Le dépistage de la restriction de croissance fœtale est-il vraiment bénéfique ?

La restriction de croissance fœtale (RCF) intra utérine contribue de façon majeure à la mortinatalité. Lorsqu’elle est détectée et prise en charge de façon adéquate, l’accouchement a lieu en moyenne 10 jours avant le terme des cas non détectés et diminue de 20 fois le risque de mortinatalité. Cependant, le bénéfice doit être mis en balance avec les risques potentiels associés à la prématurité.

Ainsi, le risque de décès néonatal et de morbidité est considérablement plus élevé pour les prématurés tardifs (34-36 SA) que pour les enfants nés à terme. Dans la mesure où près de la moitié des fœtus suspects de RCF ont un poids de naissance dans les normes (faux positifs), la possibilité d’un préjudice lié à une naissance prématurée doit être mise en balance avec la réduction du risque de mortinatalité.

Des obstétriciens et pédiatres de l’hôpital Mères-Enfants de Melbourne ont examiné l’issue immédiate des enfants nés à la suite d’une suspicion de restriction de croissance fœtale réelle ou non. Les données ont été tirées d’un registre (Victorian Perinatal Data Collection) portant sur l’ensemble des naissances de l’Etat, après plus de 20 semaines de gestation. Les auteurs ont analysé le destin des singletons nés à ≥ 32 semaines de gestation pendant la période 2000-2017.

Morbimortalité liée au retard de croissance diminuée mais morbidité liée à la prématurité accrue

Au total, sur 1 231 415 naissances, 31 668 (2,6 %) enfants avaient un poids de naissance (PN) < 3e percentile, 90,7 % ≥ 10e P et 6,7 % entre le 3e et < 10e P. Dans le groupe avec un PN < 3e P, 6 023 (19,1 %) avaient été dépistés puis sont nés après intervention, 3 537 (11,2 %) avaient eu ce diagnostic non suivi d’intervention et 22 008 (69,7 %) n’avaient pas eu de diagnostic. Pour les nourrissons nés par intervention à la suite d’une suspicion de RCF, le risque d’être hospitalisés en soins intensifs (USI) était supérieur à celui de ceux souffrant d’un RCF non diagnostiqué : 3 % vs 1,1 % (P < 0,001). Après ajustements en fonction des facteurs de confusion potentiels, le risque d’admission en USI était augmenté d’un facteur 3 (Odds ratio ajusté aOR 3, intervalle de confiance à 95 % IC 2,45-3,67 P < 0,001). Le taux d’admission en USI était aussi plus élevé pour les nouveau-nés de PN > 10e P nés après intervention pour suspicion de RCF (1,1 %) que pour ceux nés spontanément : 1,8 % vs 0,5 % (P 0,001). Après ajustements, le risque d’admission en USI était également augmenté (aOR 3,91 IC 3,40-4,49 P < 0,001). Ces admissions étaient associées aux morbidités en rapport avec la prématurité. En revanche, le taux de mortinatalité était inférieur chez les enfants nés par intervention pour RCF diagnostiqué (0,8 %) en comparaison de ceux avec un RCF sévère non diagnostiqué (16,4 % P < 0,001) et de celui avec RCF diagnostiqué non suivi d’intervention (9,3 %).

En conclusion, le dépistage de la restriction de croissance fœtale réduit le taux de mortinatalité mais est associé à une augmentation de morbidité liée à la prématurité. Le taux d’admission en soins intensifs est multiplié par 3 mais le taux de mortinatalité est 20 fois plus faible. Il en résulte une balance délicate entre les deux risques.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Selvaratnam RJ et al. Does detection of fetal growth restriction improve neonatal outcomes? J Pediatr Child Health 2021;57:677-683

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