Un nouvel argument en faveur d’une transmission interhumaine du virus H5N1

Depuis l’émergence de l’épizootie de grippe aviaire due au virus H5N1, 376 cas humains ont été rapportés (avec une mortalité de 63 %). Si la majorité de ces infections humaines semblent sporadiques et liées à une contamination directe ou indirecte par un oiseau ? 25 % des observations sont regroupées dans de petits foyers. Ceci a conduit rapidement à poser la question de la possibilité d’une transmission interhumaine. Mais jusqu’ici l’étude de ces cas regroupés a été incomplète et n’a pas permis d’établir formellement la réalité de ce mode de contamination.
Deux observations signalées par une équipe chinoise de la province de Jiangsu apportent de nouveaux arguments en faveur d’une transmission interhumaine.

Le père a-t-il été contaminé par son fils ?

Le cas index est celui d’un homme de 24 ans ayant débuté un syndrome fébrile le 24 novembre 2007. Le contact infectant avait probablement eu lieu le 18 novembre lors de la visite d’un marché où étaient présentées des volailles vivantes. Devant l’aggravation de son état le patient était admis à l’hôpital le 27 novembre où il décédait en réanimation le 2 décembre. Le diagnostic d’infection à H5N1 avait été posé la veille du décès grâce à l’identification par PCR du virus H5N1 dans les produits d’aspiration trachéale, confirmée par une culture virale.
Le deuxième cas est celui du père du patient index, âgé de 52 ans. Chez ce sujet la maladie a débuté le 3 décembre, c'est-à-dire le lendemain de la mort de son fils. L’interrogatoire très poussé du patient n’a pas retrouvé de contact éventuel avec des volailles en dehors d’un passage le 24 novembre sur un marché éloigné de 10 km de celui que son fils avait fréquenté et au cours duquel il serait resté éloigné de 20 m des étals de poulets. En revanche le second patient avait été en contact étroit avec son fils durant sa maladie puisqu’il l’avait veillé et assisté à l’hôpital durant 4 jours (dont 3 sans mesures d’hygiène particulières). Le diagnostic a été évidemment suspecté très rapidement et confirmé par PCR et isolement du virus. Le traitement a associé ventilation en pression positive, oseltamivir, rimantadine et transfusion de plasma d’un sujet inclus dans un essai vaccinal de phase I. Le malade a pu quitter l’hôpital au 22ème jour.

Une transmission interhumaine probable mais peu efficace

L’étude génomique a montré que les deux virus isolés étaient identiques (à l’exception d’un seul nucléotide).

Sans que l’on puisse l’affirmer totalement il semble donc que le patient index ait contaminé son père. Cependant, ce mode de transmission doit être relativement peu efficace puisque sur les 100 sujets ayant eu des contacts rapprochés avec les deux malades étudiés par l’équipe chinoise (à l’aide de sérologies et de recherches virales) aucun ne s’est révélé positif sur une période de 10 jours. Il faut noter à cet égard que parmi les quelques cas de possible transmission interhumaine décrits jusqu’ici, la plupart ont concerné des sujets apparentés. Ce qui pourrait laisser supposer que des facteurs génétiques liés à l’hôte pourrait jouer un rôle dans ces contaminations.

Au-delà de l’intérêt théorique de ces 2 observations, elles invitent à prendre des précautions particulières dans l’entourage de sujets infectés. Qu’il s’agisse des membres de la famille proche ou des personnels de santé, les sujets en contact avec les malades doivent faire l’objet de mesure de protection renforcée (gants, masques, casaques…) et d’une surveillance stricte tandis qu’une chimioprophylaxie par anti-viraux doit leur être proposée.

Dr Anastasia Roublev

Références
Wang Hua et coll. : Probable limited person-to-person transmission of highly pathogenic avian influenza A (H5N1) virus in China. Lancet, 2008; publication avancée en ligne le 8 avril 2008.

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