Tiers payant : Agnès Buzyn invite les médecins à s’emparer des dispositifs existant

Paris, le jeudi 24 octobre 2019 – Après quelques semaines d’incertitudes, le ministre de la Santé a confirmé fin 2017 que l’application obligatoire du tiers payant intégral souhaité par le précédent gouvernement était suspendue. Cependant, Agnès Buzyn a toujours affirmé être favorable à la généralisation du tiers payant, préférant néanmoins à toute contrainte une conversion volontaire des professionnels de santé et des médecins à ce dispositif. Pour atteindre cet objectif, différentes méthodes ont été employées. D’abord, de plus en plus d’actes imposent la dispense d’avance de frais sur la part Assurance maladie, conduisant les médecins à se familiariser avec le système. Par ailleurs, les complémentaires ont été invitées à répondre à l’obstacle technique majeur du tiers payant intégral en proposant un système simple et fiable qui en dépit de la multitude des organismes existant garantisse aux praticiens un paiement rapide, sans avoir à contacter chacune des mutuelles. Ce système a été récemment finalisé et mis en place. Baptisé Inter-AMC, il est le fruit d’une coopération des complémentaires santé pour favoriser le tiers payant.

La balle est dans le camp des professionnels

C’est notamment en faisant référence à ce dispositif que le ministre de la Santé a considéré hier que sont désormais accessibles les réponses aux enjeux techniques qui étaient soulevés et qui empêchaient d’envisager une généralisation du tiers payant intégral. « Le problème que nous avions et la raison pour laquelle nous étions revenus sur le tiers payant généralisé, c’est qu’il y a des centaines de mutuelles différentes et nous ne savions pas faire techniquement » a expliqué Agnès Buzyn sur le plateau de BFMTV et RMC. Désormais, « il y a des dispositifs qui deviennent opérationnels chez les médecins » a-t-elle assuré. Aussi, considère-t-elle que la responsabilité incombe désormais aux professionnels de santé dont elle espère qu’ils se convertiront rapidement aux nouvelles techniques « pour offrir le service aux malades. Le service est faisable et il faut que les professionnels de santé s’emparent progressivement de ces dispositifs dans l’année et s’équipent » a-t-elle affirmé.

Le ministre trop utopique

Si cette exhortation s’inscrit dans la logique toujours adoptée par le ministre de la Santé sur ce sujet du tiers payant et si toute idée de contrainte est absente de son discours, en plein débat sur la loi de financement de la Sécurité sociale, renvoyer ainsi la question de la dispense d’avance de frais à la seule responsabilité des médecins ne manquera pas d’irriter. D’autant plus que le satisfecit apparemment exprimé par le ministre vis-à-vis des systèmes qui ont été élaborés est loin d’être partagé par tous. Beaucoup de médecins libéraux rejettent en effet la plateforme Inter-AMC considérant qu’elle n’apporte pas toutes les garanties requises et qu’elle lie de façon trop étroite le professionnel aux mutuelles, laissant une nouvelle fois redouter le spectre des réseaux de soins. Aussi, les praticiens ont-ils récemment présenté leur propre méthode, la plateforme Paymed. Si cette dernière est un témoignage de la volonté des praticiens de s’engager en faveur d’une généralisation de la dispense de frais et sans doute d’une raréfaction des objections philosophiques (qui demeurent cependant probablement en partie) on est cependant loin de la simplicité et de l’immédiateté que l’on pourrait percevoir dans le discours volontariste du ministre de la Santé.

Léa Crébat

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Vos réactions (2)

  • Tiers-payant : monomanie

    Le 24 octobre 2019

    Cette obsession de nos gouvernants pour le tiers payant généralisé ne peut être motivé que par des considérations politiciennes, démagogiques et certainement par une volonté non avouée de main-mise sur les rétributions du corps médical libéral.
    On ne voit pas en effet, compte tenu de la rapidité de remboursement par carte vitale, du tiers payant pour les CMU et AT, de la possibilité de différer les encaissement auprès des patients démunis ce que cette usine à gaz qui ne pourra que compliquer le quotidien du médecin apportera pour l'accès au soins, sinon une nouvelle déresponsabilisation des patients, une exigence de soin accrue, une augmentation des dépenses, un surcroît de travail pour le praticien (en terme comptabilité, plus de 50 % du temps passé concerne les piers-payant).

    Dr Christian Cusset

  • Avilissement de la population française

    Le 24 octobre 2019

    Le problème n'est pas dans le nombre de mutuelles.
    Nous n'avons aucune confiance et il est honteux de demander le tiers-payant généralisé pour des montants aussi faibles que sont les (des)honoraires des médecins libéraux français.

    Le tiers payant, que nous faisons quand cela est nécessaire, ne fonctionne justement que parce qu'il n'est pas généralisé.
    Si ce tiers-payant devenait obligatoire, les patients n'auraient plus besoin de carte vitale puisque celle-ci ne leur sert qu'à être remboursé! Et tout ce beau système mis en place ne servirait plus à rien.

    Enfin il ne faut pas perdre de vue que cette mesure n'est que la nième visant à l'avilissement de la population française totalement assistée.

    Dr Bernard Morardet

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