Santé mentale et covid-19, ce sont les jeunes les plus vulnérables !

Selon une équipe de psychiatres exerçant à Toronto (dans l’Ontario, au Canada), l’épidémie de Covid-19 rapproche, dans le monde entier, le travail des professionnels en santé mentale d’une « psychiatrie des catastrophes. » Les auteurs s’intéressent en particulier à l’incidence de cette nouvelle maladie contagieuse sur les problématiques anxieuses et dépressives chez les enfants et les adolescents.

Malgré une parenté avec d’autres affections (comme le SRAS de 2003)[1], la COVID-19 présente certaines spécificités, notamment l’ampleur de son impact international, les ordonnances d’isolement social prolongé, la dévastation économique sans précédent et la fermeture de plusieurs endroits (écoles, universités, cinémas…) fréquentés par les jeunes, lesquels ont « soudainement perdu » nombre des activités qui structuraient habituellement leur vie quotidienne : rythmes scolaires, activités parascolaires (notamment sportives), interactions sociales…

Glissement des préoccupations anxieuses

Sur une période prolongée, rappellent les auteurs, ces pertes de repères peuvent aggraver des symptômes dépressifs et renforcer davantage le retrait social, l’anhédonie, voire le désespoir déjà présents dans les troubles anxio-dépressifs. On déplore aussi un glissement des préoccupations anxieuses depuis les « besoins d’ordre supérieur » (comme l’estime de soi et la communication) jusqu’aux « besoins de base » (nourriture, logement, sécurité physique). Renforçant les préoccupations collectives en matière de contagion, cette pandémie peut aussi aggraver, chez certains sujets, une forme d’anxiété antérieure : hypocondrie, phobie, trouble obsessionnel-compulsif, trouble d’anxiété généralisée...

Mais paradoxalement, la préconisation principale pour contenir l’épidémie (la distanciation sociale) peut aussi atténuer temporairement certains symptômes  psychopathologiques, comme les troubles liés à une anxiété sociale, une anxiété de performance scolaire, ou une agoraphobie. Toutefois, les auteurs redoutent qu’à cette amélioration à court terme de certains symptômes succède ensuite « une aggravation, après la reprise des activités normales », à l’instar du phénomène observé à la rentrée scolaire, chez des jeunes atteints de ces troubles, après la rémission notée lors des vacances d’été. Dans l’ensemble, si les jeunes ne constituent pas une population particulièrement à risque pour la Covid-19, ils sont en revanche très vulnérables à l’impact des facteurs de stress soutenus pendant leur développement.

C’est pourquoi les auteurs estiment que leur santé mentale mérite une attention particulière, pendant et après la pandémie.  

[1] https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/le-sras-cov-un-coronavirus-a-l-origine-d-une-epidemie-mondiale-d-une-ampleur-considerable

Dr Alain Cohen

Référence
Courtney D et coll.: COVID-19 impacts on child and youth anxiety and depression: Challenges and opportunities. Canadian J Psy, 2020, vol 65(10): 688–691.

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Vos réactions (1)

  • Les jeunes ont de quoi être complètement "déboussolés"

    Le 30 décembre 2020

    Merci pour votre article très intéressant sur l'impact psychologique chez les jeunes, des mesures sanitaires liées au Covid19. Si les jeunes ont un faible risque de développer une forme grave de la Covid19, ils ont de quoi être complètement "déboussolés" par les conséquences sociales liées au confinement et à la distanciation physique. Les jeunes fonctionnent encore sur un mode très fusionnel et ont besoin de contact physique. Ce doit être une souffrance pour certains d'être ainsi isolés. J'ai une fille de 24 ans qui s'en sort plutôt bien parce qu'elle est très sociable mais j'ai conscience que ce n'est pas le cas de tous les jeunes.

    Dr Marie-Sandra Diamant-Berger

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