Serpent de mer : faut-il obliger les jeunes médecins à s’installer dans les déserts médicaux ?

Paris, le lundi 22 novembre 2021 – Des députés ont déposé une proposition de loi visant à obliger les médecins fraichement diplômés à exercer dans des zones sous dotées pendant trois ans.

Une proposition radicale, c’est le moins que l’on puisse dire. Alors qu’un récent rapport du Sénat estime que 6 à 8 millions de Français vivent dans des zones sous-dotées en professionnels de santé, aussi appelés « déserts médicaux », 54 députés de tous bords ont déposé ce vendredi une proposition de loi visant à obliger les jeunes médecins à s’installer pendant au moins trois ans à compter de l’obtention de leur diplôme dans l’une de ces zones. La proposition vise également à créer un stage obligatoire d’un an en zone sous-dotée pour les étudiants, à ne permettre l’installation en zone sur-dotée qu’en cas de départ préalable d’un praticien et à imposer un préavis d’un an quand un médecin souhaite quitter une zone sous-dotée.

Pour le député Thierry Benoit, la contrainte est la seule solution

Bref, les parlementaires partisans de cette réforme souhaitent ni plus ni moins supprimer la liberté d’installation. Mais pour Thierry Benoit, député UDI et signataire de la proposition de loi, la situation le justifie. Alors que plus de la moitié des généralistes en activité ont plus de 65 ans, la désertification médicale va inéluctablement s’aggraver ces prochaines années. Le député en sait quelque chose : dans quelques mois, les deux seuls médecins de sa circonscription d’Ille-et-Vilaine vont prendre leur retraite, laissant des milliers de personnes sans praticien.

« Depuis 15 ans, tous les ministres de la Santé ont proposé des mesures incitatives pour faire venir des médecins dans des déserts médicaux : défiscalisation, prime à l’installation, maisons de santé pluridisciplinaire etc. Tout a été fait, mais ça ne suffit pas » explique Thierry Benoit à nos confrères de Ouest France. « Il faut un changement radical, les médecins iront travailler là où il y a des besoins ». A ce qui s’émeuvent de cette organisation autoritaire, le député rétorque que les études de médecine sont financées par l’argent public (oubliant qu’il en est de même des autres études universitaires), tout comme les dépenses de santé via la Sécurité Sociale. « La médecine est libérale mais elle doit être régulée ».

Les syndicats de médecins vent debout

Sans grande surprise, les syndicats de médecins libéraux sont vent debout contre cette proposition de loi. Ce dimanche, le syndicat MG France a dénoncé dans un communiqué des solutions « délétères », estimant que « contraindre l’installation dans les seules zones sous-dotées aura pour principal effet de détourner les jeunes médecins de l’exercice libéral de la médecine générale ». Même son de cloche du coté de la Fédération des médecins de France, qui dénonce un « acharnement sur nos jeunes confrères ».

Pour les représentants des médecins libéraux, la solution serait plutôt de mieux épauler les professionnels de santé, afin de leur permettre de prendre en charge plus de patients. Prenant l’exemple de l’Allemagne ou des Pays-Bas, ils demandent que l’État aide les médecins à engager des assistants ou des secrétaires médicaux pour « gagner du temps médical et élargir leur patientèle ». Le président du syndicat MG France, le docteur Jacques Battistoni, va moins loin dans la réprobation, puisqu’il est désormais favorable à la mise en place pour les internes en médecine générale d’une « année professionnalisante en exercice libéral dans les zones médicalement sous dotées ».

La proposition de loi sur l’installation des médecins a peu de chance d’être examiné au Parlement d’ici la fin de la législature. Mais à travers elle, les députés souhaitent surtout faire de la désertification médicale un enjeu majeur de la prochaine campagne présidentielle.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (9)

  • Comme c'est triste !

    Le 22 novembre 2021

    Il est bien triste de constater que l'éthique médicale n'existe plus, laminée par la recherche de son confort et de son intérêt.
    Ces pauvres jeunes ne se rendent pas compte qu'il passent à coté du bonheur de se rendre utile là où la population a besoin d'eux.
    De plus, comme je l'ai expérimenté dès que j'ai été nommé interne, le travail en campagne est beaucoup plus intéressant qu'en ville, tant sur le plan technique que sur le plan relationnel.
    Quo non descendat !

    Dr Bernard Maroy

  • Contre les déserts médicaux : un clinicat assistanat de 3 ans

    Le 22 novembre 2021

    Les déserts médicaux ne sont pas exclusivement des les zones rurales et dans les quartiers. Il sont aussi dans les Hôpitaux avec 30 % des postes vacants (40% dans les hôpitaux généraux), dans les hôpitaux psychiatriques, les CMP, les PMI, la médecins scolaire, médecine du travail, santé publique, médecine pénitentiaire…

    La solution c'est un Clinicat-Assistanat pour tous en Hôpital Public, en fin d'internat, obligatoire pour tous les futurs généralistes et les futurs spécialistes, d’une durée de 3 ans. L’activité serait partagée entre divers établissements à l’image des assistants partagés entre CHG et CHU: entres CHU et CHG pour les futurs spécialistes; entre CHG-CHU et PMI, CMP, santé publique, santé scolaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail… ; entre CHG et centres de santé et maisons de santé… Voir:
    "Vision Globale -Solution globale": https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj

    Dr Jean Scheffer (Ancien médecin chef au CH d'Albi)

  • Serpent de mer et clientélisme

    Le 22 novembre 2021

    Nos syndicats ont ils des arguments tous prêts pour répondre à ces propositions qui n'en finissent pas ?
    Il faut tordre le cou à ces injonctions stupides qui sont séduisantes en première analyse : "on" a payé des études gratuites à des médecins , "service essentiel", plein de médecins mais mal répartis , etc
    Je répond aussi sec à Monsieur- tout-le- monde au café du comptoir : "Ok , mais le boulanger aussi , et le bureau de poste , et la fibre optique sont essentiels, commençons par eux, c'est plus facile !" et bien sûr vous devrez y aller même si vous vous êtes organisé autrement depuis des années !"

    Si monsieur insiste je pousse plus loin : "votre médecin "obligé", ne pensez vous pas qu'il va travailler comme un fonctionnaire ? 35h00, pas de gardes, pas de déplacements, arrêts maladie, 10 RDV par jour maxi, des congés de formation , etc , et avec cette super motivation pensez vous vraiment qu'il va rester, mais aussi que vous, cher monsieur, serez content de lui ?"

    Si madame est avec monsieur j'en rajoute encore :" après 6 mois le couple va se rendre compte qu'il n'y a rien pour madame (pas de boulot, pas d'activités , plus de relations , pas d'école pour les grands) et que le jeune ménage va divorcer ..."

    Bref,chers confrères, préparez vos réponses à l'avance , il faut du tac au tac pour clouer le bec aux clientélistes , sinon on va vers la médecine étatisée à l'anglaise ou à la soviétique !
    Et vous chers syndicats , affutez vos réponses et vos arguments dès à présent : les élections approchent et les mauvaises idées bien démagogiques vont fleurir !
    Dr Chassaing

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