Les médecins doivent-ils toujours mentionner leurs liens d’intérêts avant de s’exprimer dans les médias ?

Paris, le mercredi 3 août 2022 - L’Association d’Entraide aux Malades de Myofasciite à Macrophages (E3M) qui se présente comme un organisme qui ne s’oppose pas « au principe même de la vaccination, mais se mobilise pour l’utilisation de vaccins sans aluminium » avait porté plainte auprès de l’Ordre des médecins en octobre 2017 contre deux praticiens à qui il reprochait de ne pas faire état de leurs liens d’intérêt lorsqu’ils s’expriment sur les vaccins.

L’Ordre a fini par donner raison à cette association, en condamnant les célèbres professeurs Bruno Lina (Virologie, CHU de Lyon) et Robert Cohen (Pédiatrie, CHI de Créteil) à la plus faible sanction disciplinaire possible : l’avertissement.
L’association reprochait à Bruno Lina une intervention dans l’émission C dans l’air sur France 5 en janvier 2017, dans laquelle le médecin et chercheur avait défendu l’innocuité du Gardasil, sans faire part de son appartenance au GEIG, le Groupe d’Expertise et d’Information sur la Grippe qui est pour une part financée par l’industrie. 

Bruno Lina avait pourtant affirmé en audience d’appel « ne percevoir personnellement aucune somme des sponsors du GIEG » et estimé « qu’il n’avait fait que relayer la position de la communauté médicale sur les vaccins en cause ».

De l’obligation « de mentionner ces liens au début de son intervention »

Or la chambre nationale disciplinaire a jugé qu’il revenait au Pr Bruno Lina « de mentionner ces liens au début de son intervention » pour respecter l’article L.4113-13 du Code de la santé publique, qui dispose que « les membres des professions médicales qui ont des liens avec des entreprises et des établissements produisant ou exploitant des produits de santé (…) sont tenus de faire connaître ces liens au public lorsqu’ils s’expriment sur lesdits produits (…) dans la presse écrite ou audiovisuelle ».

En revanche, E3M n’a pas été entendu sur un point, fondamental pour cette association, qui milite en faveur de la reconnaissance d’un tableau clinique en lien avec la  Myofasciite à Macrophages. En effet, E3M reprochait également au Pr Lina d’avoir affirmé et rappelé que les controverses autour de l’aluminium dans les vaccins étaient « un problème franco-français » et qu’il n’y avait « aucun signe disant qu’il y avait un problème ».

Selon E3M, ces déclarations contrevenaient à l’article R. 4127-13 du Code de la santé publique qui impose au médecin de ne « faire état que de données confirmées ». Or, sur cette question, l’Ordre a souligné « la myofasciite à macrophage, consécutive à l’injection de vaccins contenant des sels d’aluminium, a été essentiellement décrite en France, et aucune relation n’est scientifiquement démontrée entre celle-ci et des signes cliniques observables ».

Concernant le Pr Cohen, ce sont des interviews accordées à  France Info et RTL en 2017 qui étaient en cause.

Le Pr Robert Cohen avait lui aussi souligné que les dangers de l’aluminium n’étaient pas avérés. Or, E3M lui reprochait de ne pas avoir cité ses liens d’intérêts avec Sanofi et GSK.

La chambre disciplinaire a donc ici aussi constaté qu’« en prenant position sur l’innocuité de ces adjuvants, le Dr Cohen doit être regardé comme s’étant exprimé sur des produits de santé exploités par des entreprises avec lesquelles il avait des liens » et que « ces liens auraient dû être portés à la connaissance du public ».

Si les sanctions sont très faibles, elles pourraient néanmoins faire date et inciter tout médecin prenant la parole à décliner ses liens d’intérêts avant de s’exprimer sur un sujet en rapport avec ces derniers…

Emmanuel Haussy

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Vos réactions (5)

  • Sont-ils tombés sur la tête ?

    Le 03 août 2022

    Si j'ai bien compris, je résume:
    L'association E3M porte plainte en 2017 contre le P.Bruno Lina pour n'avoir pas cité ses liens, en 2017, avec le GIEG : Groupe d'Expertise et d'Information sur la GRIPPE (je souligne) lors d'une interview à propos du Gardasil: vaccin contre les HPV à l'origine des cancers du col de l'utérus.
    Et l'Ordre donne raison à l'association au prétexte que : « les membres des professions médicales qui ont des liens avec des entreprises et des établissements produisant ou exploitant des produits de santé (…) sont tenus de faire connaître ces liens au public lorsqu’ils s’expriment sur LESDITS (je souligne) produits (…) dans la presse écrite ou audiovisuelle ».
    Donc quand le Prof. Lina s'exprime sur le Gardasil, il doit auparavant signaler son appartenance au GIEG qui ne s'occupe apparemment que de grippe.
    Franchement ou bien l'article est incomplet (sur les attendus du Conseil de l'Ordre) ou bien nous sommes dans un monde de fous.

    Dr Thibault Heimburger

  • La seule responsabilité des medias

    Le 04 août 2022

    Quand un expert est sollicité par un média, ce devrait être exclusivement au media de justifier le choix de cet expert et d'assumer la responsabilité de l'information qui accompagne la diffusion de son avis.

    Dr Pierre Rimbaud

  • « Dura lex sed lex »

    Le 04 août 2022

    Je trouve tout à fait légitime que la population soit informée des biais susceptibles d'orienter nos champs professionnels, à partir du moment où nous nous exprimons publiquement.
    Quand on choisi de lire tel journal, on connait très bien de quel bord politique il s'inspire ; je ne vois pas pourquoi il devrait en être différemment pour nos influences professionnelles.
    Mais je sais très bien que je ne fais pas l'unanimité...

    Dr Anne-Corinne Belrose

  • Comment fabriquer un vaccin...

    Le 05 août 2022

    ... ou tout autre médicament d'ailleurs, sans s'appuyer sur l'expérience professionnelle des meilleurs spécialistes ? Dont la plupart, comme l'a dit le Pr Cohen, ne gagne directement aucune gratification ? Pour moi c'est plutot un gage de sérieux de la part des labos.

    Ce genre de condamnation abouti obligatoirement à séparer encore plus l'activité pharmaceutique de recherche et l'activité clinique, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose.

    Elle aboutit également à alimenter le phantasme public que les cliniciens sont "à la solde des labos", comme si on pouvait "acheter" un médecin en lui donnant un stylo et un bloc de post it. C'est ridicule, et ça l'est encore plus quand on parle de vaccins qui est probablement la classe de médicament qui a le plus prouvé son utilité, son efficacité et son innocuité par nombre de doses injectées.

    Franchement, le public ferait mieux de s’intéresser à ce qu'il a dans son assiette, les pesticides et les perturbateurs endocriniens sont bien plus dangereux que l'adjuvant vaccinal.

    Dr E Orvain

  • Communautés d'intérêts

    Le 07 août 2022

    Merci aux Drs Orvain et Heimburger

    L’intitulé consacré « conflit(s) d’intérêts » mériterait d’être complété positivement par celui de COMMUNAUTES d’INTERETS : l’expertise d’un cardiologue sur des couches parait inutile pour tous, même à l’heure de l’expertologie tous azimuts. Qui ira nuancer les propos du Pr Cohen … uniquement parce qu’il est infectiologue pédiatre ?

    L’apport des associations de patients est indiscutable : Ceci n’a échappé à aucun centre référent. Le champ de maladies rares peut être paradoxalement marqué par la multiplication des associations et « sensibilités ».
    Il est moins politiquement correct de rappeler qu’elles peuvent aussi être toxiques et soupçonneuses par essence, au travers d’un populisme scientifique et d’un activisme forcené aux relents idéologiques et politiques. La frustration et le ressenti sont alors souvent des dénominateurs communs.

    Une illustration : les mouvances très actives LGBT devenues LGVT+I (I : « Intersex ») qui ont influencées le législateur en parasitant la loi de Bioéthique. Conflit(s) ou communauté d’intérêt la aussi ?
    Qui parlera d’association de malades pour les LGBT ?
    Qui mettra les LGBT sur le même plan que les « Intersex » devenu(e)s « Anomalies » et enfin Variations du Développement Génital (VDG). Cet intitulé non stigmatisant, non binaire, non genré et fort inclusif semble fixé par la Loi : il ne reste plus qu’à définir ce à quoi il renvoie, le Fond après la Forme , une paille.

    Le Dr Orvain nous rappelle à juste titre la pénombre entourant les méfaits anté et postnataux (documentés de longue date), transgénérationnels, des « perturbateurs endocriniens » sur le développement … génital , pubertaire , reproductif mais aussi le neurodéveloppement. «Conflit(s) d’intérêts » à nouveau.
    L’impact en termes de santé publique semble très supérieur à celui de l’aluminium vaccinal.

    Dr JP Bonnet

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