Vrai ou faux : le gouvernement essaie-t-il de contrôler l’information ?

Paris, le lundi 4 mai – Le gouvernement a lancé un service de « désinfox » qui recense les articles de presse de vérification des faits. Une initiative qui n’est pas du gout des journalistes.

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Pour lutter contre la diffusion de fausses informations qui, en ces temps d’épidémie, « peuvent entrainer des conséquences sanitaires lourdes » selon les termes de Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, l’exécutif a mis en ligne sur son site internet une rubrique de lutte contre la désinformation. Nommé « Desinfox coronavirus », la page recense les articles de presse des rubriques de « fact checking » (vérification des faits) de plusieurs organes de presse, dont notamment Le Monde, Libération ou France Info.

On peut notamment y retrouver des articles comme « Vrai ou fake : Bill Gates cherche-t-il à tirer parti du coronavirus » (on vous laisse deviner la réponse) ou « Non, l’OMS n’a pas homologué la tisane à l’artemisia comme remède contre le coronavirus ». Mise en ligne le 23 avril dernier, la rubrique a été mise en avant pas un tweet de Sibeth Ndiaye ce jeudi.

« L’Etat n’est pas l’arbitre de l’information »

Depuis ce tweet, l’initiative gouvernementale fait grincer des dents. En sélectionnant les articles, en apposant son sceau sur les informations qu’il juge acceptable, en enjoignant aux citoyens de se tourner vers tel ou tel type de presse, le gouvernement sort de son rôle et porte atteinte à l’indépendance de la presse. C’est le spectre d’un ministère de l’information qui ressurgit.

C’est en substance le message que veulent faire passer les journalistes, outrés par cette ingérence gouvernementale. Dans une tribune publiée dans Le Monde ce dimanche, la société des journalistes (SDJ) et celle des rédacteurs (SDR) « dénoncent avec la plus grande fermeté » l’existence de cette rubrique. « L’État n’est pas l’arbitre de l’information (…) En distinguant tel ou tel article, le gouvernement donne l’impression de labelliser la production de certains médias (…) l’État n’a aucune légitimité à délivrer un imprimatur ».

Les rédactions déplorent notamment de n’avoir jamais été informé de cette initiative par le gouvernement. « Ces papiers diffusés sur nos différents médias se sont retrouvés utilisés, instrumentalisés » déplore Vincent Giret, directeur de France Info.fr.

Ce samedi, Sibeth Ndiaye a tenté de calmer la polémique naissante et de défendre sa rubrique « Desinfox ». Selon elle, « le gouvernement et l’État ne choisissent pas les articles de presse », les services de l’exécutif ne faisant que recenser « sans choix réalisé entre les médias » les articles publiés par les services de vérification d’informations jugés les plus fiables. Elle a également souligné que la rubrique avait vocation à être supprimé dès la fin de la crise du coronavirus, écartant tout risque de « contrôle » continu de l’information.

L’arroseur arrosé

Cette polémique intervient alors que la volonté, en apparence louable, affichée depuis son élection par Emmanuel Macron de lutter contre la diffusion de fausses nouvelles est parfois vu comme un moyen pour le gouvernement de contrôler l’information. « Lorsque l’État prétend nous dire la vérité, il ne dit que sa vérité » explique Arnaud Benedetti, professeur de sciences-politique à la Sorbonne.

L’initiative du gouvernement est d’autant plus mal venue qu’il est lui-même régulièrement accusé, depuis le début de la crise, de mentir aux Français sur la situation sanitaire. Sur ce point, force est de constater la bonne foi de la rubrique « Desinfox », qui reprend les articles de presse qui débusquent les mensonges de l’exécutif. On y retrouve notamment un article de France Info « Vrai ou Fake : l’efficacité du masque a-t-elle été minimisée », qui contient une vidéo du 17 mars où une certaine Sibeth Ndiaye nous expliquait que le port du masque était inutile pour les personnes bien portantes.

QH

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Vos réactions (3)

  • Totalement confiance !

    Le 04 mai 2020

    Je fais totalement confiance en la porte-parole du gouvernement pour dénoncer les fake-news. Je pense que pour établir la vérité sur les infox, je lui suggère d'améliorer ses capacités en faisant appel aux compétences de Donald Trump et Vladimir Poutine. Ma confiance en Sibeth N'diaye en sera encore plus renforcée.

    Dr Alain Siary

  • Mal placé

    Le 05 mai 2020

    Le gouvernement a diffusé lui-même de dramatiques fake-news, l'exemple le plus frappant étant bien sûr l'inutilité des masques chirurgicaux...il est particulièrement mal placé pour ce genre d'initiative.

    Dr Astrid Wilk

  • "L'enfer est pavé de bonnes intentions"

    Le 06 mai 2020

    Oui, encore une fausse bonne idée, qui ne rassure pas sur la conception de la démocratie de notre gouvernement et de notre assemblée nationale, auto-confinée jusqu'en juillet!

    Sous jacente à cette décision qui alourdit la liste des égratignures aux libertés fondamentales, la défiance des gouvernants (politiques et haute fonction publique) vis à vis de notre capacité à gérer notre vie et à choisir nos "lectures".

    J'espère que de nombreuse associations, think tanks, clubs divers nous proposeront rapidement de nous inviter à ce débat de fond. Ce pourrait être avec la réforme de l'organisation du système de santé, une bonne conséquence du Covid.

    Dr Vincent Praloran

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