Exclusif : près des trois quarts des professionnels de santé souhaiteraient que le ROR devienne un vaccin obligatoire

Paris, le mercredi 25 avril 2012 – A l’occasion de la semaine européenne de la vaccination lancée le 21 avril et qui se déroule jusqu’à vendredi, l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé (INPES) a mis en ligne sur son portail un « argumentaire » à destination des professionnels de santé afin qu’ils puissent plus facilement répondre aux questions de leurs patients au sujet de la vaccination ROR (Rougeole oreillons rubéole). Ce document reprend les interrogations les plus fréquemment soulevées par les patients en la matière et qui sont parfois animées par une certaine défiance. Parmi elles, figure la nécessité d’élucider la raison pour laquelle le vaccin ROR n’est pas obligatoire ? L’INPES propose aux professionnels de santé d’orienter leur réponse vers un rappel historique : « A la fin des années 1960, il a été jugé préférable que la population participe aux décisions concernant sa santé. Aucun des nouveaux vaccins n’a été rendu obligatoire pour la population générale depuis la vaccination contre la poliomyélite en 1964. Les autorités de santé émettent en revanche des recommandations mises à jour chaque année dans le calendrier vaccinal » peut-on lire dans cet argumentaire.

Vaccin contre le ROR : tout le monde dirait oui

Si l’on en croit d’autres informations proposées par l’INPES dans le cadre de la semaine de la vaccination, les autorités n’auraient jamais eu à regretter d’avoir renoncé à l’autoritarisme en la matière. Le dossier de presse de l’organisme évoque en effet un sentiment d’adhésion quasiment plébiscitaire des Français à la vaccination par le ROR. « Au sein de la population générale, 99 % des personnes interrogées sont favorables au vaccin ROR et seulement 1 % se déclarent spontanément opposé au vaccin ROR (…). Les médecins généralistes sont très majoritairement favorables à la vaccination contre la rougeole (97 %). Ces opinions s’accompagnent de propositions très fréquentes aux parents d’enfants de un à deux ans (88 % déclarent la proposer systématiquement) ».

Un vaccin parfaitement accepté mais très imparfaitement utilisé

Ces chiffres pourraient ne laisser aucun doute sur l’acceptation du vaccin ROR en France et sur sa massive utilisation. Las, d’autres indices, présents dans le même dossier de presse, dessinent une situation bien plus contrastée. En 2011, 15 000 cas de rougeole ont été recensés en France (contre moins d’une cinquantaine en 2008). Sept cent quatorze cas de pneumopathies graves, seize complications neurologiques et six décès ont été par ailleurs déplorés. La raison en est simple : la couverture vaccinale des Français est insuffisante. Ainsi, à titre d’exemple on rappellera que seuls 86 % des adolescents de quinze ans ont reçu les deux doses de vaccin ROR quand une couverture vaccinale optimale doit atteindre 95 %.

 

 

Moins d’un quart des professionnels de santé ne souhaitent pas que le ROR soit obligatoire

Face à cette situation, de nombreuses voix se sont élevées ces derniers mois pour suggérer de rendre la vaccination par le ROR obligatoire. L’idée a ainsi été portée dès l’été dernier par l’Académie de pharmacie et a été reprise en mars dans un rapport de l’Assemblée nationale diligentée par le gouvernement. Cette position est par ailleurs partagée par une majorité de professionnels de santé comme le révèle le sondage réalisé sur JIM du 12 au 24 avril. Ainsi, le fait de rendre le vaccin ROR obligatoire a suscité l’adhésion de 74 % des professionnels de santé, tandis que 23 % se sont déclarés opposés à une telle mesure et 3 % ont indiqué qu’il était difficile de se prononcer. Ces résultats témoignent non seulement de la grande confiance des professionnels de santé dans la vaccination mais plus encore de leur conviction que sans des dispositifs plus contraignants il sera difficile d’atteindre une couverture optimale. En tout état de cause ne semblent-ils pas considérer que les considérations quant au libre choix des malades doivent ici peser plus lourdement que la protection de la santé publique.

Obligatoire, et alors ?

On le sait, cette option ne semble pas devoir être retenue par les pouvoirs publics. A l’heure de présenter les grandes lignes de son programme national d’amélioration de la politique vaccinale, le secrétaire d’Etat à la Santé, Nora Berra a en effet écarté, il y a un mois, cette possibilité. Tout en reconnaissant que la distinction entre « vaccinations obligatoires » et « vaccinations recommandées » laisse suggérer à tort que ces dernières seraient « facultatives », Nora Berra avait en effet indiqué être « beaucoup plus prudente » sur le sujet que les députés. Si cette réponse suggère que le refus de rendre obligatoire le ROR relève certainement d’une argumentation juridique, on pourra également porter au crédit de la position ministérielle qu’il n’est pas certain qu’une obligation de vaccination permette d’obtenir des résultats nettement meilleurs. Ainsi, alors qu’il demeure pour sa part obligatoire, le schéma complet de six doses de DTP n’a été bien reçu que par 85,3 % des 11/13 ans.

Aurélie Haroche

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