
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a élaboré une stratégie mondiale pour la prévention et le contrôle des infections sexuellement transmissibles. Parmi les cibles se trouve la lutte contre les infections à herpès virus de type 2 (HSV-2), la plus fréquente des infections sexuellement transmissible et principale cause des ulcères génitaux. Aux Etats-Unis par exemple, sa prévalence dans la catégorie des 14-49 ans serait de 15,7 %, alors qu’elle atteindrait 80 % chez les femmes et 50 % chez les hommes vivant en Afrique sub-saharienne.
Le ténofovir est un anti-viral largement utilisé per os dans le traitement de l’infection à VIH. Un essai d’application de ténofovir en gel avant les rapports sexuels a montré une réduction du risque de transmission du VIH, mais cela n’a pas été confirmé par la suite. En revanche, il a été démontré que l’application topique de ténofovir permettait une concentration vaginale de la molécule 1 000 fois supérieure à la prise orale, largement supérieure à la concentration qui serait efficace contre le HSV-2.
C’est donc tout naturellement qu’une équipe internationale a mis sur pied une étude randomisée en double aveugle contre placebo, incluant plus de 400 femmes séronégatives pour le VIH suivies par le programme de recherche sur le SIDA en Afrique du Sud. Les unes (n = 202) appliquaient une dose de gel vaginal de ténofovir, 12 heures avant un rapport sexuel et 12 heures après. Les autres (n = 222) appliquaient un gel placebo. Les participantes ont été suivies en moyenne pendant 18 mois.
Les résultats sont encourageants puisque l’application de gel de
ténofovir paraît associée à une réduction de 51 % du risque de
séroconversion au HSV-2. Pendant la durée du suivi, il est détecté
10,2 cas de séroconversion par 100 personnes-années dans le groupe
recevant le gel de ténofovir et 21,0 cas pour 100 personnes-années
dans le groupe placebo (incidence risque relatif [IRR] = 0,49 ;
intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 0,30 à 0,77). Les dosages
du ténofovir dans les sécrétions cervico-vaginales montrent que les
femmes chez lesquelles la concentration atteint 10 000 ng/ml ont un
risque réduit de séroconversion en comparaison de celles chez qui
le ténofovir est indétectable (IRR = 0,37 ; IC95 de 0,04 à 1,51).
Les auteurs précisent que l’activité du ténofovir contre le HSV-2
n’est effective que si cette concentration atteint ce seuil de 10
000 ng/ml, seuil rarement atteint avec le ténofovir par voie
orale.
En attendant la mise au point d’un traitement ou d’un vaccin
efficace contre le HSV-2, les programmes de prévention préconisent
les préservatifs et la circoncision. Le gel de ténofovirpourrait
être une option supplémentaire. Reste toutefois à préciser son
efficacité à grande échelle et, sur le long cours, dans la « vraie
vie » en somme.
Dr Roseline Péluchon