Réponse policière aux manifestations des gilets jaunes : GLI-F4 et LBD 40 sur la sellette

Paris, le lundi 14 janvier 2019  - En marge de la mobilisation des « gilets jaunes », deux engins non létaux, utilisés pour le maintien de l’ordre, sont dans le collimateur de nombreux observateurs. 

Il s’agit tout d’abord des GLI-F4 ou grenades assourdissantes.  Contenants une charge explosive constituée de 25 grammes de TNT associée à du gaz lacrymogène, ces engins de dispersion ont un triple effet : irritant en raison du gaz lacrymogène, sonore, avec une explosion de 165 décibels en raison de la charge de TNT et un effet de souffle.

Autre arme sur la sellette : le LBD 40 (Lanceur de balle de défense de 40 mm), communément appelé Flashball, mais qui en est en fait une évolution de ce dernier et qui l’a remplacé en 2016. Proches de leurs célèbres prédécesseurs, les LBD 40 auraient une meilleure précision ce qui leur permet d’atteindre davantage leurs cibles…

S’il est difficile d’établir une comptabilité exhaustive, le quotidien Libération estime à 82 le nombre de personnes ayant été gravement blessées par ces deux armes avec pour conséquences : « des membres arrachés, des organes ayant perdu leur fonction principale, des fractures, des pieds et des jambes incrustés de bouts de grenades, des brûlures graves, mais aussi des plaies ouvertes au niveau de la tête ».

GLI-F4 sur la sellette…même au gouvernement !

Aussi, las de « comptabiliser les blessés », un collectif d’avocats réclame la fin de l’utilisation des GLI-F4, arme que la France est d’ailleurs la seule à utiliser en Europe dans le cadre du maintien de l’ordre. « Dans une démocratie, la violence légale doit rester légitime, or la ligne de démarcation a été franchie. Il y a eu un usage indiscutablement disproportionné de la force », tonne ainsi l’avocat William Bourdon.

Premier acte de la riposte, ce collectif a envoyé au Premier ministre un courrier réclamant l’abrogation immédiate du décret autorisant l’usage des GLI-F4 et le menace, en cas de refus, d’introduire des recours devant les juridictions administratives. Concomitamment, plusieurs plaintes pénales ont été déposées par des blessés.

« Chaque policier, chaque gendarme de ce pays, doit désormais savoir qu’il peut être tenu pour responsable des blessures infligées s’il utilise des GLI-F4 » prévient ainsi William Bourdon.

En outre, de nombreux commentateurs estiment que le recours massif aux GLI-F4…est tout simplement inutile, et soulignent que l’Italie et l’Allemagne, par exemple, obtiennent des résultats équivalents, voire meilleurs, sans les utiliser.

Rappelons que ces nouvelles grenades sont venues remplacer les grenades offensives OF-F1 qui ont été interdites à la suite du décès de Rémi Fraisse. Cependant, pour la Ligue des droits de l’homme, ces nouvelles grenades de désencerclement ne sont pas plus sûres et elle met en garde contre le risque de survenue d’un mort dans les prochaines semaines.

On notera enfin que le gouvernement lui-même semble réservé sur l’utilisation des GLI-F4,  puisqu’en mai dernier, il décidait « pour des raisons techniques et d'effet à obtenir, de les remplacer progressivement » par des GM2L, qui ne contiennent aucun explosif.

LBD 40 : dangereux ou indispensable…peut-être les deux !

Concernant le LBD 40, le 7 décembre, près de 200 personnalités, dont plusieurs députés d’opposition, ont appelé le gouvernement à cesser « immédiatement » l’utilisation de ces lanceurs de balles de défense dans les cortèges, en s’appuyant sur un rapport du Défenseur des droits qui proposait l'interdiction de leur usage. Jacques Toubon soulignait alors que ses « caractéristiques (…) rendent son usage dangereux et problématique dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre » puisque les LBD 40 sont « susceptible de blesser grièvement un manifestant, d’engager la responsabilité du tireur, et d’entraîner des réactions imprévisibles de la part des manifestants témoins d’une blessure grave occasionnée par des policiers à un manifestant, que le tir soit conforme ou non aux règles d’emploi ».

Mais, fin 2018, un an après ce rapport, le ministère de l'Intérieur a commandé plus de 1 200 nouveaux lanceurs…

Cette décision a sans doute été inspirée par les recommandations des policiers. Ainsi, auprès des journalistes de BFM TV, Thomas Toussaint du syndicat UNSA police expliquait récemment : « si on nous retire les grenades, les lanceurs de 40, si on nous retire la possibilité tout simplement de nous défendre, je ne vois pas comment on va pouvoir défendre notre intégrité et un terrain »…

Frédéric Haroche

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Vos réactions (5)

  • Disproportionnée ? C'est un euphémisme !

    Le 16 janvier 2019

    Parce qu'en plus, au delà de leur retirer ce qu'ils estiment de façon individuelle, "les armes par destination" pour ne pas être agressés à leur tour, ils confisquent aux manifestants tout moyen de protection : un masque en papier, un casque pour se protéger des coups de matraque à la tête, jusqu'à confisquer le sérum physiologique. Hou, dangereux le sérum phy !

    Autant le dire : pour pouvoir manifester, il ne faut ni présenter de maladie chronique touchant des organes comme le coeur, le poumon... voir autre ; et surtout pouvoir, savoir bien courir. Enfin, la jeunesse aide bien à se remettre des hématomes infligés. Ceci pour les petits bobos.

    Dire aussi que le spectacle d'un manifestant blessé provoque logiquement une réaction défensive voire à une charge liée à la panique des manifestants qui sont autour, c'est aussi une litote. Qui a envie de se faire taper dessus sans raison, qui ? Mauvais joueurs va !

    Je n'entrerais pas dans le débat perdu d'avance de qui a commencé et de la légitimité des uns et des autres à agresser. Mais qu'on m'explique pourquoi agresser des manifestants qui sont à genoux les mains sur la tête est normal pour les forces de police ? Cette position était une insulte à agents dans l'exercice de ses fonctions ? A moins que ce ne soit les fausses notes dans la Marseillaise qu'ils chantaient... ça arrache les oreilles pour sûr !

    Vive la démocratie et le droit de manifester ! On va rester soft... en colère devant ce spectacle déplorable qui fait penser plus à... , mais restons soft. La peur des représailles pour raison d'Etat sans doute...

    C. D.

  • Il y a un blëme

    Le 16 janvier 2019

    Totalement d'accord avec votre réponse... on ne comprend pas en quoi tirer dans la foule est un moyen de se défendre ?
    J'admire nos forces de Police mais là il y a un blême dans ce qui a été vu...
    La légitime défense c'est une chose... le reste c'est de l'abus de pouvoir !

    C.Duval (IDE)

  • Usage de la force contre usage de la violence

    Le 20 janvier 2019

    Ces armes défensives utilisées de manière offensive dans des situations ne le justifiant pas montrent que le pouvoir veut faire peur et est aux aguets devant ces manifestations de violences. Paradoxalement ceux qui en ont été victimes n'étaient pas principalement les casseurs mais des gens manifestants la plupart du temps pacifiquement. Les forces de l'ordre sont censés faire usage de la force et non de la violence. Beaucoup d'images montrent des policiers tirer à vue sur des gens prenant la fuite ou manifestant sans violences.

    Le discours du ministre de l'intérieur est totalement de mauvaise foi car il renvoie face à face les forces de police et les manifestants qui d'ailleurs depuis se sont organisés. Enfin et surtout la stratégie policière a été totalement inefficace pour isoler les manifestants violents du reste de la manifestation, stratégie dont on peut se demander si elle n'avait pas pas pour objet de retourner l'opinion contre les gilets jaunes.

    Dr Pierre-André Coulon

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