainsi que les concentrations mesurées de dioxines dans le sang, afin de mieux comprendre la relation entre LNH et exposition environnementale à ces polluants.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Viel J-F et coll. Non Hodgkin lymphoma risk and past dioxin emissions from municipal solid waste incinerators. Environ Health, Publication en ligne, 29 octobre 2008.

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