La vitamine D3 n’améliore pas les fonctions cognitives après la réanimation

La déficience cognitive à long terme (DCLT) chez les survivants de pathologies graves est un problème de santé publique croissant. Un patient d’un service de soins critiques sur quatre développe une DCLT dont la gravité équivaut à celle d’une forme légère de la maladie d'Alzheimer. Il en est de même pour l’apparition de déficiences des fonctions dites d’exécution, augmentation de l'invalidité, diminution de la qualité de vie et réduction des possibilités de reprise d’un emploi. À ce jour, aucune intervention pharmacologique ne s'est avérée capable de préserver la cognition et la fonction exécutive à long terme au décours d’une pathologie grave.

Où l’on reparle de la vitamine D

La vitamine D est une hormone pléiotrope qui atténue les réponses inflammatoires systémiques, en inhibant la libération de cytokines pro-inflammatoires périphériques (TNF-α, IL-6, IL-12), traverse la barrière hémato-encéphalique, diminue la production microgliale de cytokines pro-inflammatoires et inhibe l'inflammation du SNC. Les données d'observation suggèrent que la carence en vitamine D est associée à une détérioration de la cognition à long terme et à un risque accru de démence d'Alzheimer. Chez les personnes âgées vivant en institution, Annweiler et al. ont rapporté que la supplémentation en vitamine D améliorait les performances cognitives, y compris les fonctions d’exécution.

Chez les patients adultes souffrant d'une carence en vitamine D et porteurs d’une pathologie grave, l’injection d’une dose unique de 540 000 UI de vitamine D3 peu après l'admission à l'hôpital améliorerait-elle les fonctions cognitives et les fonctions d’exécution à long terme ? Question dont la réponse se trouve dans cette étude multicentrique, en aveugle et randomisée, comparant un traitement à la vitamine D3 à un placebo.

La cognition globale a été évaluée par la Repeatable Battery for the Assessment of Neuropsychological Status (RBANS). Les fonctions d’exécution ont été mesurées par un score composite dérivé de trois sous-échelles du système de fonction exécutive de Delis-Kaplan. Les résultats ont été examinés à une médiane (intervalle interquartile) de 443 (390, 482) jours après la randomisation et comparés à l'aide d'une régression proportionnelle multivariée. Des odds ratios (OR) ajustés supérieurs à 1,0 auraient été indicateurs de meilleurs résultats dans le groupe vitamine D3 par rapport au groupe placebo.

Une petite série de patients

Ont été admis les patients adultes présentant au moins un facteur de risque de syndrome de détresse respiratoire aiguë et de mortalité, et une carence en vitamine D définie par un taux sérique de 25-hydroxyvitamine D inférieur à 20 mg/dL. Ont été exclus ceux qui présentaient un taux de calcium sérique > 10,2 mg/dL ou un taux de calcium ionisé > 5,2 mg/dL ou qui avaient eu un calcul rénal au cours de l'année écoulée.

Aucun effet préventif

Quatre-vingt-quinze patients ont été recrutés, dont 47 patients randomisés pour recevoir de la vitamine D3 et 48 randomisés pour recevoir le placebo. Le score RBANS médian ajusté (intervalle de confiance à 95 % IC 95 %) lors du suivi était de 79,6 (73,0 - 84,0) dans le groupe vitamine D3 et de 82,1 (74,7 - 84,6) dans le groupe placebo (OR ajusté, 0,83 ; IC 95 %, 0,50 - 1,38). Le score composite médian ajusté (IC 95 %) pour les fonctions d’exécution était de 8,1 (6,8 - 9,0) et 8,7 (7,4 - 9,3), respectivement (OR ajusté, 0,72 ; IC95 %, 0,36 à 1,42). Force est de constater que les valeurs des odds ratios ajustés sont restées inférieurs à 1, ce qui signifie que l’apport d’une forte dose de vitamine D3 n'a pas amélioré la cognition globale à long terme ou les fonctions d’exécution chez les patients adultes gravement malades qui présentaient une carence en vitamine D et un risque élevé de mortalité. Il est donc peu probable que l'administration de fortes doses de vitamine D3 ait un rôle à jouer dans la prise en charge des patients gravement malades présentant une carence en vitamine D dans l’amélioration des fonctions cognitives et exécutives.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

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Vos réactions (1)

  • Préventif trop tardif

    Le 06 mai 2021

    Si ces individus n'avaient pas été carencés en vitamine D, auraient-ils été admis en réanimation? Avoir une population avec un taux suffisant, au moins 30ng/l, et mieux encore 50ng/l, a pour objectif d'éviter au maximum les formes graves de la maladie.

    JP Moreau, biologiste en retraite

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