Vaccination : qui faut-il croire, le Véran du matin ou celui du soir ?

Paris, le vendredi 22 janvier 2021 – Interrogé sur les antennes de TF1 ce jeudi soir, le ministre de la santé Olivier Véran a promis une accélération de la campagne de vaccination, mais les projections qu’il a annoncées suscitent quelques interrogations.

Fini l’éloge de la lenteur et de la prudence. Désormais, Olivier Véran veut aller vite. Bien qu’il ne le reconnaitra sans doute jamais, le ministre de la Santé a totalement changé de perspectives sur la campagne de vaccination. Il s’agit maintenant selon lui de « massivement vacciner au mois de janvier ». Et force est de constater que le rythme des vaccinations s’est considérablement accéléré ces derniers jours. Ce sont désormais environ 130 000 Français par jour qui reçoivent une dose du vaccin. Un rythme qui est « le double de celui de nos voisins allemands » a précisé le ministre (bien qu’il ait recommandé de ne pas faire de comparaisons internationales prématurées). Avec 820 000 personnes vaccinées au total, soit 1,26 % de la population, la France reste tout de même l’une des lanternes rouges européennes.

A en croire le ministre, la campagne de vaccination actuelle est un succès total. Selon lui, dans 95 % des cas, les Français éligibles à la vaccination (soignants de plus de 50 ans et personnes de plus de 75 ans) ne rencontrent aucune difficulté à trouver un rendez-vous (ce que peu de nos lecteurs confirmeront). Quant aux quelques couacs constatés, le ministre rejette la faute sur une poignée de centres de vaccinations qui auraient réservé trop de rendez-vous par apport aux doses disponibles. Olivier Véran se félicite ainsi de l’ouverture de plus de 1 000 centres de vaccination à travers le pays (dispositif auquel il semblait au départ opposé).

Autre source de satisfaction : la réticence des Français vis-à-vis de la vaccination semble s’estomper, avec un taux d’adhésion de plus de 80 % chez les résidents d’Ehpad selon le ministre.

La France aura-t-elle assez de doses ?

Les objectifs affichés du ministre pour les prochaines semaines sont plus qu’ambitieux. Olivier Véran estime que 1,3 ou 1,4 millions de Français seront vaccinés d’ici fin janvier, soit plus que le million prévu. La France atteindra ensuite les 4 millions de vaccinés fin février puis les 9 millions fin mars, soit l’ensemble de la population de plus de 75 ans. Le cap des 40 millions sera atteint d’ici le début de l’été et l’ensemble de la population française aura été vacciné pour la fin août… A la condition toutefois que tous les vaccins que l’Union Européenne et la France ont commandés reçoivent le feu vert des autorités sanitaires.

Des objectifs qui suscitent des interrogations. Tout d’abord la question des doses disponibles. La France ne recevrait pour l’instant à l’heure actuelle que 500 000 doses par semaine du vaccin Pfizer. Insuffisant pour tenir le rythme des 700 000 vaccinations hebdomadaires affiché par le gouvernement. Sans vraiment répondre à la question, Olivier Véran a reconnu que le rythme des primo injections pourrait ralentir début février pour permettre l’administration des secondes doses et a promis de bientôt rendre public le nombre de doses disponibles.

Quand Véran contredit Véran

Autre interrogation, celle de la vaccination des enfants. Vacciner 70 millions de personnes d’ici fin août comme l’a promis le ministre ce jeudi soir implique de vacciner les mineurs. Problème : les vaccins Pfizer et Moderna n’ont pour l’instant pas encore été testés chez les enfants et n’ont reçu d’AMM que pour les personnes de plus de 18 ans. Une réalité scientifique qu’Olivier Véran a rappelée lui-même ce mardi sur les antennes de France Info.

Enfin, on ne peut que s’étonner d’entendre le ministre promettre que 43 millions de personnes soient vaccinées d’ici fin juin, alors qu’il annonçait ce jeudi matin devant une commission du Sénat, soit quelques heures avant son interview sur TF1, que le gouvernement ciblait « 15 millions de personnes vaccinées d’ici l’été ». Il faut dire qu’il ne s’agissait pas ici de défendre son action devant les Français, mais d’obtenir des parlementaires qu’ils prolongent l’état d’urgence. On louera ici la capacité des hommes politiques à adapter leur discours (ou la « vérité ») à leur auditoire et à leur objectif.

Quentin Haroche

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Vos réactions (5)

  • Ni l'un ni l'autre...

    Le 22 janvier 2021

    ...ni lui ni les autres !
    On entend sempiternellement parler de "personnes vaccinées" ("820 000"!), alors qu'il ne s'agit que de personnes ayant reçu UNE injection de vaccin !
    Autrement dit, puisque une seule dose ne protège (peut-être) qu'à moitié (et encore pendant une durée indéterminée) il serait plus vrai de dire que PERSONNE n'été encore vacciné en France (ou tout au plus quelques centaines de chanceux) !

    C'est bien joli d'utiliser les réserves disponibles pour injecter à tout va, histoire d'afficher des performances ineptes, mais faudra tout arrêter durant plusieurs semaines quand reviendront tous ces primo-vaccinés pour leur seconde dose !
    Bon courage.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Un discours de commerçant malhonnête

    Le 22 janvier 2021

    Je partage tout à fait l'avis du Dr Rimbaud : les autorités et en premier lieu notre ministre "transparent" présentent les personnes ayant reçu leur première dose comme "personnes vaccinées " , et donc protégées des formes graves.
    La transparence voudrait que le portail officiel chiffre précisément (ce qui ne devrait pas être difficile, vues les exigences administratives des ARS):
    -le nombre de doses administrées et bientôt la répartition de ce nombre entre les différents vaccins (BioNtech , Moderna , Astra Zeneca , etc)

    -le nombre de deuxio vaccinés : donc les gens VRAIMENT vaccinés (à mon avis 0,0001% de la population ...) et le délai moyen entre les 2 doses (minimum de BioNtech-Pfizer = 3 semaines)

    -le délai de vaccination : différence de jours entre l'enregistrement de la demande du patient et la DEUXIèME et dernière injection : on serait surpris ...

    Ces chiffres sont connus du ministère, il peut les fournir: les stocks de vaccins commandés et leur ventilation à la livraison sont des données intermédiaires qui ne m'intéressent pas, il n'y a que les journalistes buvant les paroles du ministre qui font semblant de s'en réjouir.
    Et j'ai beaucoup apprécié votre remarque sur le discours (et sa "vérité" contenue dedans) adapté au public visé, servi par notre ministre.

    J'ai une remarque technique : un patient COVID de mai 2020, qui avait des anticorps à taux très élevé, a maintenant un taux nul.
    Mon biologiste, 2 semaines après sa primo vaccination, a un taux nul !
    J'en conclue que l'immunité humorale naturelle est courte, et que celle d'une seule dose du vaccin peut être nulle au bout de 2 semaines , et donc que la relancer au plus vite (21 jours , plutôt que 42 , protocole de BioNtech) par une deuxième dose est le meilleur calcul, à la fois individuel et collectif . "Vacciner peu mais bien" est plus rentable que "vacciner massivement ...personne". !
    Dr F Chassaing, primo vacciné

  • Témoignage

    Le 22 janvier 2021

    80 ans, j'ai reçu ma 1ère dose et après la 2ème, si besoin j'aiderai.
    Je ne peux juger du fond de la stratégie.
    Je trouve très bien d'avoir ajouté au 2ème groupe les jeunes à risques. L'un de mes proches, scoliotique avec une insuffisance respiratoire++ va être vacciné vite.
    Bravo à ce choix récent.

    Dr Philippe Raux

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