Concertation "citoyenne" sur la vaccination : les jurys prêts à se réunir

Paris, le mardi 5 juillet 2016 – Le 12 janvier dernier, le ministre de la Santé, Marisol Touraine a annoncé le lancement d’une grande consultation citoyenne sur la vaccination afin de mieux comprendre la défiance et les doutes (et mieux leur répondre) qui se font jour autour de cette méthode de prévention. L’organisation de cette consultation a été confiée au professeur Alain Fischer qui a constitué un comité d’orientation indépendant. Jusqu’alors, outre la mise en ligne d’un site informatif, les actions de ce dernier avaient été discrètes. On entre désormais dans le vif du sujet avec la réunion les 8, 9 et 10 juillet prochain des jurys de citoyens et de professionnels de santé.

Disparition du jury d’experts

Ces jurys ont été composés grâce à un tirage au sort de vingt  à trente personnes « représentatives des différentes professions et composantes de la société (région d’origine, âge, catégorie socio-professionnelle, etc) » avait indiqué le comité d’orientation au printemps dernier. Leurs travaux doivent se dérouler en trois phases.

Une première consistera en des auditions, une seconde sera consacrée au débat à partir des questions soulevées par le comité d’orientation (qui seront les mêmes pour les professionnels et les citoyens), tandis que la dernière visera à la rédaction d’un avis. Avant cette étape, deux périodes de réunions sont prévues : les 8, 9 et 10 juillet et les 16, 17 et 18 septembre. Les jurys travailleront séparément et les professionnels de santé devront émettre des « recommandations sur les évolutions souhaitables liées à leur rôle d’acteurs du système de santé », indique un communiqué publié aujourd’hui.

Un troisième jury, composé d’experts, avait été initialement prévu. Cette perspective avait été critiquée par ceux redoutant une confiscation de la concertation et une menace sur la transparence et l’"ouverture" des débats. « Accoler un jury de professionnels de santé et un jury de scientifiques est une méthode bien éloignée de la conférence citoyenne mise en place dans un grand nombre de pays sur les sujets majeurs de société » avait fait remarquer en février un collectif d’associations dans une tribune publiée par le Monde. Souhaitant aboutir à un consensus, Alain Fischer a renoncé à ce groupe d’experts. « Cela nous a semblé moins pertinent », expliquait le professeur dans les colonnes de Libération au printemps dernier.

Une plateforme web renvoyée à plus tard

Après les réunions des jurys, viendra le temps de l’ouverture de la plateforme web, chargée de recueillir les contributions de tous les citoyens souhaitant s’exprimer. Initialement, ce portail aurait dû être accessible dès le printemps. Cependant, beaucoup ont redouté que ce dispositif ne soit l’occasion pour les lobbys anti-vaccination de monopoliser le débat. Aussi, la place du site dans cette concertation a été restreinte. Enfin, « le comité d’orientation, nourri des propositions formulées par les jurys, des participations sur le site de contributions en ligne qui ouvrira à l’automne 2016, des auditions et des enquêtes d’opinion, remettra son rapport final à la ministre des Affaires sociales et de la Santé à la fin de l’année 2016 » précise le communiqué publié aujourd’hui.

Une déontologue de compétition !

Alors que s’ouvre enfin publiquement cette concertation tant attendue, les critiques formulées à son égard demeurent pour la plupart. La personnalité d’Alain Fisher, qui prend soin de n’afficher aucun dogmatisme, n’a pas totalement rassuré ceux qui redoutent que les oppositions à la vaccination ne soient pas entendues. La désignation d’un "déontologue" au sein du comité d’orientation, mission assurée par le professeur Anne Fagot-Largeault (docteur en médecine, en lettres et sciences humaines, philosophe, psychiatre et professeur au Collège de France !) n’a pas plus suffi à apaiser les réticences de ceux craignant un débat sous l’influence de divers "lobbys". Enfin, beaucoup jugent que cette concertation n’est qu’un simulacre de démocratie sanitaire. L’exemple du débat lancé autour du dépistage du cancer du sein et la mise en évidence de différents manquements en la matière au sein du ministère de la Santé n’ont fait que renforcer leurs appréhensions.

Aurélie Haroche

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