Vaccin : des écoles hors contrat hors recommandations

Paris, le mardi 4 septembre 2018 - Ce n’est pas encore l’épreuve du feu. Elle est attendue pour septembre 2021 quand les enfants nés en 2018 entreront en première année de maternelle. Mais cette rentrée constitue un test important. Les parents de nourrissons nés après le 1er janvier 2018 souhaitant l’intégration de leur enfant en crèche, garderie ou dans toute autre structure d’accueil collective doivent prouver qu’il a été vacciné contre onze maladies et groupes de maladies. Si une dérogation de quelques mois pour se mettre en conformité pourra être accordée, en cas de refus de répondre aux obligations, un autre mode de garde devra être choisi.

Protection de l’enfance universelle

En 2021, les alternatives seront plus restreintes encore. Même privées, même sans contrat avec l’Education nationale, toutes les écoles, en tant que structure collective d’accueil, devant répondre à l’objectif de protection de l’enfance, se doivent de faire respecter l’obligation vaccinale. Pourtant, alors que les établissements hors contrat sont parfois précisément choisies par des familles qui souhaitent se dérober à ce qu’ils considèrent comme des contraintes imposées par l’Education nationale, il n’est pas impossible que le souhait d’échapper à l’obligation vaccinale fasse partie demain des critères de sélection de certains parents. Il faut dire qu’aujourd’hui déjà, on constate dans quelques rares établissements, une position hostile de la vaccination.

Se vouer à Dieu et à la nature plutôt qu’aux vaccins

Chercheuse en géopolitique, Lucie Guimier a conduit une enquête concernant les épidémies de rougeole survenues en France entre 2008 et 2012, dont les conclusions ont été publiées dans un récent rapport de la Mission interministérielle de vigilance contre les dérives sectaires (MIVILUDES). Lucie Guimier rapporte notamment les observations de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) d’Ille-et-Vilaine dont « l’investigation » avait « permis d’identifier la fréquentation par les cas de rougeole de collectivités scolaires et d’autres camps. L’ensemble de ces établissements et camps identifiés, ainsi que ceux de Pouilly-en-Auxois et de Camblain-l’Abbé où sont survenues des épidémies de rougeole en juin dernier sont gérés par une même société religieuse », la Fraternité sacerdotale Saint Pie X. Des recherches complémentaires de Lucie Guimier concernant cette communauté religieuse et ses adhérents/sympathisants l’ont conduit à conclure non sans une certaine prudence que « la dispersion rapide de la rougeole à l’échelle intrafamiliale dans le réseau d’obédience lefebvriste résulte de toute évidence d’une couverture vaccinale insuffisante des enfants de la communauté, des carences possiblement liées aux aspirations spirituelles de leur famille ». Cette tendance rejoint des mouvements identifiés dans d’autres communautés. Des foyers de rougeole ont ainsi pu être recensés dans des écoles Steiner-Waldorf, proches de la doctrine anthroposophique (qui prône un retour à la nature). Si officiellement la Fédération antroposophique n’appelle pas au rejet de la vaccination, Lucie Guimier a pu recueillir le témoignage de parents révélant comment, dans la Drôme, les familles s’échangeaient les coordonnées d’un médecin connu pour réaliser des faux certificats de vaccination.

Des idées fausses et tenaces

Alors que ces exemples illustrent les extrémités auxquelles sont prêts les anti-vaccins les plus convaincus, ils suggèrent également comment ces activismes alimentent une défiance moins militante mais néanmoins assez largement répandue en France. Or, il est encore aujourd’hui difficile de mesurer l’effet de l’obligation vaccinale face à cette défiance. Quand un sondage réalisé par l’IPSOS en juin pour le LEEM semblait signaler une hausse de la confiance, une autre enquête réalisée par le même institut à la même période dans le monde entier confirmait que la France continue à compter une des plus larges proportions de personnes hostiles à la vaccination. Ainsi, seuls 51 % des Français sont favorables à l’obligation vaccinale pour lutter contre les maladies infectieuses infantiles, contre 74 % en Espagne ou 62 % en Allemagne : la proportion française est une des plus basses de l’ensemble des pays étudiés. L’an dernier, on constatait que 17 % des Français étaient persuadés que la vaccination peut induire l’autisme, 45 % n’avaient pas de conviction absolue sur ce sujet et seuls 35 % étaient certains qu’il n’y a pas de lien entre ces troubles et la vaccination. En Australie 59 % des personnes interrogées savent que le lien autisme/vaccination ne repose sur aucune base sérieuse, tandis que pas plus de 8 % des Espagnols croient à l’induction des troubles autistiques par l’immunisation. On le pressent, la rentrée 2021 pourrait être parfois complexe.

Aurélie Haroche

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