Une rare complication du diabète

Certaines complications du diabète sont rares, ce qui n’est évidemment pas une raison suffisante pour les méconnaître. En voici une, illustrée par une observation clinique canadienne.

Un homme, âgé de 65 ans, est hospitalisé pour douleur de la cuisse gauche, durant depuis deux jours, dont l’intensité augmente avec l’activité physique.

Elle est apparue dit-il, en l’absence de rougeur, d’œdème, de sensibilité du mollet, de fièvre ou de frisson, d’amaigrissement et sans traumatisme ni éruption cutanée.

Parmi les antécédents médicaux de ce patient, l’interrogatoire retrouve un diabète de type 2, connu depuis une douzaine d’années, compliqué de rétinopathie et traité par insuline, mais mal contrôlé, avec une adhésion médiocre au traitement.

À l’examen, le patient n’a pas de fièvre, la fréquence cardiaque est de 78 battements par minute et la pression artérielle de 160/90 mmHg.

Il existe, au niveau de la face antérieure de la cuisse gauche, une masse ferme de 7 cm de diamètre, rouge, chaude, œdématiée, sans adénopathie satellite palpée.

Les pouls périphériques sont perçus, symétriques, la sensibilité vibratoire est diminuée aux extrémités, sans  ulcérations. L’examen du fond d’œil montre une rétinopathie diabétique proliférante.

La radiographie de la cuisse ne montre ni image gazeuse  ni fracture, l’échographie ne révèle pas de signes de thrombose veineuse profonde.

Il n’y a pas d’hyperleucocytose, les fonctions hépatiques sont normales, tandis que la créatininémie est de 135 µmol/l (norme : 55-120 µmol/l).

La créatine kinase est légèrement augmentée (160 U/l ; norme : 5-140  U/l) ; le taux d’HbA1c est de 13,9 %.

Les hémocultures sont négatives, l’examen cytobactériologique des urines aussi ; il existe une protéinurie (1 +).

L’IRM de la cuisse révèle, au niveau du quadriceps, un hypersignal T2 avec un œdème centré par une zone de nécrose.

La biopsie guidée par le scanner porte le diagnostic de nécrose  musculaire en montrant de vastes zones de nécrose myocytaire associées à une inflammation. 

Les auteurs de cette observation rappellent que la nécrose musculaire spontanée est une complication rare du diabète, plutôt le fait des diabètes à longue durée d’évolution, souvent traités par insuline, souvent mal contrôlés et compliqués d’atteinte des organes cibles, survenant plus fréquemment chez les femmes (sex ratio : 1,7/1). La nécrose musculaire, touche le plus souvent le quadriceps et les adducteurs de la hanche, peut être bilatérale dans un tiers des cas environ, récidivante au même site ou en une localisation différente dans près de la moitié des cas ; elle concerne plus rarement le membre supérieur.

L’IRM et l’examen de la biopsie musculaire sont essentiels au diagnostic. Le traitement repose sur l’immobilisation à court terme, les antalgiques en prenant en compte l’altération rénale fréquente chez ces patients, et le contrôle glycémique optimal.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Muzaffar TH et coll. A rare complication of diabetes mellitus in a 65-year-old man. J Diabetes Complications, Publication avancée en ligne, 6 août 2008.

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