Le cannabis de plus en plus cher et concentré en THC

Londres, le jeudi 3 janvier 2019 - Une étude publiée ce 30 décembre par l’Université de Bath et le King’s College de Londres révèle que le cannabis vendu en Europe est de plus en plus cher et de plus en plus concentré en THC.

Le cliché selon lequel le cannabis d’aujourd’hui serait plus "fort" que celui que fumaient les hippies des années 1960 se confirme. Selon une étude publiée le 30 décembre dernier dans la revue Addiction et conduite par des chercheurs de l’Université de Bath et le King’s College de Londres, le cannabis vendu en Europe serait de plus en plus cher et de plus en plus concentré en delta-9-tétrahydrocannabinol ou THC, principal constituant psycho actif du cannabis.

Les travaux, réalisés à partir des données recueillies par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies dans 30 pays d’Europe, révèlent qu’entre 2006 et 2016, le taux de THC est passé de 5% à 10% pour la marijuana (cannabis à base de plantes) et de 8% à 17% pour la résine de cannabis ou haschisch. Cette augmentation est particulièrement nette depuis 2011 et l’apparition de nouvelles techniques de production en Europe et au Maroc. En parallèle, le prix du cannabis est passé de 7 euros à 12 euros le gramme pour la marijuana et 8 à 12 euros pour le haschisch.

Cette augmentation du taux de THC dans le cannabis inquiète les médecins, puisqu’elle accroit la puissance psychoactive du produit et donc ses effets néfastes sur la santé mentale du consommateur (troubles de la mémoire, paranoïa, risque accru de maladie psychiatrique…). Les auteurs de l’étude soulignent que l’augmentation du taux de THC ne s’est pas accompagnée d’une hausse du taux de cannabidiol (CBD), autre composant du cannabis qui, selon certains experts, pourrait atténuer les effets négatifs du THC et avoir un impact positif sur certaines épilepsies de l’enfant ou l’anxiété.

On estime que 24 millions de personnes, soit 7,2% des adultes européens, ont consommé du cannabis cette année en Europe. Les résultats de cette étude relancent le débat sur l’opportunité de légaliser la vente de cannabis ce qui pourrait permettre de contrôler les taux de THC et de CBC dans les produits commercialisés.

L’an dernier, le Canada est devenu le deuxième pays au monde, après l’Uruguay, à légaliser le cannabis récréatif.

Quentin Haroche

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Vos réactions (7)

  • Légalisation du Cannabis à titrethérapeutique d'abord, puis récréatif

    Le 03 janvier 2019

    La légalisation du cannabis à titre thérapeutique est imminente !
    Et c'est un bon pas supplémentaire pour soulager des affections qui ne l'étaient qu'imparfaitement ou pas du tout jusqu'à présent !
    Les Israéliens sont en pointe dans le décryptage et la recherche pharmacologique du Cannabis ! (Quelques 171 substances différentes isolées, chiffre à confirmer).
    Pour ce qui est du versant récréatif : je pense comme le chef de la Police de BERN, qu'aujourd'hui c'est impensable, mais qu'à terme c'est inéluctable !

    Dr Nicolas Bojic

  • Eloge de la défonce

    Le 04 janvier 2019

    On peut lire : "légaliser la vente de cannabis ce qui pourrait permettre de contrôler les taux de THC et de CBC dans les produits commercialisés".
    Décidément, tout est bon pour promouvoir l'accès aux drogues récréatives, même les études les plus préoccupantes.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Cannabis-cannabis déjà présumé thérapeutique

    Le 04 janvier 2019

    M'adressant à certains confrères abusés ou voulant abuser, je leur demande s'ils ne sont pas gênés de croire inéluctable le travestissement du cannabis et de son THC en médicament. Une telle anticipation ne serait envisageable que si l'on disposait d'une évaluation précise du rapport bénéfices/risques, sur lequel se fonde le statut même de médicament.

    Des puissances capitalistiques ayant investi énormément pour gagner bien plus encore si le cannabis et son THC étaient adoubés comme médicament ont été ébranlées par la masse de données qui appuient d'une façon redoublée sur le plateau "risques" de la balance bénéfices / risques. Aussitôt, ils se sont reportés sur le CBD / cannabidiol, devenu en quelques mois la nouvelle panacée (bon pour tout, bon pour tous). On en a dit (pour le laver des péchés du THC) qu'il n'avait pas d'effets psychotropes (ouf!), mais bientôt d'ajouter quand même qu'il était anxiolytique, antipsychotique, anti épileptique et, miracle de la phytothérapie, qu'il "boostait" les effets bienfaisants du THC et annihilait ses effets délétères. Rien que du bonheur...

    Il suffisait alors, à nos capitalistes dans les grandes serres où ils s'apprêtaient à cultiver le cannabis pour son THC, d'y substituer des cultivars produisant essentiellement du CBD/ cannabidiol.

    Trêve de crédulité. Ne fermons bien sûr aucune porte. Ouvrons même toute grande celle d'une recherche rigoureuse, pharmacologique, toxicologique et de pharmacologie clinique de ce CBD. Ne nous pressons pas pour en faire l'apologie, à partir de créneaux quantitativement très restreints : Lennox-Gastaut, Dravets, où des effets potentiellement intéressants, ont été rapportés en ajoutant à leurs poly thérapies insuffisantes du CBD ; alors que l'on ne dispose encore de comparaisons avec le styripentol, ni d'analyse pharmacocinétique de l'effet sur les médicaments associés (vs. la glycoprotéine P), ni de recul au delà d'un constat en aigu. Cela est du domaine de la recherche, qui doit se poursuivre intensément, mais ne saurait en l'état présent servir d'argument à "ceux qui sautent comme des cabris" en scandant médicament; et moins encore à ceux qui sont impatients de pouvoir acheter librement leur drogue chez les buralistes.

    Quant à ces derniers qui imaginent pour l'usage dit "récréatif" (dont la récréation peut très mal se terminer), qu'un produit vendu librement, éviterait la diffusion de produits très fortement dosés en THC, que font-ils des 200.000 dealers de cannabis; certes ils vendront d'autres drogues, mais pourquoi pas ce cannabis puissant dont raffolent ses utilisateurs actuels, et qui justifie l'inflation des taux de THC des produits en circulation.

    Pr Jean Costentin

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