SARS-Cov-2 : le retour de l’accident de laboratoire

Le laboratoire P4 de Wuhan

Paris, le mardi 10 novembre 2020 – Dans des publications récentes (dans le journal du CNRS et dans Médecine Sciences), des scientifiques français relancent l’hypothèse selon laquelle une erreur de manipulation dans un laboratoire chinois pourrait être à l’origine de la pandémie.

Près d’un an après le début de la pandémie de Covid-19 dans la ville de Wuhan en Chine, l’origine du SARS-Cov-2 est encore inconnue. En avril dernier, le très sérieux Washington Post pointait du doigt les failles de sécurité du laboratoire de virologie P4 de Wuhan et se demandait si ces failles ne pouvaient pas avoir rendu possible l’évasion d’un virus à l’origine de la pandémie actuelle. Le gouvernement américain s’était alors emparé de l’affaire pour accuser l’ennemi chinois d’être responsable de l’épidémie, tandis que le laboratoire de Wuhan avait nié toute responsabilité dans la catastrophe. A l’époque, l’affaire en était restée là, faute de recherches supplémentaires.

Le pangolin est-il innocent ?

Aujourd’hui, plusieurs scientifiques français relancent l’hypothèse d’une origine humaine du virus. Etienne Decroly, virologue au CNRS et Jacques Van Helden, professeurs de bio-informatique à l’université d’Aix-Marseille ont publié deux articles sur le sujet fin octobre. Leur hypothèse part d’un constat : si l’on sait que le SARS-Cov-2 tire son origine d’un virus de la chauve-souris, il semble impossible que le virus soit passé directement de la chauve-souris à l’homme. Il a donc dû passer par un hôte intermédiaire. Selon la théorie la plus répandu, celle de l’origine naturelle du virus, cet hôte pourrait être soit le pangolin, soit le chien viverrin, des animaux répandus en Chine.

Mais l’hypothèse d’une intervention humaine n’est pas à écarter. On sait que le virus SARS-Cov-2 est identique à 96 % à un virus de la chauve-souris détenu par le laboratoire P4 de Wuhan. A partir de là, les chercheurs français émettent l’hypothèse suivante : après avoir isolé le virus de la chauve-souris, les chercheurs chinois l’auraient cultivé afin d’étudier la possibilité que ce virus se transmette à l’Homme. Il ne s’agissait évidemment pas de créer une « arme biologique » mais d’étudier le virus. Les scientifiques chinois auraient alors sans le vouloir, « créé » le SARS-Cov-2 avant de le laisser s’échapper dans la nature.

Des recherches de gain de fonction controversées

Les auteurs de ces études tiennent à le préciser : ceci n’est qu’une hypothèse et la théorie d’une origine naturelle de la pandémie reste la plus probable. Mais ils rappellent que ces expériences dit de « gain de fonction », dans lesquels les chercheurs augmentent artificiellement en laboratoire la virulence ou la contagiosité d’un virus ne sont pas si rares, y compris dans les laboratoires occidentaux.  Sans interdire ces recherches, Etienne Decroly appelle à mieux les encadrer, en édictant des normes internationales.

Il faudra sans doute attendre longtemps avant de connaitre l’origine de la pandémie actuelle et peut être ne la connaitrons nous jamais. L’hypothèse d’une origine purement naturelle serait renforcée si l’on trouvait trace chez des animaux sauvages d’un virus identique au SARS-Cov-2. A l’inverse, la théorie d’une intervention humaine pourrait être étayé par des « analyses bio-informatiques poussées » selon les mots d’Etienne Decroly, qui pourraient permettre de retrouver la trace d’une éventuelle manipulation génétique du virus. Les autorités chinoises ne sont en tout cas pas prêtes à coopérer à ces recherches. Selon Yuan Zhiming, directeur du laboratoire de Wuhan, toute fuite de son centre de recherche est impossible. « Aucun de nos laborantins ne pourrait sortir ne serait-ce qu’une goutte d’eau ou un bout de papier ».

Nicolas Barbet

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Vos réactions (1)

  • Accident ?

    Le 11 novembre 2020

    Merci d'ouvrir cette rubrique.
    En fait l'article n'est pas destiné à examiner cette hypothèse. Il les examine toutes et n'exclut ni l'accident de labo ni les éléments retrouvés commun avec le HIV1 par Montagnier.
    Seule cette deuxième hypothèse avait été exclue sur des arguments statistiques.
    La première n'a jamais été exclue et c'est tant mieux parce que si ce n'est pas le cas cette fois ça le sera demain, et l'examiner a déjà permis d'observer que la norme P4 avait été "interprétée" par les autorités chinoises.

    On devrait aboutir quel que soit le résultat à un observatoire international des labo P4. De la même façon qu'on en a un pour les industries nucléaires. Actuellement ce qu'on a pour les P4 c'est une certifications nationale incluant une informatique blindée car hackée en permanence.

    Dr Didier Marc Poisson

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