Un risque accru de bactériémie avec un cathéter intra-artériel

Le risque d'infection iatrogène lié aux cathéters intra-artériels (CIA) est débattu. Les taux rapportés de bactériémie associés aux CIA sont plus élevés que ceux associés aux cathéters périphériques mais plus faibles que ceux associés aux cathéters veineux centraux (CVC). En outre, le taux de bactériémie attribué aux CIA dépend de la méthode de surveillance, les taux les plus élevés étant signalés lorsque tous les CIA sont mis en culture par rapport aux mises en cultures pratiquées uniquement lorsque le CIA est suspect d’être à l’origine d’une l'infection. De plus, les CIA ne sont pas considérés comme des cathéters centraux pour la déclaration réglementaire des bactériémies liées aux cathéters centraux (BLCC).

Cependant, une bactériémie due à l'utilisation d'un CIA en présence d'un CVC répondrait généralement aux critères des BLCC et serait attribuée au CVC. De plus, les précautions utilisées lors de l’insertion des CIA varient considérablement par rapport aux procédures relativement standardisées pour l'insertion des CVC.

La bactériémie survenant à l'hôpital, une nouvelle mesure

La bactériémie survenant à l’hôpital (BH) est définie par des hémocultures positives plus de 48 heures après le début de l'hospitalisation. Elle a été proposée récemment pour désigner l’ensemble des infections associées aux soins et comprend les infections du site opératoire, les infections des voies urinaires, les contaminations et les infections non évitables.

De nombreux épidémiologistes recommandent de se baser sur la déclaration des taux de BH pour juger de la qualité des soins, en plus ou à la place de celle des BLCC. Cette étude a cherché à savoir si l'utilisation des CIA est associée à un risque accru de BH.

La base de données Multiparameter Intelligent Monitoring in Intensive Care III a permis d’identifier une cohorte rétrospective de patients adultes qui ont été admis dans une unité de soins intensifs (USI) pendant au moins 4 heures entre janvier 2001 et décembre 2012. Outre les données habituelles ont été recueillis le diagnostic de septicémie à la sortie de l’USI, le score SAPS II (Simplified Acute Physiology Score), la durée d'utilisation du CIA et du CVC, la durée de séjour en unité de soins intensifs et la survenue d'une BH.

Le critère principal était la constatation d’une BH à J30, à la sortie de l'USI ou lors du décès, en utilisant un appariement sur score de propension 1:1 pour l'utilisation du CVC, la gravité de la maladie lors de l’admission, la durée du séjour en unité de soins intensifs et le type d'admission médical ou chirurgical.

Au total 52 914 admissions en USI (dont 49 475 hospitalisations uniques) chez 38 359 patients ont été étudiées ; 35,5 % des patients n'avaient ni CVC ni CIA ; 16,0 % avaient un CVC seul ; 12,4 % avaient un CAI seul et 36,1 % avaient à la fois un CIA et un CVC. Une BH a été notée dans 3,43 % des admissions.

Le taux de BH a été de 2,83 % (intervalle de confiance à 95 % IC 95 %, 2,44 % à 3,26 %) dans le groupe CIA seul et de 6,78 % (IC 95 %, 6,42 % à 7,14 %) dans le groupe CIA et CVC ; il était de 2,40 % (IC 95 %, 2,09 % à 2,75 %) dans le groupe CVC seul et de 0,69 % (IC 95 %, 0,58 % à 0,82 %) dans le groupe sans CVC/CAI.

Des patients plus gravement atteints et plus souvent admis pour un motif chirurgical

L'utilisation du CIA a été associée à une augmentation du score médian du SAPS II (36 vs 31 ; p < 0,001), de l'âge à l'admission (66,2 vs 65,3 ans ; p = 0,005), de l'utilisation du CVC (74,4 % vs 31,0 % ; p < 0,001), du diagnostic de septicémie (35,6 % vs 29,2 % ; p < 0,001) et de l'admission pour cause chirurgicale (56,5 % vs 19,7 % ; p < 0,001).

Après appariement par score de propension, la différence moyenne standardisée pour tous ces paramètres était inférieure à 0,1. Dans la cohorte appariée, l'utilisation d'un CIA était associée à un risque accru de BH (risque de hasard, 1,20 ; IC 95 %, 1,04 à 1,40 ; P = 0,014). Après ajustement pour les facteurs inclus dans le score de propension, l'augmentation de la durée d'exposition au CIA était associée à une augmentation du risque prédit de BH de manière dose-dépendante.

En dépit du caractère monocentrique et rétrospectif de cette étude, la relation observée entre le risque de bactériémie et l’exposition au CAI souligne l’opportunité de réévaluer quotidiennement la nécessité de ce dispositif. La modification des pratiques d'insertion ou la réduction de l'utilisation des CIA pourraient également réduire les taux de BLLC. Mais l’étude montre également la plus grande gravité des patients équipés d’un cathéter artériel… Ceci expliquerait-il cela ?

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Références
Barros AJ et coll. : Intraarterial Catheter Use Is Associated With Increased Risk of Hospital Onset Bacteremia: A Retrospective Cohort Study. Chest, 2021,ISSN 0012-3692,
doi.org/10.1016/j.chest.2021.01.038.

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