Dépistage du cancer du col de l’utérus : le retard de la France face au test HPV est dénoncé

Paris, le mardi 23 avril 2019 – S’inscrivant dans la lignée de nombreux pays européens et occidentaux, la France vient de se doter d’un programme de dépistage systématique organisé du cancer du col de l’utérus. Ce dispositif prévoit d’inviter les femmes de 25 à 65 ans à réaliser un frottis cervico-utérin (FCU) tous les trois ans auprès du médecin ou de la sage-femme de leur choix, un dépistage entièrement pris en charge par la sécurité sociale. Alors, que seules 52 % des femmes réalisent un frottis triennal, les pouvoirs publics espèrent atteindre un taux de participation de 80 %, ce qui devrait contribuer à éviter 90 % des cancers du col de l’utérus selon différentes données.

Le test HPV en première intention en Australie et ailleurs

Cette apparente détermination française masquerait cependant un retard certain par rapport à de nombreux autres pays. Pour son dépistage organisé, la France a en effet fait le choix de s’appuyer sur le FCU, renvoyant à plus tard l’introduction du test HPV. Ce dernier pourtant fait déjà partie intégrante de nombreux programmes dans différents pays. Ainsi, en Australie, pays leader en matière de lutte contre le cancer du col de l’utérus, mais aussi en Italie, en Belgique, au Royaume-Uni, en Suède, aux Pays-Bas et en Turquie, le test HPV est prioritairement indiqué et est complété par un frottis en cas de résultat positif afin de préciser l’existence ou non de lésions précancéreuses. Pour les cas où le résultat est négatif, le rythme du dépistage peut être élargi à tous les cinq ans. Aux États-Unis et en Allemagne, les deux méthodes sont utilisées simultanément.

« Chronique d’un scandale annoncé »

Le choix d’initier le dépistage par le test HPV s’explique par sa meilleure sensibilité, qui atteint 99 % quand celle du frottis ne dépasse pas 60 %, « ce qui signifie que sur 100 femmes qui ont un cancer avéré, 40 présentaient pourtant un frottis normal » a rappelé lors d’une conférence de presse la semaine dernière Richard Fabre, biologiste et porte-parole du collectif HPV maintenant. Régulièrement confrontés à des femmes qui apprennent être atteintes d’un cancer du col de l’utérus alors qu’elles présentaient des frottis normaux, plusieurs gynécologues et biologistes réunis au sein de ce groupe dénoncent le retard de la France et exhortent les pouvoirs publics à accélérer l’introduction du test HPV, alors qu’en Irlande, constatant les limites du frottis certaines femmes atteintes d’un cancer du col de l’utérus se sont retournées contre les autorités. « En France, c’est la chronique d’un scandale annoncé par ce qui s’est passé ailleurs » prédit Richard Fabre.

Face au HPV : les faux pas systématiques de la France

Les autorités françaises n’ignorent pas l’existence du test HPV mais la santé publique pourrait être une nouvelle fois victime d’une certaine lenteur administrative, qui conduit à appliquer des recommandations alors qu’elles sont devenues obsolètes. Ainsi, le programme de dépistage organisé qui vient d’être lancé s’appuie sur des préconisations qui remontent à 2010 (!) à une époque où toutes les données confirmant la supériorité du test HPV n’étaient pas encore disponibles. De la même manière, ce n’est qu’en 2018 que la Haute autorité de Santé (HAS) a été saisie pour se prononcer sur la pertinence d’une utilisation en première intention du test HPV. En outre, même si la HAS devait conclure que la stratégie adoptée dans plusieurs pays occidentaux est la plus pertinente, il faudrait encore attendre plusieurs années (les membres du collectif pessimistes avancent la date de 2023) pour qu’il entre dans les recommandations et soit dument pris en charge ! En attendant, les gynécologues (qui ne sont pas tous sensibilisés à cette problématique) peuvent orienter les patientes qui le souhaitent vers un test qui, en première intention, n’est pas pris en charge par la Sécurité sociale. Un test qui pourrait pourtant en outre répondre en partie aux problèmes de difficultés d’accès aux soins si l’auto prélèvement était développé. Où l’on voit que non contente de connaître un des plus bas taux de vaccination contre le HPV des pays occidentaux, la France a également opté pour une stratégie peu ambitieuse en matière de dépistage.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Petits arrangements entre amis...

    Le 23 avril 2019

    Placer un test à forte spécificité en dépistage et le faire confirmer par un test à forte sensibilité, c'était un peu gros, mais c'était nécessaire pour éviter de mettre en faillite les 3/4 des laboratoires de pathologie dont les frottis cervicaux sont la principale activité.

    Ils ont désormais la possibilité de réaliser la PCR HPV eux-même, le problème est donc réglé.
    On attend désormais un retour à une politique de dépistage un peu moins délirante, d'autant plus que rechercher les HPV, est un moyen de faire réaliser aux victimes crédules des antivax l'enjeu d'une immunisation contre ces virus.


    J Sartre

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