Mortalité liée aux opioïdes licites ou non : où en est-on en France ?

Paris, le lundi 22 juillet 2019 – Dans le contexte de la crise américaine des opioïdes « il apparaît plus que jamais nécessaire d’évaluer le nombre de décès » causé par la drogue en France.
Mais cette mesure des décès directement liés à la drogue (DDLD) *  apparaît fastidieuse et complexe. 
Une estimation est néanmoins possible grâce aux données de différents registres**. 

Au moins 537 décès très majoritairement dus aux opioïdes

Au total, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) estime que, au minimum, 537 personnes en 2017 sont mortes directement d’une prise de drogue et conclut « à une nette tendance à l’augmentation des DDLD entre 2000 et 2015 ».

Ainsi, selon la même méthode de recensement, en 2015, on dénombrait 373 DDLD. Ce nombre a connu un pic au milieu des années 1990 (451 décès en 1994), puis a diminué rapidement avec la diffusion des traitements de substitution aux opioïdes, qui a fait baisser la consommation d’héroïne. Au cours des années 2000, les décès ont de nouveau fortement augmenté, pour ensuite évoluer « de façon très heurtée » depuis le début des années 2010.

Les opioïdes (délivrés sur prescription ou acquis illicitement) sont très majoritairement impliquées dans les décès (78  % en 2017), la méthadone et l’héroïne étant les plus représentées (respectivement 37  % et 25  %), bien davantage que les autres médicaments opiacés (13  %) et que la buprénorphine (8  %). En dehors des opioïdes, d’autres substances sont aussi en cause : la cocaïne, dans 26 % des décès, le cannabis dans 6 % des cas, les amphétamines (6 %) également et les nouveaux produits de synthèse (NPS) dans 3 % des morts colligées***.

Le pourquoi d’une augmentation

L’augmentation constatée s’expliquerait, tout d’abord, par une « meilleure » disponibilité et une pureté accrue de l’héroïne.

En parallèle, on observe une augmentation des décès parmi des personnes âgées et en fin de vie prenant des opioïdes utilisés en soins palliatifs.

Il existe un troisième profil de personnes plus jeunes, utilisant des opioïdes pour lutter contre des douleurs aiguës ou chroniques, en dehors d’un contexte de fin de vie ou de douleurs cancéreuses. C’est cette catégorie de consommateurs qui est à l’origine de la crise des opioïdes aux États-Unis. Le dispositif actuel d’observation repère en France un peu plus d’une centaine de décès pour ce type d’usage en 2017. « Mais plus encore peut-être que pour les autres catégories, ce nombre est très certainement sous-estimé » notent les auteurs.

Des chiffres très probablement sous-estimés

En effet, plusieurs éléments laissent supposer une sous-estimation de ces DDLD, en particulier le faible recours aux autopsies et aux analyses toxicologiques normalement prévues pour ce type de décès.
Aussi, « à partir du croisement des sources de données selon la méthode de capture-recapture , on évoquait une « sous-estimation d’au moins 30 % de leur nombre au début des années 2000 » souligne l’OFDT.

Des chiffres qui demeurent, en tout état de cause bien inférieurs à ceux observés aux États-Unis, où l’on estime à 70 000 le nombre de DDLD en 2017, un chiffre multiplié par quatre en vingt ans. 

Pour en savoir plus : https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eftxabz7.pdf

  

*Défini comme un décès provoqué par l’intoxication à une substance psychoactive, prescrite ou non, peu de temps après sa consommation.
** Celui du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc), celui du dispositif Décès en relation avec l’abus de médicaments et de substances (DRAMES) et celui de l’enquête annuelle sur les Décès toxiques par antalgiques (DTA).
*** Plusieurs substances pouvant être impliquées dans un même décès, la somme des pourcentages est supérieure à 100 %.

Frédéric Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • DDLD

    Le 24 juillet 2019

    Pourquoi tout mélanger : fin de vie, cancérologie, héroïne ....? Dans la pratique de ville qui est la mienne combien de services sur le confort, la diminution des journées d'hospitalisation...sont rendus par ces produits.

    Ce qui serait intéressant serait de connaitre le pourcentage de patients traités qui deviennent absolument dépendants .

    Dr Large Auch

Réagir à cet article