Substances chimiques à l’état de traces dans les produits du quotidien : une inquiétude majeure au sein du grand public

Paris, le jeudi 3 mai 2018 - La première réunion du groupe de travail sur les substances chimiques à l’état de traces dans les produits du quotidien constitué par le JIM avait révélé une attente forte des participants quant à la connaissance de la perception de ce sujet par le grand public. Aussi, parallèlement à une enquête menée auprès des professionnels de santé par le JIM (qui sera demain l’objet d’un commentaire dans ces colonnes), la réalisation d’un sondage a été confiée à l’institut Opinion Way. Ce dernier a mené en ligne sur système CAWI (Computer Assisted Web Interview) du 21 décembre 2017 au 2 janvier 2018 une étude auprès d’un échantillon principal de 851 Français (via le propre panel d’Opinion Way) et d’un "sur-échantillon" de 152 parents d’enfants âgés de 0 à 3 ans (via son partenaire Bilendi). L’enquête a été réalisée en « appliquant les procédures et règles de la norme ISO 20252 » indique Opinion Way.

Un sentiment de maîtrise mais de nombreuses zones d’ombre

Reprenant la liste retenue par notre groupe d’études (pesticides, conservateurs, aluminium, métaux lourds, nanoparticules, polluants organiques persistants, hydrocarbures aromatiques polycycliques), la première question déterminait les niveaux de connaissance de ces substances. Il est, selon les déclarations des sondés, élevé : 74 % du grand public et 83 % des parents disent connaître précisément au moins une famille de substances ; les pesticides, les conservateurs et l’aluminium arrivant en tête avec plus de 95 % des personnes interrogées qui en ont entendu parler. Entrant dans le détail, on constate que 70 % du grand public et 76 % des parents affirment connaître précisément au moins une substance. Mais ici, ce ne sont plus les pesticides qui tiennent la vedette mais le plomb, le mercure et l’arsenic qui sont prioritairement désignés comme connus (plus de 90 % des sondés en ont entendu parler). Il est intéressant de constater que si la dénomination "métaux lourds" n’est pas parfaitement appréhendée, les substances qui composent cette famille sont eux bien identifiées ; substances qui sont par ailleurs celles qui suscitent le plus d’inquiétude chez les médecins. L’effet inverse s’observe en ce qui concerne les conservateurs, qui apparaissent comme une famille bien identifiée () ; mais seuls les parabènes sont en réalité connus (43 % du grand public et 52 % des parents affirment une connaissance précise). Le phenoxyethanol, le formaldéhyde et le methylisothiazolinone (MIT) sont dans les faits souvent inconnus (pour ce dernier 64 % du grand public et 60 % des parents n’en ont jamais entendu parler). A propos des polluants organiques persistants, ils sont peu connus dans leur globalité et dans le détail, 35 % du grand public et 26 % des parents seulement identifient précisément les dioxines. Alors que dans d’autres domaines, la connaissance des parents apparaît plus aiguisée, ils sont ici supplantés par le grand public, à propos il est vrai d’une substance vis-à-vis de laquelle la préoccupation a été la plus forte il y a quelques années. D’une manière générale, les substances potentiellement toxiques apparaissent davantage connues par les hommes et les plus de 35 ans. On constate en outre un décalage entre une connaissance d’ensemble assez importante et un savoir précis plus aléatoire.

 

Des inquiétudes proches de celles des professionnels de santé

Ces substances sont en tout état de cause l’objet d’une inquiétude majeure. Les Français sont ainsi 72 % à s’affirmer inquiets (et 21 % se disent même très inquiets), une proportion qui atteint 84 % chez les parents de jeunes enfants (avec 29 % de personnes s’affirmant très inquiètes). Ces taux rejoignent ceux que l’on constate chez les praticiens : 69 % d’entre eux se déclarent inquiets sans réserve et 22 % évoquent une préoccupation restreinte à quelques substances. Connaissance affichée et inquiétude semblent aller de pair. Ainsi, désignées comme les familles les mieux connues, les pesticides et les conservateurs à l’état de traces dans les produits du quotidien sont les groupes de substances qui soulèvent le plus d’inquiétudes : 22 % des Français et des parents citent ainsi spontanément les pesticides et 10 % des Français et 13 % des parents les conservateurs comme sources d’inquiétudes. Quand la réponse sollicitée n’est plus spontanée, l’ensemble des substances toxiques est alors l’objet de préoccupations, avec les taux les plus élevés pour les métaux lourds, les pesticides et les polluants organiques persistants. On remarquera que ce trio est exactement similaire à celui désigné par les professionnels de santé : invités à signaler, parmi huit familles de substances, celles qu’ils redoutent le plus, les médecins avaient placé en tête les métaux lourds, les pesticides et les polluants organiques persistants.

 

Des stratégies d’éviction fréquentes

Non seulement les Français sont préoccupés mais ils estiment que le danger est aujourd’hui plus prégnant qu’auparavant : 64 % des Français et 68 % des parents considèrent ainsi que les risques courus sont plus importants qu’il y a vingt ans en ce qui concerne la présence de substances chimiques à l’état de traces dans les produits alimentaires. Ils partagent majoritairement le même sentiment, avec des niveaux d’adhésion cependant parfois un peu inférieurs, en ce qui concerne l’ensemble des autres produits (cosmétiques et produits d’hygiène,les produits ménagers, les produits de puériculture et les protections hygiéniques. Face à cette menace qu’ils considèrent croissante, les Français ne restent pas impassibles. Une majorité (52 % chez les Français et 70 % chez les parents de jeunes enfants) indiquent essayer souvent d’éviter au moins un produit du quotidien en raison de la présence de substances chimiques à l’état de traces. Cette attitude concerne prioritairement l’alimentation), les produits pour bébé  et les cosmétiques. Ce sont les femmes qui se montrent les plus enclines à tenter d’écarter certains produits (alors que les hommes étaient ceux qui affirmaient la meilleure connaissance des substances ; mais sans doute le lien n’est-il pas direct et la prédominance des femmes dans les comportements d’éviction est plus certainement liée à la répartition des tâches au sein des foyers). Parmi les raisons qui poussent à éviter certains produits du quotidien, 46 % des Français  indiquent qu’il s’agit de produits dont ils ont « entendu qu’ils peuvent poser des risques », 44 % précisent que ce sont des produits dont ils considèrent qu’ils sont plus « sensibles » pour la santé et 40 % jugent que le niveau de régulation n’est pas assez strict.
 

A la recherche de la moindre trace d’informations

La préoccupation étant importante, elle suscite une recherche d’information également régulière. Souvent ou de temps en temps, une majorité de Français sont en quête d’informations sur la présence de substances chimiques à l’état de traces dans les produits du quotidien. Ces investigations concernent prioritairement une fois encore l’alimentation (65 % des Français et 72 % des parents font des recherches concernant les substances à l’état de traces dans les aliments), les cosmétiques et les produits d’entretien de la maison. Sans surprise, petite spécificité des jeunes parents, ils sont 80 % à glaner de l’information sur les substances préoccupantes à l’état de traces dans les produits pour bébé (contre 49 % dans la population générale). Ici encore, on constate que les femmes se montrent plus actives dans la recherche d’information.
 

Des données incomplètes, partiales et non dignes de confiance

Les données qu’ils reçoivent ne leur offrent pas nécessairement entièrement satisfaction : 58 % des Français (même taux chez les parents de jeunes enfants) jugent que les informations diffusées par les médias (télévision, presse ou affichage) sur ces sujets constituent des « alertes bienvenues mais qui restent à approfondir ». Ce sont les appréciations négatives qui rencontrent le plus d’adhésion quand on invite les personnes sondées à évaluer la qualité des informations : ainsi 58 % la considèrent comme incomplète et seuls 20 % complète, 42 % la jugent partiale et 24 % impartiale et 40 % non digne de confiance et 30 % digne de confiance. On remarquera néanmoins que de la même manière que les médecins, ils ne sont qu’une minorité à considérer que les informations « inquiètent inutilement la population » (avis partagé par 13 % du grand public, 11 % des parents et 24 % des médecins) ; ce qui suggère que lorsque la partialité est mise en cause, il ne s’agit pas de cibler un caractère potentiellement exagérément alarmiste. Une telle appréciation explique facilement que 66 % du grand public et des parents de jeunes enfants aimeraient bénéficier en priorité de « données objectives sur la toxicité et les risques », avant d’en savoir plus sur les « engagements des industriels pour restreindre l’utilisation de ce type de substances » et de bénéficier de « conseils d’utilisation de certains produits ».
 

Publications officielles gouvernementales : un discrédit bien moins fort que redouté

Puisqu’on le voit, les inquiétudes et les attentes sont fortes : vers qui les Français se tournent ou se tourneraient de façon privilégiée pour en savoir plus sur les substances préoccupantes à l’état de traces dans les produits du quotidien ? Les entités considérées en la matière comme les plus crédibles sont les publications officielles du gouvernement (citées en premier par 28 % du grand public et 34 % des parents), les médecins généralistes (25 et 22 %) et les émissions de télévision (15 et 10 %). L’établissement de ce trio appelle quelques observations. Il confirme tout d’abord que le discrédit dont souffrent aujourd’hui les autorités officielles n’est le fait que d’une minorité (minorité qui peut néanmoins, grâce à l’effet amplificateur des réseaux sociaux, connaître une forte résonnance). Par ailleurs, on observe une nouvelle fois, à l’instar de l’ensemble des enquêtes conduites, la forte crédibilité dont jouit le médecin généraliste (cité de manière globale comme entité crédible par 74 % des Français et 77 % des parents de jeunes enfants) ; même si cela contraste quelque peu avec le fait que seuls 19 % des médecins disent être questionnés fréquemment sur le sujet, ce qui suggérait que les praticiens n’étaient pas considérés comme des interlocuteurs privilégiés en la matière. Enfin, on notera que les médias traditionnels continuent à conserver plus de crédibilité qu’internet et les réseaux sociaux en dépit de la désaffection certaine que connaissent les premiers.
 

Qui pour porter et transmettre une information utile et crédible ?

Toujours destinée à déterminer les attentes des Français quant à l’information sur les substances préoccupantes à l’état de traces, une des dernières questions interrogeait sur les supports. Pragmatiques, une majorité de Français  ont désigné les étiquettes /emballages, devant un "label reconnu" et les médias spécialisés dans la santé. Concernant l’émetteur de ces informations, ce sont les instituts de recherche publics ou indépendants (tel l’Institut Pasteur) (cités par 52 % des Français et 47 % des parents), un label officiel (ce qui peut susciter quelques interrogations quant à la définition d’un tel label comme en ont témoigné les réactions lors de la seconde réunion du groupe de travail) et le gouvernement qui sont considérés comme les plus susceptibles de transmettre des informations « utiles » et « crédibles ». Une fois encore, de tels résultats manifestent que la majorité de la population demeure attachée aux instances officielles sur ces sujets, en dépit de certaines tendances marginales (mais fortement visibles) constatées sur la toile.



Une régulation jugée trop peu sévère

Si elles suscitent la confiance pour produire des informations fiables sur les substances préoccupantes dans les produits du quotidien, les autorités ne sont pas jugées suffisamment sévères en matière de réglementation. Ainsi près des deux tiers des Français considèrent que le niveau de réglementation des produits du quotidien est insuffisant. Ils sont 69 % à nourrir une telle opinion en ce qui concerne l’alimentation (31 % des Français et 28 % des parents jugent même que le niveau est tout à fait insuffisant), bien que les contrôles soient particulièrement stricts et nombreux dans ce domaine. Ils sont 69 %  à avoir le même sentiment pour les produits d’entretien et 68 % pour les cosmétiques. Conséquence logique de cette perception, les Français estiment majoritairement que le niveau de réglementation devrait être renforcé : 83 % ont une telle attente pour l’alimentation, 81 % pour les produits pour bébé et 80 % pour les cosmétiques. Cette question de la régulation, on l’avait constaté, n’est pas sans incidence sur la propension à l’évitement de certains produits.
 

Paradoxes

A l’instar de l’enquête conduite chez les professionnels de santé, ce sondage signale la très importante préoccupation suscitée par la présence de substances même à l’état de traces dans les produits du quotidien. Il met en évidence un décalage entre un sentiment de connaissance du sujet et dans les faits une maîtrise très partielle et une attente forte en matière d’informations. Un paradoxe apparaît également entre la confiance alléguée dans les autorités et la persuasion d’une mauvaise régulation par ces dernières. Complexes, ces résultats confirment néanmoins la nécessité d’une véritable réflexion sur la transmission de l’information sur ces sujets. Ils confortent la volonté du groupe de travail non seulement d’offrir des données réactualisées sur les substances qui suscitent le plus d’interrogations mais aussi de repenser la communication sur ces questions.

Aurélie Haroche

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