Vaccination contre la rougeole : le réveil de la France attendu

Paris, le lundi 4 mars 2019 – Agnès Buzyn est-elle déjà en campagne pour les élections européennes, comme beaucoup le pressentent (lire notre article du jour : Le départ d’Agnès Buzyn du ministère de la Santé se précise encore davantage) ? Elle n’évite en tout cas pas une occasion d’évoquer les futures échéances électorales. Ainsi, revenant sur l’épidémie de rougeole qui sévit dans le monde et notamment en France, le ministre fait observer au Parisien : « Regardez la liste d’Europe écologie-Les Verts aux européennes. La numéro 2, Michèle Rivasi, est une fervente antivaccin. C’est quand même un drôle de choix ».

Trois morts en 2018

Si le député européen devrait une nouvelle fois contester une telle présentation, ses déclarations souvent ambiguës et son relais de thèses totalement démenties (telles celles d’André Wakerfiled) sont un exemple de la grande visibilité et popularité dont jouissent les discours anti-vaccin. Ces derniers ont fait le lit en France d’un recul de certaines couvertures vaccinales, notamment contre la rougeole. Tandis que la raréfaction de la maladie (justement liée à la vaccination) a également contribué à faire oublier sa dangerosité potentielle (plus marquée chez l’adolescent et l’adulte). Aujourd’hui, la France fait partie des dix pays dont la situation est considérée comme la plus problématique vis-à-vis de la rougeole par l’UNICEF. Au moins 2 269 cas supplémentaires ont été enregistrés entre 2017 et 2018 en France (chiffre probablement très inférieur à la réalité compte tenu des non-déclarations), tandis que trois décès ont été déplorés. Le bilan depuis le début de l’année reste inquiétant avec 244 cas recensés, dont 73 ont nécessité une hospitalisation. Dix-neuf patients ont notamment développé des complications pulmonaires, qui ont imposé une admission en réanimation pour quatre d’entre eux.

Bizarrerie

Cette situation désole les responsables politiques et les spécialistes. Agnès Buzyn déplore ainsi dans Le Parisien : « L’Organisation mondiale de la santé nous regarde désormais comme une bizarrerie. On est le pays de Pasteur et pourtant on nous considère comme un mauvais élève, capable de propager le virus dans le monde. D’ailleurs, regardez l’exemple de cet enfant qui a contracté la rougeole et l’a déclaré lors d’un voyage au Costa Rica avec ses parents. Cela montre bien le risque d’exporter la maladie ». Néanmoins, le ministre de la Santé se veut optimiste, observant que le rattrapage vaccinal pourrait être plus rapide que prévu, grâce notamment à l’obligation entrée en vigueur pour les nouveau-nés qui incitent dans les familles à la vaccination des aînés.

Retour au sous-développement ?

D’autres se montrent moins enthousiastes. Eric Caumes, infectiologue à la Pitié Salpêtrière, s’indignait sur BFM-TV : « Notre attitude est assez digne d’un pays en voie de retour au sous-développement », considère-t-il. Regrettant que les populations semblent avoir oublié le caractère altruiste de la vaccination, il s’inquiète : « Si on continue dans cet égoïsme triomphant, oui, on va avoir de plus en plus de cas de rougeole, on va avoir des maladies infantiles qui avaient disparu, comme la diphtérie, le tétanos et qui sont des maladies qui tuent » insiste le spécialiste.

Qu’ils se montrent défaitistes ou qu’ils gardent foi en l’avenir, tous attendent aujourd’hui le sursaut. « C'est un appel au réveil. Nous disposons d'un vaccin sûr, efficace et peu coûteux contre une maladie très contagieuse - un vaccin qui a sauvé près d'un million de vies chaque année au cours des deux dernières décennies », a ainsi déclaré Henrietta Fore, directrice générale de l'Unicef.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Anti vax illustre

    Le 06 mars 2019

    Un des premiers antivax fut Clémenceau qui heureusement n'exercat pas. Il avait deux bonnes raisons, aussi bonnes et scientifiquement censées que celles des antivax actuels : Pasteur était bonapartiste et catholique.

    Dr Pierre Castaing

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