Toxicomanie de l’infirmière : une situation à ne pas négliger

Montréal, le mardi 20 mai 2008 – Sujet tabou ou sous-estimé, la toxicomanie des infirmières est très rarement évoquée en France. Au Québec et plus largement au Canada, il s’agit cependant d’une importante préoccupation. Ainsi, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), par la voix du Syndic de l’instance, représenté par Sylvie Truchon, vient de faire un point sur ce phénomène. Il apparaît que la première cause d’ouverture d’une enquête disciplinaire à l’encontre d’une infirmière est l’appropriation de narcotiques (38 dossiers sur 353), tandis que l’exercice « dans un état susceptible de compromettre la qualité des soins et des services » compte également parmi les situations les plus représentées (15 dossiers). Enfin, quatorze enquêtes diligentées en 2006-2007 ont concerné des professionnelles ayant inscrit sur les dossiers de leurs patients de fausses informations concernant l’administration de médicaments, afin de dissimmuler l’utilisation à leurs propres fins de ces produits. Ces enquêtes ouvertes systématiquement après le signalement de collègues (infirmiers et autres professionnels de santé) ou de reportages dans les médias ne donnent pas toutes lieu à des plaintes disciplinaires. Cependant, sur la trentaine de plaintes effectivement déposées chaque année, un tiers a trait à la toxicomanie.

Un peu d’eau à la place du Démérol

Les informations de l’OIIQ permettent également de suivre le parcours de ces professionnels en proie à la toxicomanie. L’exemple d’un infirmier ayant exercé dans un service d’urgence et de soins intensifs de Montréal est édifiant : il avançait parfois l’heure à laquelle l’administration de morphine était prévue pour un patient, afin de pouvoir utiliser plus tôt pour lui-même la fin de l’ampoule. Au CHUL à Québec, un autre infirmier s’est approprié à plusieurs reprises le Démérol destiné à des patients admis dans le service de chirurgie orthopédique ou il travaillait. Ce type de situation n’est pas anodine : dans une récente note rédigée par le Syndic de l’OIIQ, il est donné à cette expérience une portée plus générale. « Il n’est pas rare de constater que la substitution, c'est-à-dire le remplacement d’une substance intoxicante par autre chose comme de l’eau stérile, est employée pour s’approprier des substances. Vous est-il possible d’imaginer qu’un client souffrant des suites d’une chirurgie orthopédique reçoivent une injection de solution saline plutôt que de Démérol pour soulager sa douleur » écrit ainsi l’Ordre québécois. Dans ce même document, l’organisation invite les infirmières à se montrer vigilantes. Certains signes peuvent en effet appeler à la méfiance, comme lorsqu’une « infirmière (…) se propose constamment pour administrer les analgésiques aux clients de ses collègues ». Conscient qu’il peut être particulièrement difficile pour une infirmière de « dénoncer » une de ses consoeurs, le Syndic de l’Ordre insiste : « le fait de signaler la situation permet à l’infirmière qui a un problème de toxicomanie de bénéficier d’une intervention précoce ».

Burn out

L’absence de signalement par les autres infirmières des apparents problèmes d’addiction d’une de leurs collègues n’est pas seulement liée au refus de « dénoncer » une consoeur. Beaucoup peuvent également présenter des difficultés à admettre qu’une telle situation puisse exister dans un milieu où les risques liés à la consommation de narcotiques sont par définition très bien connus. Enfin, dans un rapport entièrement consacré à cette question en 2003, l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (AIIB) remarquait que « les collègues peuvent facilement attribuer les signes et symptômes de la dépendance au stress ressenti par l’infirmière ». Ceci est d’autant plus probable et regrettable que les situations qui favorisent l’entrée dans la dépendance des professionnels de santé sont entre autres le stress ou l’épuisement professionnel.

M.P.

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