Vaccin contre la Covid-19, une compétition intense

Étant donnée l'importance de l'infection par le SARS-CoV-2 responsable de la Covid-19, véritable pandémie ayant causé à ce jour l'infection de près de 5 millions de personnes dans le monde et responsable de plus de 300 000 décès, étant donnée l'incertitude qui demeure encore sur la qualité de l'immunisation développée par les sujets atteints en particulier sur sa durée, étant donnée enfin la résurgence possible de ce virus ou d'un virus apparenté lors d’une prochaine saison, le développement d'un vaccin capable d'empêcher la survenue de cette maladie, s'avère constituer un enjeu crucial pour la recherche clinique. C'est ainsi qu'actuellement, au plan international, plus de 90 groupes institutionnels ou de l'industrie pharmaceutique ont mis en première ligne de leur recherche le développement d'un tel vaccin. Cet article a pour but de répertorier les différentes techniques possibles, telles qu'elles sont analysées dans un article récent de E Callaway.

8 approches possibles

Il s'agit ainsi par le vaccin d'induire une réponse immune qui s'opposera au développement de la maladie en cas d'infection par le SARS-CoV-2.

L'obtention d'un tel vaccin s'appuie sur plusieurs stratégies technologiques :

- soit l'utilisation du virus atténué après passages sur différentes cellules afin d'induire des mutations qui amènent à la plus faible expression de protéines virales : c'est le cas de Codagenix à New York en coopération avec l'institut national du sérum en Inde.

- soit l'utilisation d'un virus inactivé après traitement chimique par le formaldéhyde ou la chaleur : ce type de procédé nécessite toutefois de disposer d'une quantité importante de virus.
- soit l'utilisation de l'ARN ou de l'ADN codant pour une protéine virale, le plus souvent la protéine de membrane Spike, et que l'on transfecterait dans des cellules humaines (respectivement après enfermement de l'ARN dans une enveloppe lipidique ou par électroporation en cas d'ADN).

Ces techniques ont l'avantage de n'utiliser que les acides nucléiques viraux et non le virus lui-même. Elles sont aisées et le profil de sécurité est satisfaisant. Néanmoins aucun vaccin utilisant cette biotechnologie n'a été à ce jour autorisé sur le marché. Plus de 20 groupes tentent ce procédé pour le développement d'un vaccin.

- soit l'utilisation d'un vecteur viral qui transformé par engineering est capable de coder pour des protéines du SARS-CoV-2 . Les virus vecteurs sont atténués afin qu'ils ne soient plus pathogènes. Au moins 25 équipes dans le monde ont mentionné utiliser cette technologie. Plus précisément certains virus vecteurs comme celui de la rougeole sont encore capables de se répliquer. Néanmoins le profil de sécurité est satisfaisant et la réponse immune obtenue par ce procédé est généralement de forte intensité. Signalons toutefois qu'une immunisation contre le virus vecteur préexistante peut diminuer l'efficacité de ce type de vaccin. Le vaccin développé contre le virus Ebola a eu recours à ce procédé. D'autres virus vecteurs comme l'adénovirus ne se répliquent pas. Aucun vaccin sur le marché n' a eu recours à ce vecteur viral. Néanmoins il a été utilisé à maintes reprises en thérapie génique. Le groupe Johnson & Johnson aux États-Unis utilisent cette approche.

- soit l'utilisation de protéines virales ou de fragments de celles-ci, essentiellement la protéine Spike ou son domaine impliqué dans la liaison au récepteur cellulaire. Des vaccins de ce type contre des virus SARS actifs chez le singe ont été développés mais n'ont pas encore été testés chez l'homme. Le plus souvent des composés adjuvants sont nécessaires pour obtenir une réponse immune satisfaisante ainsi que le recours à de multiples injections. Ont été dénombrées 28 équipes travaillant suivant ce processus.

- soit enfin l'utilisation de particules mimant le virus mais inactives car ne possédant que son enveloppe et non son matériel génétique. La réponse immune ainsi induite est importante mais la construction de ces particules ''virus-like'' reste difficile. Cinq équipes tentent de produire un vaccin par ce procédé.

Ainsi, la diversité de l'approche technologique reflète la difficulté de la tâche : néanmoins plusieurs équipes procèdent déjà aux essais chez l'animal et à ce jour six équipes ont débuté les essais cliniques de tolérance chez l'homme.

Dr Sylvia Bellucci

Référence
Callaway E: The race for coronavirus vaccines. Nature, 2020; 580(7805): 576-577. doi: 10.1038/d41586-020-01221-y.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Temps modernes

    Le 24 mai 2020

    Un de mes petits fils de 4 ans m'a demandé "pourquoi, Grand Père, faire un vaccin pour une infection qui ne reviendra jamais" ? Comme j'hésitais dans ma réponse, il ajouta "et qui va payer les investissements avec zéro ROI "?
    Cet enfant regarde trop les vidéos de l'IHU, et lit trop Les Échos, j'en parlerai à ses parents.
    Ah, les enfants d'aujourd'huu, c'est pas comme dans le temps.
    O tempora, o mores...

    Dr Gilles Bouquerel

Réagir à cet article