Un appel à une action globale (et mondiale) contre les parodontopathies

Selon l’OMS, la parodontite sévère est au 6e rang en terme de prévalence des maladies : elle touche près de 743 millions de personnes (11 % de la population mondiale). L’impact global des parodontopathies a augmenté de 57,3 % entre 1990 et 2010.

Les maladies parodontales (gingivite et parodontite) sont des pathologies infectieuses, chroniques, inflammatoires, qui touchent tous les tissus de soutien de la dent (gencive, os alvéolaire, cément, desmodonte). Elles représentent la principale cause d’édentation. Elles sont à l’origine de dysfonctions masticatoires, qui entraînent une malnutrition et affectent donc l’état de santé général, la qualité de vie ainsi que l’estime de soi. 

Par ailleurs, ces affections parodontales ont un impact socio-économique élevé du fait des soins qu’elles réclament (prothèses/ implants dentaires pour remplacer les dents absentes). Les parodontopathies sévères selon le « Global Burden of Disease 1990- 2010 » coûteraient 54 milliards de dollars  par an en perte de productivité.
Il ne faut pas oublier non plus que les maladies parodontales sont aussi responsables de l’aggravation des maladies générales (exemple avec la dissémination systémique des parodontopathogènes). Il est reconnu que les parodontites ont un lien avec le diabète et l’arthérosclérose. 
Une parodontite est généralement « silencieuse » : les signes sont indolores. Il est souvent trop tard lorsque les patients consultent leur chirurgien-dentiste pour des symptômes cliniques : mobilité dentaire, migration, abcès parodontaux.

Néanmoins, ces pathologies peuvent être évitée, stoppées et soignées si elles sont diagnostiquées à temps. C’est dans le cadre de l'Exposition universelle de Milan en 2015 « Nourrir la planète, énergie pour la vie », qu’une action globale a été proposée par la Fédération Européenne de Parodontologie. Le projet final a été approuvé par des organisations professionnelles du monde entier et présenté aux parties prenantes comme un appel à une action mondiale. En voici les principales lignes :

Une pathologie évitable

Les conclusions du Workshop européen de Tonetti et al. en 2015 ont permis d'identifier des actions de prévention applicables à échelle mondiale, susceptibles de réduire la prévalence des maladies parodontales :  

1. Mettre en exergue l’importance des gingivorragie qui représentent un signe précoce de maladie parodontale. Les professionnels de santé ainsi que les laboratoires de produits de santé bucco-dentaire devraient souligner ce fait et encourager à consulter un dentiste à chaque fois qu‘une gingivorragie apparaît.
2. Encourager les patients à utiliser les moyens de contrôle de la plaque dentaire individuel, comme les brosses à dents, les brossettes inter-dentaires ou encore les jets dentaires. 
3. Les techniques d’élimination mécanique de la plaque dentaire par les dentistes sont importantes mais elles ne sont pas essentielles pour la prévention des parodontopathies car le succès sur le long terme d’une thérapeutique parodontale dépend de la participation active du patient. 
4. L’éducation à une bonne hygiène bucco dentaire devrait commencer dès l’école primaire. 
5.  Expliquer aux patients le rôle des facteurs de risque extrinsèques tels que le tabac, dans la progression des pathologies parodontales. Évaluer précisément les facteurs de risques  du patient, afin de mettre en place la meilleure approche préventive et les meilleures thérapeutiques possibles. 

Un diagnostic facile mais souvent posé avec retard

La parodontite est facilement diagnostiquée par un examen parodontal et dentaire complets. Le sondage des poches parodontales serait l’élément clef d’une visite dentaire de routine. C’est un acte simple et peu cher à réaliser. 

Malgré cela, les diagnostics de parodontopathies sont souvent retardés jusqu’à l’observation de signes cliniques avancés et sévères, ce qui entraîne l’augmentation des coûts de prise en charge et  de l’impact global. L’examen du parodonte devrait être systématique en prenant en compte les facteurs de risques, afin de décider, s’il y a lieu, d’un plan de traitement approprié et individualisé. 

Les traitements parodontaux tendent à contrôler et à stopper la progression des gingivites et des parodontites. Ils nécessitent un diagnostic précis et une évaluation du pronostic et parfois l’intervention de professionnels qualifiés en parodontologie est nécessaire. Or ceux-ci sont peu nombreux, ce qui peut représenter un obstacle au traitement. Mais ce n’est pas la seule limitation. L’accès aux thérapeutiques parodontales est difficile en France, car elles ne sont pas prises en charge ni remboursées par la Sécurité Sociale. Elles sont alors notées comme « Hors Nomenclature ». 

Les données actuelles montrent qu’une bonne thérapeutique parodontale comporte plusieurs phases :
 
1. Traitement étiologique : contrôle des facteurs de risques (arrêt de tabac, diabète équilibré) et sensibilisation du patient aux méthodes d’hygiène buccodentaire. Ceci est combiné avec le contrôle de la plaque mécanique et l’élimination du tartre dentaire, associé ou non à une antibiothérapie. Cette phase 1 peut être réalisée par des hygiénistes dentaires dans certains pays (Canada).
 
2.  Réévaluation (plusieurs cas) : 
- Le patient qui est motivé, applique les techniques expliquées par son dentiste, mais présente une inflammation gingivale persistante, est un bon candidat au traitement chirurgical qui consiste à accéder aux poches parodontales afin d’éliminer les parodontopathogènes résiduels dans les tissus profonds. 
- Le patient motivé bénéficie grâce à un bon traitement étiologique d’une régression des signes cliniques. Il peut alors faire l’objet d’un traitement  de soutien avec un suivi tous les 6 mois afin de prévenir l’éventuel retour de la parodontite.
- Le patient n’est pas intéressé et ne montre aucun intérêt à son hygiène buccodentaire malgré la persistance et l’aggravation des signes cliniques inflammatoires. La prise en charge chirurgicale est contre-indiquée.

Cet article vise à attirer l'attention des professionnels de santé, des éducateurs, des gouvernements et du public sur les opportunités d'améliorer la santé parodontale et générale des patients dans le monde. Les stratégies à mettre en œuvre sont bien précisées mais réclament la participation des systèmes de santé de chaque nation. 

Dr Béatrice Ruiz

Références
Tonetti MS, Jepsen S, Jin L, Otomo-Corgel J : Impact of the global burden of periodontal diseases on health, nutrition and wellbeing of mankind: A call for global action. J Clin Periodontol. 2017; 44 : 456-462. (DOI: 10.1111/jcpe.12732.)
Tonetti MS, Chapple IL, Jepsen S, Sanz M : Primary and secondary prevention of periodontal and peri-implant diseases: Introduction to, and objectives of the 11th European Workshop on Periodontology consensus conference. J Clin Periodontol. 2015; 42 Suppl 16:S 1-4. (DOI: 10.1111/jcpe.12382.)

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