Des patchs à la nicotine contre le Covid-19 ? Bientôt une étude française

Paris, le mercredi 22 avril 2020 - Plusieurs observations ont suggéré une faible prévalence du tabagisme parmi les patients atteints par des formes sévères de Covid-19. Une méta-analyse avait ainsi mis en évidence une proportion limitée de fumeurs parmi les patients hospitalisés (entre 1,4 % et 12,6 % selon les études). Des chiffres remarquablement bas et contre-intuitifs.

Différentes pistes ont été avancées pour expliquer ce phénomène déroutant : des effets immunomodulateurs de la nicotine ou encore l’interaction de cette substance avec le système rénine-angiotensine-aldostérone.

Autre explication suggérée dans les comptes rendus de biologie de l’Académie des sciences par le professeur de médecine interne Zahir Amoura (Pitié-Salpêtrière) et le Pr Jean-Pierre Changeux : « l’infection par le SARS-CoV-2 fait intervenir le récepteur nicotinique de l’acétylcholine », tandis que « l’état hyper-inflammatoire et l’orage cytokinique décrits chez les patients Covid-19 graves pourraient d’autre part s’expliquer par l’intervention du récepteur nicotinique. L’acétylcholine exerce un effet régulateur de l’inflammation par son action sur le récepteur nicotinique macrophagique. Le dérèglement de ce récepteur entraine une hyperactivation macrophagique avec sécrétion de cytokines proinflammatoires comme on l’observe chez les patients Covid-19. Cette altération du récepteur nicotinique est à l’origine de l’état résiduel inflammatoire décrit au cours de l’obésité et du diabète, qui pourrait être amplifié en cas d’infection par le SARS-CoV2. Cette hypothèse expliquerait pourquoi ces deux comorbidités sont si fréquemment retrouvées au cours des cas graves de Covid-19 ».

Parallèlement à l’identification des mécanismes en jeu, d’autres travaux veulent s’atteler à déterminer le potentiel préventif et thérapeutique de la nicotine. Ainsi, le Pr Amoura, après une étude confirmant la faible part de patients fumeurs parmi les sujets atteints de formes graves dans son hôpital (La Pitié-Salpétrière), initie un essai consistant à administrer des patchs nicotiniques à des dosages différents. Trois groupes de sujets vont être constitués : des soignants (dans une optique prophylactique), des patients hospitalisés afin de mesurer l’évolution de leurs symptômes et des patients en réanimation. Bien sûr la médiatisation de tels travaux ne doit nullement être perçue par le grand public comme une incitation à fumer, comme l’ont rappelé de nombreux responsables de santé publique.

F.H.

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Vos réactions (3)

  • Peu compréhensible

    Le 22 avril 2020

    L'hypothèse la plus plausible (ou la moins improbable) est que la nicotine interfère avec la fusion virale (avec les cellules des voies respiratoires). Donc au stade très initial de la contamination aérienne.
    On se demande bien comment de la nicotine circulante (via des patches) pourrait avoir la moindre action sur ce phénomène. La logique voudrait qu'on administre de la nicotine inhalée, et plutôt en prévision de l'exposition publique.
    Je crains qu'on ne se donne pas les meilleures chance de démontrer un effet utilement favorable.

    Ajoutons sur ce thème par analogie que la corticothérapie inhalée et la corticothérapie systémique n'ont pas du tout la même pharmacodynamie.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Questions pas si fumeuses

    Le 23 avril 2020

    Et le film de goudrons de la cigarette, est-ce qu'il ne piège pas les virus entrants en agissant comme du papier tue-mouches ?
    La source de nicotine est à préciser, il va falloir comparer l'efficacité du patch vs la clope chic ou le gros cigare sans filtre.
    Et une fois le malade hospitalisé, voire intubé, est-ce que son état s'aggrave rapidement quand il est privé de tabac ?
    Enfin et surtout je n'ai pas vu de notion d'âge dans cette étude débutante, or les gens commencent à arrêter de fumer après 35 ans. Et les femmes fument théoriquement un peu moins que les hommes or elles s'infectent moins, les enfants ne fument pas et pourtant ils s'infectent peu, etc... cela soulève beaucoup de questions intéressantes.

    Dr Jean-Marie Malby

  • Le piège de la corrélation ?

    Le 24 avril 2020

    Ce n’est pas parce qu'un critère variable est corrélé à un autre ici fumeur/non fumeur et réanimé pas/réanimé qu’il faut en conclure un lien de cause à effet.
    Les grands savants parisiens foncent tête baissée dans un phénomène qu’ils auraient dû remarquer depuis longtemps puisque il est également vrai pour la grippe !

    Le lien entre le tabac et la gravité de la maladie est également inverse pour la grippe.

    Il est dans la grippe également inverse concernant la vaccination !

    C’est ballot hein !?

    Du coup on préfère ne pas le remarquer, on met ces deux constatations sous le tapis parce que gênant en l’absence d’explication la plus évidente étant que la vaccination entraîne un phénomène complexe qui abouti à une sur réaction etc etc qui conduit au décès et la cigarette bien sur ce n'est pas le goudron dans lequel s’englue le virus ou bien la nicotine qui sonne comme un médicament pas de bol, c’est juste musculaire ! Et jamais immunitaire son action! Enfin jusqu'ici .
    Le lien obésité non tabac est également à constater et on va nous parler facteurs d’inflammation intriquées ...

    Alors vous avez trouvé le facteur confondant ?

    Cherchez encore et ça vous évitera de perdre du temps avec la nicotine et de ne pas rejoindre les antivax !

    C’est pourtant assez évident.

    A votre avis quels individus sont capables de se faire violence pour inhaler du tabac qui pue et irrite au nom d’un principe esthétique convivial devenu addictif au nom du fait que c’est un support à la respiration profonde ?

    Il ne faut pas être asthmatique, il ne faut pas être vieux et atteint de bpco (bien que certains persistent tard).
    Il ne faut pas être fragile du point de vue respiratoire.
    La cigarette sélectionne déjà au départ les sujets qui ont un arbre respiratoire le plus parfait et le plus tolérant !
    Ensuite les différents facteurs de risque de la grippe et de la covid19 sont précisément ceux qui font arrêter de fumer ceux qui en sont atteint !
    Enfin concernant l’obésité compte tenu que l’arrêt du tabac entraîne une prise de poids parfois on va retrouver une série d’ex fumeur obèse qui va augmenter ce qui n’est qu’un biais de sélection.

    Alors ce sont les mêmes qui disent au Pr Raoult qu’il lui faut un bras comparatif (ce qu’il a fait d’ailleurs un peu court de 24 patients mais significatif nécessitant par éthique l’arrêt de l’étude) et qui ici vont sauter dans ce piège !

    Concernant la vaccination contre la grippe il se trouve que l'on vaccine plus volontiers les patients les plus âgés et les plus fragiles par conséquent on retrouve plus de cas grave dans le groupe des vaccinés puisque le vaccin a une efficacité modeste de 20 à 60% selon les années et d’autant plus faible que le sujet est âgé !

    Voilà comment ces biais de sélection non vus font croire à la comparabilité des groupes alors que des facteurs confondant existent.

    Les patch de nicotine sont beaucoup plus dangereux que l’hydroxychloroquine, il n’y a pas photo. Donc j’appelle l’académie de médecine à mettre des statisticiens sur le coup pour éviter des morts inutiles.

    Et cette histoire de biais de sélection est le même concernant les études sur la chloroquine qu’on propose aux cas les plus graves de manière compassionnelle dit on ce qui aboutit à conclure à plus de décès dans les groupes chloroquine.

    C’est précisément ce qu’on apprend de l’étude américaine qui a conduit à conclure à son effet négatif !

    Donc on ne peut que rappeler le conseil de faire des études sur des patients tirés au sort et ne conclure que sur le groupe entier et pas les sous groupes.

    Or discovery est mal partie en décidant de reconstruire les études à la volée c’est pourquoi il n’en sort rien de valable de cette bouillie et certainement pas si la mortalité est le critère principal vous avez trop de fluctuation de facteur de décès pour aboutir à deux bras homogènes ainsi il faut plus de 2000 cas par bras pour statuer sur une différence statistiquement significative d’un aussi petit nombre de décès que 10 ou 15 or l’effet est de cet ordre pas plus.
    A quoi bon un médicament cher dans ce cas ?
    C’est bien la question que pose le Pr Raoult d’emblée.
    Son traitement n’est pas cher globalement bien toléré en regard du remdesivir qui lui est cher et mal toléré entraînant des altérations des mitochondrie dépassant largement
    l’augmentation inconstante et brève de l’espace QT.
    Bien sûr concernant la mortalité il triche sur les résultats en omettant le fait que sa série est basée sur des cas incluant les asymptomatiques (on aboutit ainsi à une mortalité deux à dix fois plus faible mais on peut dire qu’il ne l’aggrave pas) et comme on a la certitude que le patient traité par azithromycine et hydroxychloroquine est moins contaminant qu’un autre qui ne prendrait rien on peut conclure que cela a un effet pour casser l’épidémie !
    Alors que délirer sur la nicotine c’est parfaitement contre productif.

    Dr François Roche

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