Covid-19 : bon sang ne saurait mentir ?

Un première étude chinoise a suggéré que le groupe sanguin A était associé à une sensibilité accrue et le groupe sanguin O à une sensibilité réduite à l'infection par le SARS-CoV-2. Des études ultérieures menées en Italie et en Espagne l’ont confirmé. En revanche, des observations réalisées à Boston et à New York n'ont pas retrouvé d'association spécifique entre le groupe sanguin ABO et la maladie. La controverse soulevée par ces études aux résultats discordants a conduit à cette nouvelle étude cas-témoins dont l’objet était de vérifier de manière indépendante si le groupe sanguin est associé à la sensibilité au SARS-CoV-2 et à la gravité de la Covid-19.

Intermountain Healthcare, un système de soins de santé intégré à but non lucratif comprenant 24 hôpitaux et 215 cliniques dans l'Utah, l'Idaho et le Nevada, a constitué une base de données de dossiers médicaux électroniques spécifiques de la Covid-19. A partir de celle-ci ont été étudiées les données les personnes testées pour le SARS-CoV-2 entre le 3 mars et le 2 novembre 2020, et dont le groupe sanguin était mentionné : résultats positifs et négatifs des tests, patients hospitalisés et non hospitalisés, et patients admis en USI et les autres. L'infectivité a été déterminée par la RT-PCR sur des écouvillons nasaux ou des échantillons de salive.

Au total, 107 796 personnes (âge moyen [écart type ET], 42,0 [17,8] ans ; 82 875 [76,9 %] femmes) ont été incluses dans l'étude. Parmi les patients atteints de Covid-19, l'hospitalisation était associée au sexe masculin (1 165 hommes [50,1 %] hospitalisés versus 1 871 hommes [20,5 %] non hospitalisés) et à l'âge (âge moyen [ET] chez les patients hospitalisés, 57,0 [18,1] ans contre 41,4 [14,9] ans versus les personnes non hospitalisées).

L'admission en USI était également associée au sexe masculin (426 hommes [61,8 %] admis en USI versus 725 hommes [44,8 %] non admis) et à l'âge (âge moyen [écart type] chez les patients admis dans une USI ; 60,7 [158] ans versus 55,4 [18,8] ans chez les patients non admis. Les ethnies non blanches (Afro-Américains, Amérindiens ou autochtones d'Alaska, Amérindiens d'Hawaï ou des îles du Pacifique, Asiatiques) étaient associées à la détection du virus (1 592 personnes [13,9 %] avec des résultats positifs versus 6 610 personnes [6,9 %] avec des résultats négatifs) et à l'hospitalisation (556 patients [23,9 %] hospitalisés versus 1 036 personnes [11,3 %] non hospitalisées).

Le groupe sanguin n'est pas associé à la susceptibilité ou à la gravité de la maladie, à la présence du virus, à l'hospitalisation ou à l'admission en USI

Par rapport au groupe sanguin O, le groupe A n'était pas associé à une augmentation de la positivité des tests de détection du virus (Odds ratio OR, 0,97 [intervalle de confiance à 95 % IC à 95 %, 0,93-1,01] ; p = 0,11), de l'hospitalisation (OR, 0,89 [IC à 95 %, 0,80-0,99] ; p = 0,03) ou de l'admission en USI (OR, 0,84 [IC à 95 %, 0,69-1,02] ; p = 0,08). De même, les groupes B et AB n'étaient pas associés à des pronostics plus péjoratifs que le type O. Par contre, les analyses limitées à la race blanche ont donné des résultats similaires à ceux des études précédentes.

Comment expliquer ces résultats en opposition avec les études antérieures ?

Selon les auteurs, la taille réduite des échantillons et la nature rétrospective et observationnelle de nombreuses études antérieures, ainsi que l'hétérogénéité frappante des associations ABO avec la susceptibilité et la gravité des maladies, pourraient être dues à des variations fortuites, à un biais de publication, à des différences de bagage génétique, de géographie et d'environnement, et à des souches virales.

Le gène ABO est hautement polymorphe, et les groupes sanguins ABO sont distribués différemment selon l'ascendance et la géographie. Les différences de susceptibilité aux maladies pourraient être dues à des anticorps naturels ou à des effets pro-thrombotiques avec les individus n'appartenant pas au groupe O.

Cependant, les résultats de cette étude sont similaires à ceux des études précédentes en ce qui concerne les Blancs.

Compte tenu de la nature vaste et prospective de cette étude et de ses résultats les auteurs pensent que des liens entre Covid-19 et groupes ABO sont peu probables et ne seront pas des facteurs utiles pour statuer sur la prédisposition à la maladie ou sa gravité possible, que ce soit au niveau individuel ou au niveau de la population pour des environnements et des ascendances similaires. Des études supplémentaires, étroitement contrôlées pour la génétique, la géographie et la souche virale, sont nécessaires avant d'admettre que le groupe sanguin est un déterminant de la prédisposition à la Covid-19 ou de sa gravité. Fin de partie ?

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Anderson JL et coll. : Association of Sociodemographic Factors and Blood Group Type With Risk of COVID-19 in a US Population. JAMA Netw Open. 2021;4(4):e217429. doi:10.1001/jamanetworkopen.2021.7429

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