Reste à charge : les coûts invisibles

Paris, le mardi 26 novembre 2019 - Les dépenses de santé laissées à la charge des Français comptent parmi les moins élevées du monde. Notre système de sécurité sociale associé à celui des mutuelles (qui représentent un coût non négligeable pour les assurés même si désormais les salariés bénéficient obligatoirement d’une couverture complémentaire) restreignent le « reste à charge » moyen à 214 euros par Français et par an. Ce montant connaît ces dernières années une évolution à la baisse.

Un équilibre financier ébranlé par des frais élevés

Parallèlement à ce panorama global, il est connu que certains secteurs de soins sont associés à des restes à charge bien plus élevés, tels les soins dentaires et d’optique et l’acquisition d’audioprothèse. C’est pour répondre à cette particularité que le gouvernement a mis en place des dispositifs spécifiques, notamment des paniers de soins, qui ont contribué à la mise en place d’une offre garantie sans reste à charge (ou avec un reste à charge limité). Mais au-delà de ces dépenses particulières, les patients atteints de maladies chroniques ou de handicaps sont exposés à de nombreuses dépenses qui ne sont pas toujours comptabilisées dans les frais de santé mais qui sont néanmoins inextricablement liés à leur situation sanitaire. Il s’agit des coûts de transport pour se rendre à certaines consultations, de différents dispositifs médicaux non-inscrits dans les classifications communes et donc exclus de toute prise en charge ou encore de produits qualifiés de confort, mais qui revêtent néanmoins pour de nombreux malades un aspect indispensable. Ces différents frais ont été regroupés par l’association de patients France Assos Santé sous le terme de « restes à charge invisibles ». Cela inclut, les frais de transports, d’hébergement pour des soins éloignés de son habitation, d’emploi d’une aide à domicile, les séances de psychologue, diététicienne ou ergothérapeute ou encore le surcoût lié à l’alimentation ou aux produits d’hygiène spécifiques. L’association a conduit une enquête en ligne pour mieux évaluer ces restes à charge invisibles, enquête adressée en priorité à des personnes handicapées et/ou atteintes de pathologies chroniques. Quelques 351 sujets ont répondu.

Leur témoignage ne saurait bien sûr constituer une étude objective, mais il permet néanmoins de « montrer à quel point le montant réel des restes à charge en santé reste sous-évalué » insiste France Assos Santé. En effet, « le montant moyen déclaré par les répondants pour ces RAC dits invisibles » s’élève à 1 000 euros en moyenne par an et par personne et pour 22 % d’entre elles plus de 1 500 euros, des résultats dont l’association rappelle qu’ils ne sont pas « représentatifs ». Cependant, pour les personnes ayant participé à l’étude, ces coûts ont des conséquences directes : plus de 70 % indiquent ainsi avoir renoncé à des dépenses de santé à cause de ces frais et plus de la moitié assurent être en difficulté financière à cause des frais qu’ils doivent assumer. D’ailleurs, un quart d’entre eux ont eu recours à des ressources extérieures (crédit ou sollicitation de proches).

Une prise de conscience nécessaire

Face à ces constatations, France Assos Santé souhaite que le gouvernement soit davantage sensibilisé à ces spécificités afin que soient éventuellement mis en place des dispositifs spécifiques pour la prise en charge de certains frais (telles les consultations de professionnels non médicaux par exemple). Cependant, les pouvoirs publics ne sont pas totalement inconscients de ce phénomène et proposent régulièrement des réflexions pour réduire certains frais, comme en témoigne par exemple le récent remboursement des perruques pour les patients victimes d’effets secondaires de chimiothérapie.

Aurélie Haroche

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