Attente mortelle aux urgences

Parmi tous les patients qui se présentent aux urgences, seule une infime minorité est finalement hospitalisée. Environ 85 % sont examinés et traités avant de rentrer chez eux, et 10 % quittent l’hôpital avant d’avoir été vus, excédés par une attente trop longue. Car l’encombrement des urgences est devenu un problème préoccupant dans de nombreux pays.

Une équipe canadienne a voulu savoir si un délai d’attente prolongé avait des conséquences sur l’état de santé des patients. Ils ont donc examiné le risque d’hospitalisation et de décès à 7 jours à la suite d’un premier passage aux urgences, en fonction du délai d’attente.

L’enquête a été réalisée de manière rétrospective, sur les données concernant les patients qui se sont présentés dans les différents services d’urgence de l’Ontario, entre 2003 et 2007 et dont l’état de santé n’a pas nécessité d’hospitalisation. Précisons que, comme dans un certains nombre de systèmes de soins, les patients qui se présentent aux urgences en Ontario sont d’abord « triés », et placés dans l’une des 5 catégories : de 1 à 3 pour les urgences aiguës des plus graves aux moins graves, 4 et 5 pour ce qui est moins urgent ou pas urgent.

Au total près de 14 millions de personnes sont rentrées chez elles après avoir été examinées, soit 90 % des patients qui se sont présentés et 617 000, soit environ 3,6 % en sont repartis avant d’avoir été pris en charge. A catégorie d’urgence identique, pour les patients qui quittent l’hôpital après avoir été pris en charge, le risque d’évènements indésirables (admission à l’hôpital ou décès dans les 7 jours) augmente avec la durée moyenne d’attente. Pour une pathologie aiguë, le risque de décès est largement supérieur chez les patients ayant attendu plus de 6 heures que chez ceux ayant attendu 1 heure (OR 1,79 ; IC 95 % 1,24 à 2,59), ainsi que le risque d’hospitalisation dans la semaine suivante (OR 1,95 ; 1,79 à 2,13). Mais c’est aussi le cas pour des pathologies moins graves, tant en ce qui concerne le risque de décès (OR 1,71 ; 1,25 à 2,35) que celui d’admission à l’hôpital (OR 1,66 ; 1,56 à 1,76). Les auteurs estiment qu’il est peu probable que le préjudice soit seulement dû au délai de mise en route du traitement, mais plutôt à ce qu’une trop forte charge de travail entrave le déroulement des soins et altère le processus décisionnel des professionnels.

Plus étonnant est le fait qu’aucun effet indésirable (décès ou admission) ne soit à déplorer quand le patient quitte l’hôpital sans avoir été examiné. Il semble toutefois qu’il s’agisse de patients ayant un suivi plus régulier chez des praticiens de premier recours, et l’on peut imaginer qu’en quittant l’hôpital, découragés par l’attente trop longue, ils se tournent vers leur médecin traitant pour régler leur problème ou alors se présentent à nouveau aux urgences en dehors des heures d’affluence !

Finalement, les auteurs ont calculé qu’en réduisant d’une heure en moyenne le délai d’attente, le nombre de décès pourrait être diminué de 6,5 % pour les urgences graves et de 12,7 % pour les urgences plus légères. Bien entendu, ils n’apportent pas de solution toute prête, et précisent que leurs conclusions ne sont pas forcément applicables aux autres systèmes de soins. Il n’en demeure pas moins que ce problème de l’encombrement des urgences et de la charge de travail des professionnels devrait être considéré avec beaucoup plus de sérieux.

Dr Roseline Péluchon

Références
Guttmann A et coll. : Association between waiting times and short term mortality and hospital admission after departure from emergency department: population based cohort study from Ontario, Canada
BMJ 2011;342:d2983

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