Incendie meurtrier à Paris : les professionnels dénoncent le manque de moyens de la psychiatrie

Paris, le jeudi 7 février 2019 - Les lourds antécédents psychiatriques de la principale suspecte dans l’incendie qui a causé la mort de 10 personnes ce mardi à Paris, qui aurait été internée à 13 reprises au cours des dix dernières années, met la lumière sur le manque de moyens de la psychiatrie française.

Le 26 janvier dernier, le ministre de la santé Agnès Buzyn qualifiait la psychiatrie de « parent pauvre » de la médecine française. Deux jours après le drame de la rue Erlanger où un incendie, semble-t-il allumé par une femme qui sortait récemment d’un séjour en hôpital psychiatrique a provoqué la mort de 10 personnes, les professionnels du secteur montent au créneau pour rappeler leur manque criant de moyens.

Des tris insupportables mais inévitables

Psychiatres, infirmiers et aides-soignants font les mêmes constats. La psychiatrie française manque de lits (55 000 lits supprimés sur les 20 dernières années) et de psychiatres : 25% des postes ne seraient pas pourvus. Les médecins sont malheureusement obligés d’adapter les soins à ce manque de moyens. Beaucoup expliquent ainsi qu’ils doivent procéder à un tri entre les patients et laisser sortir des malades qui ne sont pas stabilisés et qui peuvent donc représenter un danger, pour eux-mêmes ou pour les autres. Une situation d’autant plus dramatique que la prévalence des maladies psychiatriques semble en augmentation, avec 300 000 personnes supplémentaires suivis en psychiatrie entre 2000 et 2016.

Depuis plusieurs mois, la colère des professionnels de santé se fait de plus en plus entendre. L’an dernier, les médecins et infirmiers de l’hôpital d’Amiens ont mené une grève de sept mois pour obtenir 30 postes de soignants supplémentaires tandis le personnel de l’hôpital de Rouen était allé jusqu’à une grève de la faim de 19 jours. Il y a quelques semaines, plusieurs centaines de soignants et proches de malades manifestaient à Paris pour dénoncer la situation « d’état d’urgence » dans laquelle se trouve la psychiatrie française.

Des plans en préparation

En décembre dernier, Agnès Buzyn avait accordé une rallonge budgétaire de 50 millions d’euros à la psychiatrie et a annoncé le 24 janvier vouloir lancer un plan dédié, avec 40 millions d’euros à la clé. La députée LREM Martine Wonner, psychiatre de formation et rapporteur de la commission parlementaire sur le financement de la psychiatrie, estime elle aussi qu’il est nécessaire d’engager une réforme structurelle de la prise en charge de la santé mentale en France.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • Médecine française sacrifiée depuis 30 ans...

    Le 08 février 2019

    La génération Rocard - Chirac - Jospin - Aubry chez les hommes et femmes politiques avait une véritable haine des médecins, et de l’organisation française de la médecine... Le mal est global, cette organisation a été sacrifiée sur l’autel du progrès, des nouvelles formes de management et de la prétendue « solidarité nationale ». Il faudra des décennies pour réparer tout cela. 

    Dr Bernard Dumas

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