Un expert psychiatre accusé de racisme

Versailles, le vendredi 31 juillet – Selon Le Parisien et Mediapart, un expert psychiatre auprès de la cour d’appel de Versailles aurait rendu une expertise psychiatre basé sur des préjugés racistes dans une affaire de viol.

Le 12 février prochain, M. T., un immigré mauritanien, sera jugé par le tribunal correctionnel de Versailles pour une agression sexuelle qu’il aurait commise sur une jeune fille handicapée de 16 ans à Elancourt. Si l’homme pourra comparaitre libre, il avait passé 8 mois derrière les barreaux en détention provisoire après son arrestation en octobre 2016. En cause, selon son avocat, Maître Tarek Koraitem, une expertise psychiatrique particulièrement à charge.

« Bain culturel » et dépression africaine

A la suite de son arrestation, l’homme avait été examiné par le docteur G., médecin psychiatre qui figurait depuis peu sur la liste des experts de la cour d’appel de Versailles. Une expertise visant à juger de la responsabilité et de la dangerosité du suspect. Selon Le Parisien et Mediapart, qui ont pu se procurer le contenu de cette expertise, le médecin aurait alors basé son rapport sur de nombreux préjugés racistes et colonialistes.

L’expert commence en effet par rappeler que « la dépression se manifestant souvent chez les Africains par des symptômes somatiques, nous lui demandons s’il a mal à la tête ». L’expertise enchaine ensuite les clichés racistes : « il est vrai que dans le contexte culturel qui est le sien, il n’a pas forcément amassé toute la somme nécessaire à un mariage » écrit le médecin pour expliquer l’absence de relation stable du suspect.

Le psychiatre accumule, selon ses accusateurs, les déclarations qui font fi de toute présomption d’innocence, semblant considérer le mis en cause comme coupable alors qu’il vient tout juste d’être arrêté. « Notre expérience (le médecin a travaillé en Afrique en 1986) nous a appris que la manière de procéder du suspect était assez courante au Cameroun ». Pour rappel, l’accusé est mauritanien. Au moment de se pencher sur la réinsertion du mis en cause, l’expert conclut « après 30 ans de bain culturel en Afrique, il ne peut être curable ».

Pas de racisme mais des maladresses selon le médecin

Passé entre les mains de plusieurs magistrats, cette expertise ne semble avoir posé problème à personne, selon Mediapart. Elle est même citée dans l’arrêt de la chambre d’instruction de 2019 qui a abandonné l’accusation de viol pour conserver celle, moins grave, d’agression sexuelle. Maître Koraitem affirme pourtant avoir, dès 2018, signalé ces propos « choquants et inadmissibles » au juge d’instruction et au procureur général. Sans résultat.

A la suite de l’article de Mediapart, le parquet général près de la cour d’appel de Versailles a cependant annoncé qu’il allait procéder à un « examen » de la situation du docteur G, qui exerce toujours après de la cour. Interrogé par le journal, le médecin réfute toutes accusations de racisme, même s’il reconnait des maladresses, lié à son inexpérience à l’époque. « Probablement maintenant j’écrirais de manière beaucoup plus habile » concède-t-il.

QH

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Vos réactions (3)

  • Les experts n'ont pas changé

    Le 31 juillet 2020

    Vous souvenez vous de ce propos d'expert ? : "Quand on paye des expertises au tarif d'une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage" (JLV, expert psychologue à Outreau). Alors les experts n'ont pas changé, même si les tarifs sont améliorés ? Mais la femme de ménage ne serait sans doute pas aussi raciste ...

    Dr Philippe Carrière

  • L'ethnopsychiatrie

    Le 31 juillet 2020

    Petit discours à charge, nivelant, bien dans son temps.

    La forme est probablement maladroite.

    Le fond : l'Ethnopsychiatrie, la psychiatrie transculturelle ça vous parle ?
    Georges Devereux, Tobie Nathan, la consultation à l’hôpital Avicenne, celles d'Aubervilliers, de Marseille, de Bordeaux, de Grenoble : toujours rien ?

    Dr JP Bonnet

  • Racisme ? Un à priori, oui

    Le 31 juillet 2020

    Si les termes ne sont pas très appropriés, ils relatent un ressenti à partir d'une expérience vécue.
    Il donne donc son avis au travers de son expérience "de terrain"; cela est très personnel et pas vraiment objectif. Le jury peut il faire appel à un autre expert qui saura s'exprimer plus objectivement?

    Dr Christian Marty

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