Exclusif : les professionnels de santé très favorables à une gouvernance médicale des hôpitaux

Paris, le mercredi 18 mai 2022 – 94 % de nos lecteurs souhaitent que la direction des hôpitaux soit confiée à des médecins (seuls ou associés à un administrateur).

Parmi les nombreuses questions qui se posent à l’hôpital public français, celle de la gouvernance hospitalière est l’une des plus épineuses et complexes à résoudre et peut-être aussi l’une des plus importantes. La France a fait depuis plusieurs années le choix quasiment unique en Europe (avec le Portugal) de confier la direction des établissements hospitaliers à des administrateurs, créant ainsi un corps autonome de hauts fonctionnaires de directeur d’hôpitaux.

65 % des soignants pour le modèle espagnol

Régulièrement, des praticiens hospitaliers prennent la parole pour dénoncer ce système qu’ils jugent inefficace, un établissement de santé ne pouvant pas selon eux être dirigé par une personne sans aucune connaissance médicale. Ils demandent donc soit la mise en place d’une codirection entre administrateurs et soignants comme au Danemark ou en Espagne, soit de confier totalement les manettes aux médecins comme en Allemagne.

A l’inverse, les défenseurs du système actuel estiment que la direction d’un hôpital est une tache essentiellement administrative et que les professionnels de santé doivent pouvoir s’en décharger et se concentrer sur leurs missions de soignants.


 


Sondage réalisé par JIM du 5 au 17 mai

 

Pour connaitre véritablement l’avis des professionnels de santé sur cette question technique, le JIM a interrogé ses lecteurs. Et la réponse fut unanime : 94 % des professionnels de santé interrogés se disent favorables à ce que la direction des hôpitaux soit confiée à des médecins. Dans le détail, ils sont 29 % à défendre un modèle allemand, où la gouvernance des établissements de santé serait toute entière dévolue à des médecins, alors qu’une majorité (65 %) préfèrent un modèle mixte, à l’espagnole, où l’hôpital serait dirigé par un binôme médecin-administrateur.

Seul 6 % sont favorables au maintien du système actuel où les directeurs d’hôpitaux sont de purs administrateurs.

Médecins et infirmiers sur la même longueur d’onde

Tous les soignants, quelque soit leur profession sont très majoritairement favorable à ce que les médecins prennent plus de place dans la gouvernance des hôpitaux. Sans surprise, les médecins sont y sont très nettement favorables : 95 % veulent confier la direction des établissements de santé à des médecins, dont 65 % épaulés par un administrateur et 30 % seuls.

Proportion similaire chez les pharmaciens : ils sont 91 % à vouloir voir un médecin à la tête des hôpitaux (21 % seuls et 70 % en binôme). La volonté de réformer le système pour donner plus de poids aux médecins dans la gouvernance hospitalière est presque aussi forte chez les infirmiers : 82 % d’entre eux veulent des médecins à la direction (29 % seuls et 53 % en binôme).

Pas de divergence non plus entre les différentes spécialités médicales.

Au cours de sa campagne de réélection, Emmanuel Macron avait annoncé vouloir « simplifier la gouvernance » des hôpitaux et trouver « des solutions bâties au niveau des acteurs locaux » sans plus de précision. Sans doute le futur ministre de la Santé, dont le nom devrait être connu dans les jours (ou heures) à venir, se verra-t-il confier une réforme de la gouvernance hospitalière.

Quentin Haroche

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Vos réactions (13)

  • No kidding

    Le 18 mai 2022

    La pléthore de personnel administratif est une gabegie salariale ET une perte de temps. Souvent incompétents (pas toujours, mais souvent), l'hôpital serait bien plus performant sans eux. Est ce une nouvelle nouvelle ?

    Dr Isabelle Herry

  • L'exemple de l'armée

    Le 18 mai 2022

    La gouvernance médicale des hôpitaux existe déjà dans le Service de santé des armées (SSA). Les Hôpitaux d'Instructions des armées (équivalent des CHU) sont tous dirigés par un Médecin du SSA, un médecin général. Il a sous ses ordres un Directeur des affaires administratives et financières... et cela marche très bien.

    Pr Dominique Baudon, Professeur du Val-De-Grâce

  • Gouvernance: place des infirmiers

    Le 18 mai 2022

    Redonner du pouvoir aux soignants : OUI !
    Je regrette toutefois qu'on ne parle que des médecins.
    Un(e) infirmier(e) serait t'elle moins capable ? C'est une question de personne. Il faut juste choisir judicieusement ces dernières et un doctorat n'immunise pas contre les défauts de l'Homme.
    Il s'agit de rétablir un équilibre entre gestion financière et gestion soignante pour que les établissements de soins retrouvent leur rôle, à savoir soigner des patients (qualitativement), ce qui n'est plus le cas depuis quelques années.

    Eric Papon (IADE)

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