Grandeurs et misères en temps de pandémie

La mutation d’un virus inconnu quelque part dans la faune de l’Empire du Milieu (ou dans un laboratoire de recherche) et l’apparition des premiers cas de Covid-19 il y a un an et demi ont ébranlé le monde de la médecine et l’humanité toute entière.

Cette pandémie d’une ampleur et d’une gravité uniques depuis la grippe espagnole (bien qu’ayant en fait tué moins de terriens que certaines pathologies infectieuses facilement prévenues ou curables) nous a confrontés à nos échecs tout en mettant en lumière nos triomphes.

Nos échecs, mille fois ressassés, sont bien sûr multiples, à l’échelon national et international : absence de plan préétabli de lutte contre une pandémie ; manques cruels de dispositifs de protection individuelle dans les premiers mois de l’épidémie ayant largement contribué à sa diffusion nationale et planétaire ; insuffisance des moyens de dépistage biologique du SARS-CoV-2 au premier semestre 2020 ; pusillanimité de la mise en œuvre des mesures de distanciation sociale et de protection territoriale ; inefficacité relative de nos stratégies de traçage et absence de politique d’isolement véritable ; errements initiaux de notre politique vaccinale et hésitation prolongée face à l’obligation vaccinale pour les soignants ; incapacité des organismes internationaux (OMS, UE…) à gérer la crise au plan mondial et à assurer une distribution juste des vaccins; faillite répétée de l’épidémiologie prédictive dont on attendait (à tort) qu’elle nous guide dans nos choix ; absence de thérapeutique antivirale efficace ; enfin communication brouillonne et parfois mensongère des autorités sanitaires et politiques sur les masques, les tests et les vaccins…

Au-delà de ces insuffisances, cette pandémie sera cependant marquée par le triomphe de la médecine. En quelques jours nous avons identifié l’agent responsable et mis au point et largement diffusé des méthodes de diagnostic fiables (tests PCR et antigéniques, séquençage) et nous nous sommes adaptés aux mutations du virus ; en quelques semaines notre système de soins (et nos soignants, en ville comme à l’hôpital) a su faire face à cette nouvelle maladie déconcertante et prendre en charge des flux de patients inconnus jusqu’ici en temps de paix ; en quelques mois, nous avons mis au point de nouvelles stratégies thérapeutiques pour les formes graves et réduit considérablement la mortalité de l’affection ; en quelques mois également la recherche publique et privée a développé plusieurs vaccins efficaces basés sur des technologies innovantes alors que tous les spécialistes estimaient que des années seraient nécessaires (si on y arrivait) ; en moins d’un an depuis les AMM des premiers vaccins nous allons pouvoir vacciner une majorité de nos populations (tout au moins dans les pays développés) et nous espérons aujourd’hui pouvoir contrôler si ce n’est vaincre cette pandémie…

Depuis l’origine, le JIM suit pour vous 7 jours sur 7 l’épidémie et ses conséquences scientifiques, médicales, sanitaires, socio-économiques et éthiques en alimentant ce dossier tentaculaire (plus de 1700 articles au 16 juin 2021 !).

Avec un seul souhait, que la fin de la pandémie rende ce travail de Sisyphe inutile…    


Dr Anastasia Roublev

Suivez l'épidémie en direct en cliquant ici

Articles médicaux

Articles Pro et Société