StopCovid, entre fiasco et polémiques

Paris, le mercredi 29 juillet – Ignorée par les Français qui l’ont très peu téléchargée, l’application StopCovid est sous le feu des critiques de ceux qui dénoncent son inutilité et son coût important.

Cela devait être le nouveau geste barrière numérique. L’arme de pointe des autorités pour lutter contre l’éventuel seconde vague de l’épidémie. Le 2 juin dernier, pour la deuxième phase du déconfinement, le gouvernement lançait avec fierté son application de contact tracking (traçage des contacts) StopCovid. Grâce à la technologie Bluetooth, cet outil numérique devait permettre à chaque Français de savoir s’il avait été en contact avec un sujet porteur du SARS-Cov-2. Tout en respectant sa vie privée et en protégeant ses données personnelles nous assurait-on.

3 % d’utilisateurs et 14 notifications seulement !

Près de deux mois plus tard, le fiasco est total. 2,3 millions de personnes seulement ont téléchargé l’application, soit environ 3 % de la population. Bien loin des 20 % d’utilisateurs minimum requis pour que l’application ait une utilité sanitaire, selon la plupart des "experts". Et encore, ces chiffres ne prennent pas en compte les très nombreuses désinstallations. Le bilan est si médiocre que le gouvernement a cessé toute communication autour de l’application, comme si elle n’avait jamais existé. Il faut remonter au 23 juin dernier pour trouver trace d’une déclaration sur le sujet de Cédric O, secrétaire d’Etat au Numérique. A l’époque, selon lui, seuls 14 utilisateurs de l’application avaient été informés d’un contact avec une personne contaminée. Peu probable qu’ils soient beaucoup plus nombreux aujourd’hui.

Logiquement, les critiques fusent contre l’application, ne se privant pas de mettre en lumière cet échec du gouvernement. La commission Covid du Sénat a dénoncé une « utilité sanitaire bien négligeable » et « l’inefficacité, voir les effets pervers, d’un pistage sans dépistage ». L’épidémiologiste Martin Blachier parle d’une « efficacité proche de 0 ». De son côté, la Commission Nationale de l’Informatique et Libertés (CNIL), gardienne des droits numériques des Français, a demandé le 20 juillet dernier au gouvernement de régler des « irrégularités » et de se prononcer quant à l’efficacité de l’application dans la lutte contre l’épidémie.

Cout important et collecte de données inopinée

Au-delà du fiasco indéniable, StopCovid fait en outre face à plusieurs polémiques. Si l’élaboration de l’application n’a pas couté un sou au contribuable, les techniciens ayant accepté de travailler bénévolement, son hébergement et sa maintenance couterait en revanche entre 200 000 et 300 000 euros par mois. L’association de lutte contre la corruption Anticor a, à cet égard, saisi le parquet national financier pour qu’il enquête sur les conditions d’attribution de ce marché public à la société Outscale, une filiale de Dassault.

Polémique également sur la protection des données personnelles. Contrairement à ce qu’avait affirmé le gouvernement au lancement de l’application, des informaticiens ont découvert que StopCovid ne collectait pas seulement les données des personnes avec qui l’utilisateur avait eu un contact rapproché (à moins d’un mètre pendant 15 minutes) mais celles de toutes les personnes croisées. Une information confirmée par Cédric O.

Un fiasco mondial

Avec seulement 3 % d’utilisateurs, la France est l’un des pays où l’application de traçage des contacts a subi le plus grand échec populaire. Par comparaison, 22 % des Australiens, 14 % des Allemands et 12,5 % des Indiens (soit 128 millions de personnes !) auraient téléchargé l’application locale. Mais les résultats y sont tout autant médiocres. En Australie, l’application n’aurait permis de retrouver qu’un seul cas de Covid-19. En Allemagne, le système a cessé de fonctionner pendant plusieurs jours après un bug du logiciel mis au point par la firme Apple. En Norvège, le gouvernement a décidé de tout bonnement abandonner le projet face à un nombre d’utilisateurs trop faible.

Pendant ce temps, les brigades sanitaires, qui travaillent manuellement, identifient entre 600 et 800 cas contacts par jour.

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures.

QH

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