Masques : une distribution « calibrée »

Paris, le mercredi 18 mars 2020 – Depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en France, les difficultés d’approvisionnement en masques et équipements de protection individuels (EPI) constituent la préoccupation principale des professionnels de santé. Chaque jour, de nouveaux communiqués sont émis par les syndicats, représentant notamment les praticiens libéraux, pour dénoncer les pénuries. Ainsi, au cours des 24 dernières heures, Convergence Infirmières et le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (SNIIL) ont dénoncé, non sans colère, la pénurie en EPI qui frappe ces praticiens. De son côté, la Fédération nationale des techniciens ambulanciers urgentistes (FNAU) a lancé hier un appel solennel afin que toutes « les associations de sécurité civile et l’ensemble des services départementaux d’incendie et de secours qui ne sont pas investis immédiatement dans cette crise sanitaire, ainsi que l’ensemble des municipalités », fassent don « de leurs stocks de matériel de protection aux professionnels de santé ». Ces critiques et ces messages trouvent également de nombreux échos sur les réseaux sociaux où les professionnels évoquent leur détresse, en particulier face à des injonctions parfois contradictoires. Ainsi, certaines infirmières intervenant dans le cadre des Services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) ont signalé que les recommandations quant au port de masques tendent à évoluer sans cohérence d’heure en heure.

Pour éviter la pénurie

Pour répondre à ces interpellations et à ce désarroi, la Direction générale de la Santé (DGS) a publié hier un nouveau communiqué énumérant de façon très précise les préconisations pour chaque catégorie de professionnels (ou presque) alors que de nouvelles livraisons de masques ont commencé à arriver dans les pharmacies. Si les opérations de déstockage réalisées ces dernières semaines permettent la mise à disposition de marques chirurgicaux et d’appareils respiratoires à hauteur de 25 millions d’unités, les ressources pourraient être rapidement épuisées. Aussi, « afin de [les] préserver », une gestion très encadrée est mise en place par la DGS.

FFP2 : uniquement pour les actes invasifs

Cette dernière insiste tout d’abord sur le fait que ces modalités concernent prioritairement « les zones où le virus circule activement », zones dont la liste est régulièrement réactualisée. Dans ces aires, les masques FFP2 sont réservés à certaines indications (actes invasifs). Il est ainsi précisé que ces appareils respiratoires seront « mis à la disposition des médecins et des infirmiers » « selon les indications et la disponibilité de ces derniers ». On relève encore qu’ils pourront « être mis à disposition ponctuellement » des chirurgiens-dentistes pour les urgences ; et seront également possiblement distribués aux kinésithérapeutes pour les actes de kinésithérapie respiratoire. Plus certainement, les FFP2 sont réservés aux établissements de santé, qu’ils soient habilités ou non à la prise en charge des patients infectés ou suspectés d’être infectés par Covid-19.

En EHPAD, des masques seulement pour prendre soin des personnes infectées

Ainsi, les masques chirurgicaux demeureront le principal dispositif de protection en ville. Si le port devra être systématique par les médecins, infirmiers, pharmaciens, chirurgiens-dentistes (« étant entendu » concernant ces derniers « que les patients cas possibles ou confirmés et les cas contacts à haut risque sont invités à reporter leurs soins dentaires » et que ces praticiens sont invités à limiter leur activité aux soins prioritaires) et les kinésithérapeutes (qui doivent également se concentrer sur les soins prioritaires), la situation est différente dans les Etablissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) et pour les personnels accompagnant les plus âgés à domicile. Ici, les masques chirurgicaux doivent être réservés lors des soins aux cas suspects et confirmés d’infection par le Covid-19 (ce qui est illusoire faute de tester les malades !). Les mêmes préconisations sont formulées pour les transporteurs sanitaires et les prestataires de services et distributeurs de matériels.

Des laboratoires d’analyse toujours dans l’incertitude

Ces précisions de la DGS n’établissent apparemment pas de recommandations spécifiques à l’intention des laboratoires d’analyse ; qui doivent donc appliquer les indications concernant chaque catégorie professionnelle en leur sein (médecins ou infirmiers), tandis que l’incertitude demeure concernant les agents non professionnels de santé. Constatant les limites des recommandations des autorités officielles, et la diversité des réponses apportées par les Agences régionales de santé (ARS), le Syndicat national des biologiques commente dans un communiqué diffusé hier : « On sait maintenant que des laboratoires spécialisés proposent le diagnostic, mais quand aurons-nous du matériel adapté (EPI) garantissant la protection des préleveurs ? Quel équipement est préconisé ? Qui fait le prélèvement ? Où ? ».

Il détaille encore que « Les préleveurs doivent être équipés de masques FFP2, à défaut, de masques chirurgicaux, cagoules, lunettes de protection et surblouse ».

Le Dr Jean-Paul Hamon contaminé

Au-delà de certaines lacunes, l’arrivée d’un nouveau stock de masques dans les officines et l’édiction de ces directives permettront-elles d’apaiser (au moins temporairement) les inquiétudes des professionnels de santé. D’autant que les contaminations se multiplient dans leurs rangs et que les masques chirurgicaux qui constituent encore la majorité des EPI disponibles seront insuffisants à assurer leur protection. De façon emblématique, le docteur Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF) a révélé hier avoir été testé positif, ainsi que la moitié des praticiens de son cabinet. Interrogé par de nombreuses chaines de télévision, le praticien a jugé que sa situation était représentative des conséquences désastreuses de la pénurie de masques à laquelle les professionnels de santé ont été confrontés en raison de l’impréparation des pouvoirs publics. Partout, les contaminations de soignants inquiètent ; tandis que dans le Grand-Est région la plus fortement touchée aujourd’hui, certaines équipes hospitalières, afin d’assurer la continuité des soins, demandent aux praticiens peu symptomatiques de poursuivre leur activité. Un phénomène particulièrement inquiétant.

Des spécialistes prêts à soutenir les généralistes

Face à cette situation, beaucoup estiment qu’une véritable analyse de la gestion de la crise sera indispensable quand l’épidémie sera endiguée. Telle est ainsi la teneur du message adressé hier à tous les médecins par le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM).

« Après ce combat qui va durer, lorsque la victoire aura été obtenue, viendra le temps des rendez-vous politiques, car des explications devront nous être données » écrit l’instance. Avant cette phase indispensable, l’Ordre se félicite de la mobilisation de l’ensemble des médecins et tonne : « Nos cabinets, nos cliniques, nos dispensaires, nos hôpitaux vont rester ouverts ». Dans les faits, il existe un contraste entre certains services hospitaliers engorgés ; des cabinets de médecine générale qui répondent à un afflux important de patients (notamment par téléconsultation dont la prise en charge est désormais à 100 %) et des praticiens, notamment spécialistes, qui enregistrent une baisse notable de leur activité. Constatant cette situation parfaitement logique, la branche spécialiste de la Confédération des syndicats de médecins français (CSMF) a d’ailleurs affirmé que ces praticiens se tenaient à la disposition des généralistes pour les soutenir. Une solidarité bienvenue et indispensable.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article