Une victoire allemande à Iéna ?

Iéna, le lundi 27 avril 2020 – La ville allemande d’Iéna, bien connu des admirateurs de Napoléon (et des usagers du métro parisien), a rendu le port du masque obligatoire dans les lieux publics, avec des résultats spectaculaires.

Le 13 octobre 1806 à Iéna, à la veille de la bataille entre les armées françaises et prussiennes, le philosophe allemand Hegel apercevait l’Empereur Napoléon et voyait en lui « l’âme du monde ». 200 ans plus tard, le maire de la ville, Thomas Nitzsche (sans doute philosophe lui-aussi) est peut-être également en train de devenir, plus modestement, le symbole d’un monde qui doit changer ses habitudes face à l’épidémie de coronavirus.

Aucun nouveau cas signalé

Le 6 avril dernier, la ville a rendu le port du masque obligatoire dans les commerces, les transports en commun et sur le lieu de travail. Si la municipalité a pu fournir les hôpitaux et médecins en matériel de protection, les 110 000 habitants ont quant à eux du faire avec les moyens du bord, soit en confectionnant des masques artisanaux eux-mêmes, soit en achetant auprès des ateliers de couture de la ville qui tournent à plein régime. Pour l’instant, aucune sanction n’est prévue pour les récalcitrants. Le maire mise sur la bonne volonté des habitants mais n’exclut pas de mettre en place des amendes si la discipline se relâche.

Les résultats de cette stratégie sont spectaculaires. Aucun nouveau cas de coronavirus n’a été signalé depuis l’entrée en vigueur de cette mesure. « Nous avions 155 cas de Covid-19 le 9 avril, depuis ce chiffre n’a pas changé, nous n’avons pas un cas de plus » explique fièrement le maire.

Aucun surcroit d’activité n’est à signalé dans les hôpitaux de la ville. Il suffit pourtant de faire quelques kilomètres hors de la cité pour constater une augmentation des cas et des hospitalisations, signe que c’est bien le port du masque qui a permis à la ville saxonne de faire la différence. « Nul vainqueur ne croit au hasard » disait Nietzche (le philosophe, pas le maire).

Port du masque obligatoire en Saxe et en Bavière

Fin mars, le gouvernement fédéral allemand annonçait encore vouloir réserver le port du masque au personnel hospitalier. Mais la victoire d’Iéna a fait bouger les lignes sur la question. De plus en plus de Lander ont décidé de rendre le port du masque obligatoire dans les transports et/ou les commerces. C’est le cas par exemple en Saxe depuis le 20 avril ou en Bavière à partir de ce lundi. En tout, 10 des 16 Landers ont édicté des obligations de porter un masque en public.

Dans bien des cas, les Allemands devront se contenter de masques en tissus réutilisable, le pays faisant face, comme ses voisins européens, à une pénurie de matériel de protection. Le ministre de la santé Jens Spahn espère arriver à une production nationale de 50 millions de masques par semaine d’ici le mois d’août.

Tout au long du XIXème siècle, la défaite d’Iéna aura été une tâche et une humiliation dans l’histoire de la Prusse. Deux siècles plus tard, la ville est en passe de devenir le symbole de la victoire allemande sur le coronavirus.

QH

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Vos réactions (3)

  • 2 semaines contre 8 jours...

    Le 27 avril 2020

    Et si c'était l'isolement efficace, cette fameuse clé de réussite en Allemagne (2 semaines), en Corée du Sud, en Islande ou Groenland...
    Contre l'arrêt maladie de 8 jours en France et maintien en activité des professionnels de santé symptomatiques, PCR négatifs.

    Dr Johannes Hambura

  • Ländern empiriques

    Le 27 avril 2020

    Jamais compris la froideur face aux masques. Qu'on ne puisse compter sur l'Etat est une chose, mais les citoyens se débrouillent d'eux-mêmes pour pallier au manque de masque.

    D'ailleurs quand on voit que l'Etat n'est pas capable de fournir une protection ad-hoc pour 20 centimes pièce, combien de milliards perdus ?

    Rien de tel qu'un essai grandeur nature !

    Dr PS

  • Masques et bergamasques

    Le 28 avril 2020

    On peut certes entonner un chant de victoire, quand une population entière, dans une ville de taille limitée et historiquement très disciplinée, oeuvre comme un seul homme au bien commun.
    Je doute qu'on puisse obtenir un tel résultat partout (suivez mon regard)...

    La méfiance à propos des masques était justifiée par le fait qu'on se puisse croire protégé en en portant. Ce risque persiste assurément, d'autant qu'on pense à présent qu'il puisse y avoir une circulation aérienne du virus. Il ne serait pas véhiculé seulement par les gouttelettes du trop bien nommé Pflügge, mais aussi par aérosol. Ainsi, à moins d'arrêter d'inspirer l'air ambiant, on ne peut échapper au contage interhumain rapproché.
    Alors, oui, les masques, même artisanaux, ont le mérite d'affaiblir marginalement un facteur de propagation virale. Mais ils ne peuvent pas résumer une politique sanitaire rationnelle.

    Dr Pierre Rimbaud

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